Le Cambodge et la Chine ont démenti le 7 juin des informations du Washington Post, selon lesquelles ils construisent une base navale secrète pour la marine chinoise.

Selon le quotidien américain Washington Post, citant des responsables occidentaux sous anonymat, une nouvelle installation est en cours de construction sur la base cambodgienne de Ream, située dans le golfe de Thaïlande. Elle devrait être «exclusivement» utilisée par la marine chinoise.

CONTENTIEUX ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LE CAMBODGE

Cette base est un sujet de contentieux entre le Cambodge et les États-Unis depuis 2018. Washington suspecte de longue date que le lieu est transformé pour servir à la Chine, qui cherche à étendre son influence internationale via un réseau de bases militaires.

En octobre 2021, le porte-parole de l’ambassade des Etats-Unis à Phnom Penh, Chad Roedemeier, déclarer dans un communiqué que le « gouvernement cambodgien n’a pas fait preuve d’une transparence totale quant à l’intention, la nature et la portée de ce projet ou au rôle des militaires de la République populaire de Chine, ce qui suscite des inquiétudes quant à l’utilisation prévue de l’installation navale ».

Ce dernier fait référence à une présumée entente secrète entre la Chine et le Cambodge sur l’accès de la base par des navires et du personnel militaire chinois. Cette déclaration intervient après la publication par l’Initiative pour la transparence maritime en Asie du Center for Strategic and International Studies à Washington d’une mise à jour, le 12 octobre, de l’état des travaux sur la base de Ream vus par les images satellites.

« Au cours des mois d’août et de septembre, trois nouveaux bâtiments ont été construits et une nouvelle route a été dégagée » dans la partie nord de la base, signale le rapport.

De plus, la participation de la Chine avait été confirmée par le ministre de la défense cambodgien, Tea Banh, lors de la visite à Phnom Penh le 1er juin 2021 de Wendy Sherman, la secrétaire d’Etat adjointe.

Ce dernier avait déclaré que « la Chine nous aide à construire des infrastructures, mais aucune obligation n’y est attachée « . Les autorités cambodgiennes avaient alors assuré

PHNOM PENH REJETÉ LES ACCUSATIONS DU WASHINGTON POST

Le vice-premier ministre cambodgien Prak Sokhon a rejeté les «accusations infondées» du Washington Post lors d’un entretien téléphonique avec la ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong, selon un communiqué du gouvernement cambodgien.

« Le Cambodge n’autorisera pas l’armée chinoise à utiliser le site de façon exclusive ou à le transformer en une de ses bases militaires », avait déclaré à l’Agence France Presse le porte-parole du gouvernement cambodgien, Phay Siphan.

Le ministre cambodgien de la Défense et l’ambassadeur de Chine dans le pays ont assisté le 8 juin à une cérémonie d’inauguration de nouvelles installations à Ream. « Nous voulons la réhabilitation de la cale sèche, de la jetée et de la cale de halage car maintenant, les navires de taille moyenne ne peuvent pas accoster à Ream, nous devons être présent en mer et nous n’avons aucun moyen de réparer les navires », a déclaré Tea Banh, vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale.

Ce dernier a indiqué qu’une fois achevé, « ce projet promouvra de manière significative la modernisation de la marine du Cambodge, renforcera efficacement la capacité des Forces Armées Royales du Cambodge à sauvegarder sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale ».

Lors de sa visite en Indonésie, le nouveau premier ministre australien Anthony Albanese a qualifié les informations du Washington Post d’«inquiétantes». «Nous encourageons Pékin à être transparent dans ses intentions et s’assurer que ses activités contribuent à la sécurité et la stabilité régionales», a-t-il déclaré à la presse.

Le premier ministre australien a indiqué que le Cambodge avait assuré à l’Australie qu’il ne donnerait jamais un accès exclusif à Ream à une armée étrangère. Or pour Sydney, l’influence de la Chine dans la région Pacifique a des visées militaires plus qu’économiques. Raison pour laquelle, l’Australie est de plus en plus inquiète de la présence chinoise dans son environnement proche.

De son côté, le premier ministre cambodgien Hun Sen a assuré plusieurs fois que les travaux à Ream n’étaient qu’une modernisation du site, ainsi que l’installation d’un nouvel atelier pour bateaux était développé avec l’aide de la Chine.

« Le Cambodge n’a pas besoin de la présence d’une armée étrangère sur son territoire », avait-il déclaré en mai 2022. Un point de vue partagé par Pékin. « La transformation de la base navale de Ream ne vise qu’à renforcer les capacités des forces maritimes cambodgiennes », a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Zhao Lijian.

PÉKIN RÉPOND AUX INFORMATIONS DU QUOTIDIEN AMÉRICAIN

Ce dernier a d’ailleurs indiqué avoir « noté que la partie cambodgienne a déjà répondu à cela. Il a déclaré que la constitution cambodgienne n’autorise pas les bases militaires étrangères sur le sol cambodgien et que la rénovation de la base sert uniquement à renforcer les capacités navales cambodgiennes pour protéger son intégrité maritime et lutter contre les crimes maritimes. Les États-Unis ont ignoré, spéculé et calomnié la position du Cambodge ».

Le porte-parole a indiqué que « les États-Unis ont même menacé et fait pression sur le Cambodge. C’est une pratique typique d’intimidation ».

« La Chine et le Cambodge sont des partenaires de coopération stratégiques globaux bénéficiant d’une coopération ouverte, transparente, logique et légitime dans divers secteurs », a souligné ce dernier.

Pour lui, « une telle coopération a non seulement apporté des avantages aux pays et aux peuples, mais a également donné un bon exemple de construction d’un nouveau type de relations internationales et d’une communauté de destin pour l’humanité ».

« En revanche, les États-Unis gèrent plus de 800 bases militaires à l’étranger; ses dépenses militaires équivaut au montant total des neuf pays derrière elle; il n’a pas été en guerre pendant seulement 16 ans au cours de ses près de 250 ans d’histoire; il s’immisce sans raison dans les affaires intérieures d’autres pays et envoie des avions militaires et des navires de guerre pour fléchir les muscles à la porte d’autres pays. Qui diable sape la sécurité et la stabilité mondiales et régionales et répand la désinformation ? », a conclu le porte-parole de la diplomatie chinoise, lors d’un point presse, le 8 juin.