Une étude du laboratoire d’idées « Avenir Suisse » atteste que le refroidissement des relations entre certains pays occidentaux et la Chine pèse sur l’économie suisse.

Selon l’étude d’Avenir Suisse, la Suisse devrait examiner objectivement ses relations avec la Chine. Car dans un contexte géopolitique tendu, les liens avec la Chine, troisième partenaire commercial, deviennent de plus en plus délicats.

La Suisse doit faire preuve de diplomatie et d’habileté en matière de communication envers sa population, la communauté internationale et la Chine.

Selon l’étude, intitulée «Naviguer en eaux troubles, trois options pour la Suisse face à la Chine», se pose la question : « Comment la Suisse doit-elle se positionner à l’avenir face à la Chine ? »

LA SUISSE CHERCHE SON POSITIONNEMENT FACE A LA CHINE

Patrick Dümmler, Teresa Hug Alonso et Mario Bonato ont examiné les dépendances de la Suisse à l’égard des grandes puissances, notamment de la Chine, et dégagé des actions possibles.

La Suisse est durement touchée par la disparition de son important volume d’échanges commerciaux avec la Chine. Les auteurs considèrent le refroidissement des relations entre l’Occident et la Chine comme un danger pour l’économie suisse.

« Il est indéniable qu’il existe entre l’Occident et la Chine des divergences fondamentales en termes de valeurs. D’un autre côté, la Suisse et la Chine entretiennent depuis de nombreuses années des relations, même si celles-ci ne sont pas toujours simples. Nous avons non seulement des liens politiques et économiques avec l’Empire du Milieu, mais aussi de nombreux liens sociaux et culturels », ont expliqué les auteurs.

D’après eux, la Suisse exporte chaque année 31 milliards de francs de marchandises vers la Chine, pour des importations s’élevant à 19 milliards. La disparition de ce volume d’échanges frapperait durement la Suisse, notamment en raison des quelque 132 000 emplois qui profitent des exportations de biens et de services vers la Chine.

Les investissements directs de la Chine en Suisse ne sont en revanche guère significatifs, même s’ils suscitent toujours une grande attention médiatique : ils ont certes plus que doublé entre 2016 et 2020, mais ne représentaient toujours qu’à peine 1% de l’ensemble des capitaux étrangers en Suisse en 2019.

Le bouleversement géopolitique actuel conduit à un exercice d’équilibriste dans la relation Suisse-Chine entre les valeurs fondamentales occidentales, puis de la politique de neutralité et les intérêts économiques de la Suisse d’autre part.

Selon l’étude, « pour une petite économie ouverte telle que la Suisse, qui dépend fortement du multilatéralisme, de tels changements sont préoccupants ». La Suisse doit veiller à ne pas se retrouver, en tant que petit État, dans la ligne de mire des sanctions des Etats-Unis et éventuellement de l’UE vis-à-vis de la Chine. Mais la Chine est également de plus en plus critiquée en Suisse.

En mars 2021, le Conseil fédéral a présenté sa stratégie Suisse-Chine 2021-2024, pointant du doigt les tendances autoritaires en Chine, la répression des dissidents et la persécution des minorités. Le Conseil fédéral mise sur une politique indépendante à l’égard de la Chine, avec « un dialogue constructif et critique – y compris en matière de droits humains », a indiqué le quotidien LeTemps.

Actuellement, le dialogue est au point mort depuis 2018. À l’époque, les États-Unis avaient rédigé une déclaration sur la politique de la Chine en lien avec la minorité musulmane des Ouïghours. Vingt-deux États avaient la déclaration, dont la Suisse. La Chine a ensuite annulé le dialogue sur les droits humains prévu en août 2019. Aucun entretien n’a eu lieu en 2020 non plus.

TROIS STRATÉGIES POSSIBLES AUTOUR DES RELATIONS DIPLOMATIQUES

L’étude présente des stratégies pour la Suisse sur la base de trois niveaux d’escalade :

  • Si l’épreuve de force entre les Etats-Unis et la Chine devait dégénérer en embargo commercial, voire en confrontation militaire, la situation deviendrait encore plus délicate. Dans un tel scénario, la Suisse devrait se rapprocher de l’Union européenne et des Etats-Unis, quitte à perdre son troisième partenaire commercial.
  • Si l’un des grands partenaires commerciaux de la Suisse exigeait d’elle, en cas de dégradation des relations, qu’elle adopte une position plus tranchée contre la Chine, le pays pourrait envisager une stratégie duale : d’une part, traiter la Chine comme un partenaire et un concurrent économique, et comme un rival systémique, d’autre part. Cette stratégie pourrait s’avérer nécessaire en cas de pressions politiques accrues sur la Suisse.
  • Si l’approche pragmatique demeure la meilleure option : diplomatie et sens de la communication. L’économie et la politique fédérale doivent faire preuve d’agilité pour être au besoin en mesure de prendre rapidement des décisions.