mardi, juillet 16

L’Afrique dans le G7 2024. La Chine contrée par les Occidentaux

L’Afrique dans le G7 2024. Analyse de trois outils de positionnement du Nord dans le Sud Global

Par Fabrice ONANA NTSA – Du 13 au 15 juin dernier, s’est tenu en Italie, le cinquantième sommet du G7. A Borgo Egnazia dans les Pouilles, les sept plus puissantes démocraties de la planète, sous la présidence de Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, ont pris la température du monde, ont passé en revue les grands dossiers actuels et ont arrêté un certain nombre de décisions.

Contrairement au précèdent sommet tenu à Hiroshima l’année dernière, ce G7 2024 a accordé un intérêt particulier à l’Afrique à travers le nombre d’invitation adressée au continent mais surtout à cause du renforcement de trois projets venus de ce Nord et destinés à l’Afrique à savoir le plan Mattei, le Partenariat Global pour les Infrastructures et les Investissements et l’Initiative pour la croissante énergétique en Afrique. Dès lors, l’on peut s’interroger sur le contenu et réelles visées de ces activités de politique étrangère du Nord en direction du Sud Global.

Les particularités d’un G7 feutré

C’est peut-être parce qu’il s’est tenu au moment où débutaient la coupe d’Europe de football et la Copa America que le G7 2024 a paru comme atone, silencieux, tentant parfois de passer inaperçu. Toujours est-il que cette rencontre majeure du monde occidental n’a pas été la plus médiatisée de l’Histoire, célébrant pourtant son cinquantième anniversaire. En se réunissant dans le Sud-Est italien, les sept grands du point de vue occidental se sont naturellement intéressé à la situation au Proche Orient, à l’opposition russo-ukrainienne, à l’influence de la Chine et à l’Afrique, objet de cette réflexion. Mais il faut tout de suite dire que ces assises sont particulières au moins sur deux points :

Le premier porte sur la fragilité de la plupart des membres à l’ouverture de cette rencontre de haut niveau. La majorité des membres arrive à Fasano fragilisés dans leurs pays respectifs : Emmanuel Macron qui vient de dissoudre l’Assemblée Nationale à la suite de la défaite de son parti aux élections européennes du 9 juin 2024 voit rouge face à un Rassemblement National conquérant ; c’est quasiment la même situation pour Olaf Scholz dont le parti a également perdu ces élections européennes. Rishi Sunak est menacé de perdre les élections générales de ce mois de juillet et Joe Biden n’a pas retrouvé le sommeil devant la concrétisation des ambitions d’un retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

La deuxième particularité est que pour la première fois de l’histoire, le Pape est présent aux assises du G7. Le Pape François en a d’ailleurs profité pour des rencontres bilatérales avec ses homologues.

Ainsi, c’est affaiblies que les puissances du G7 se sont retrouvées et ont bien fait d’y convier le Souverain Pontife pour exorciser les démons de la guerre et de la pauvreté dans le monde et en Afrique.

Le Plan Mattei de Giorgia Meloni validé par le G7

Lors de son discours d’investiture en Octobre 2022, Giorgia Meloni avait déjà annoncé un Plan Mattei pour l’Afrique. Le 29 janvier 2024 à Rome dans le cadre du sommet Italie – Afrique, la cheffe du gouvernement italien a précisé les détails de son plan, et les assises de ce G7 2024 lui donnent l’onction européenne et semblent véritablement l’opérationnaliser. Du coup, du point de vue de l’analyse, trois choses nous paraissent essentielles à retenir :

  • D’abord, le Plan Mattei est un outil de la politique migratoire européenne envers l’Afrique. D’un montant de 5,5 milliards d’euros, le plan a pour ambition de financer certains investissements sur le continent dans le but de lutter contre l’immigration, en traitant le mal à la source.
  • Ensuite, il s’agit bien d’un instrument de la Politique Africain de l’Italie. Il faut considérer ce plan comme une opération de séduction de l’Italie en Afrique. Comme nous le disons depuis un temps, l’Afrique, la grande courtisée, ne laisse personne indifférent. Et ce n’est pas l’Italie qui va se priver de faire les yeux doux au berceau de l’humanité.
  • Enfin, le Plan Mattei a une dimension symbolique importante. En donnant le nom d’Enrico Mattei à ce plan d’aide, Mattei, un démocrate et homme d’affaire à succès, il s’agit aussi pour l’Italie de rappeler qu’elle une force sur laquelle il va falloir compter dans le monde multipolaire en construction.

Le Partenariat Global pour les Infrastructures et les Investissements et le Global Gateway pour contrer l’influence de la Chine

Depuis plus de deux décennies, l’influence de la Chine dans le monde est un problème réel pour le monde occidental et c’est pour cela que, comme à l’accoutumée depuis quelques années, un G7 ne saurait être une réussite s’il n’est question de réduire, de contrer cette influence de Pékin dans le Monde et en Afrique particulièrement. Pendant ce G7 2024, les puissances occidentales ont ainsi décidé pour ce faire, de renforcer la mise en œuvre du Partenariat Global pour les Infrastructures et les Investissements (PGII) et le Global Gateway, lancés respectivement en 2022 en Allemagne par le G7 et en 2021 à Bruxelles par l’Union Européenne.

D’une valeur de 600 milliards de dollars sur cinq ans, le PGII a pour vocation de financer des projets d’infrastructures dans les pays en développement. En clair, les dirigeants du G7 ont déclaré que le programme se concentrera sur quatre priorités : la création d’infrastructures durables, l’élargissement de l’accès aux technologies de l’information et des communications, la promotion de l’équité entre les hommes et les femmes ainsi que la mise à niveau des systèmes de santé internationaux. Par ailleurs, le Global Gateway, d’origine européenne, va dans le même sens. C’est un projet de développement des nouvelles infrastructures dans les pays en développement. Crée en décembre 2021 par l’Union Européenne et présenté par Ursula Von Der Leyen à Bruxelles, l’objectif de ce Plan est également de financer les projets de fibre optique, de santé et des énergies vertes entre autres. D’une cagnotte totale de 300 milliards d’euros, la moitié est consacrée à l’Afrique.

A l’analyse, il faut dire que ces plans, auxquels l’on peut ajouter le Build Better World du président Joe Biden, font la part belle à l’Afrique. Le continent noir est aujourd’hui la belle dont tous de nombreux prétendants recherchent l’amour. Par ailleurs, il faut clairement souligner qu’il ne s’agit pas des plans de charité. Pour les comprendre, il faut les inscrire justement dans le cadre géopolitique actuelle avec la Chine comme l’épouvantail à abattre. Bien que le monde soit sur le chemin de la multipolarité, l’influence de la Chine est une réalité conjoncturelle dans le Sud Global et dans le monde en général. A travers le Partenariat Global pour les Infrastructures et les Investissements et le Global Gateway, il est question en réalité pour les occidentaux de tenter de répondre au Belt and Road Initiative lancé en 2013 par le président Xi Jinping.

Pour finir, il est clair que le G7 2024 a eu un grand chapitre réservé à l’Afrique à travers le renforcement, et l’accélération de l’opérationnalisation du Plan Mattei, du Partenariat Global pour les Infrastructures et les Investissements (PGII) et du Global Gateway. Trois projets occidentaux orientés apparemment vers l’Afrique, mais trois plans en réalité de positionnement dans la gouvernance mondiale actuelle.

Fabrice ONANA NTSA est docteur PhD en histoire, spécialiste des questions Chine-Afrique et consultant à l’Actu Chine-Cameroun

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