Pour le think tank américain Brookings Institution, « l’Afrique pourrait devenir l’usine de la Chine », mais pour le site d’information Afrique-sur7, « l’Afrique n’a d’opportunité véritable qu’elle-même et non de la Chine ».

Dans un rapport publié le 10 octobre, intitulé « L’engagement de la Chine en Afrique: des ressources naturelles aux ressources humaines » (China’s Engagement with Africa : From Natural Resources to Human Resources), le think tank a indiqué que le vieillissement de la population chinoise, la hausse des salaires des ouvriers et la baisse de la compétitivité représentent « une opportunité exceptionnelle pour l’Afrique » sur le moyen et le long termes.

De son côté, Afrique-Sur7 précise que « la Chine a eu un développement remarquable, mais à partir d’elle-même comme de l’araignée qui tisse sa toile à partir de ses tripes. A-t-elle une visée aussi colonisatrice pour vouloir, à l’instar des Occidentaux, assiéger à son tour l’Afrique, pour en tirer profit au même titre que les puissances colonisatrices l’ont fait ? ».

De fait, l’Afrique a la capacité de se développer par elle-même et pour elle-même, via des accords de coopération ayant des intérêts pour les deux partis et peuples, et pas seulement pour certains dirigeants et gouvernements.

Toutefois, il semble plausible sur la Chine tire profit de l’Afrique, comme l’ont fait les pays occidentaux, pour les analystes de Brooking Institution, qui notent qu’il faut « rester réaliste. Dans un premier temps, la Chine ira sous-traiter certaines de ses productions au Vietnam ou au Bangladesh. Ensuite, elle pourrait regarder vers l’Afrique. Notamment pour servir de pont vers l’Europe et le Moyen-Orient, mais aussi servir la classe moyenne africaine qui consomme de plus en plus« .

Le rapport « ne présente aucune évolution dans le quotidien des Africains toujours vus comme les supers consommateurs d’inventions venues d’ailleurs« , déplore le journaliste David Gone. Toutefois, tous s’accordent à dire que l’Afrique devrait tirer profit de la transition économique et sociale de la Chine, peut-être en devenant « une terre d’accueil des industriels de l’Empire du milieu« , qui font face à la hausse des salaires et à l’érosion de la compétitivité des produits made in China, souligne le rapport.

« On voit de plus en plus d’industriels chinois regarder vers l’Afrique pour y délocaliser certaines de leur production. L’histoire de la Chinafrique est en train de changer. On passe petit à petit d’un modèle fondé sur l’exploitation des matières premières à un modèle reposant sur l’utilisation des ressources humaines« , a indiqué David Dollar, ex-directeur de la Banque mondiale en Chine (2009-2013), et ancien représentant du Trésor américain à Beijing.

Laissant entendre pour David Gone d’Afrique-sur7 que « l’Occident rencontre de sérieuses difficultés avec la Chine, les défilés sympathisants du Président américain (Barack) Obama en Chine l’attestent. Les puissances colonisatrices ne sont-elles pas en train de préparer dans un deal, le lit africain de la Chine, justement pour qu’elle leur lâche un peu les baskets financièrement et du point de vue de la concurrence ? ». Ainsi l’Occident tenterait de cantonner la Chine à l’Afrique pour pouvoir s’imposer dans le reste du monde ?

 « Le ralentissement de la demande chinoise, en matières premières, va se poursuivre et même s’accélérer. L’économie chinoise est en train de changer et de se recentrer sur la consommation intérieure. Un cycle se termine. Les économies africaines doivent se diversifier et surtout investir dans les ressources humaines pour permettre aux usines chinoises de produire directement sur le continent et être une alternative aux centres industriels asiatiques« , a indiqué David Dollar.

Le rapport souligne qu’en dépit de la crise, les investissements réalisés par les entreprises privées chinoises en Afrique, sont plus stables et pérennes que ceux engagés par les entreprises d’Etat, qui se désengage dans certains secteurs.

« On voit bien, qu’en RDC ou en Angola, les investissements publics chinois ne fonctionnent pas très bien. Ce sont des investissements à court terme qui ne visent que le profit immédiat. A l’inverse, une entreprise comme Huawei, le géant chinois des télécoms, crée des emplois en Afrique. La prochaine étape pour Huawei serait de produire directement en Afrique certains de ses composants ou de ses téléphones portables« , a précisé David Dollar.

Pour conclure, « terre hospitalière par humanisme et acte fidéiste, l’Afrique n’est pas un dépôt d’industriels occidentaux et chinois qui veulent en faire un dépotoir ou comme ils le disent avec euphémisme, une usine. L’Afrique doit être l’usine d’elle-même », assure David Gone sur Afrique-sur7.