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Le monde multipolaire : un gage pour le développement de l’Afrique. Réflexions autour d’un postulat du Consensus de Dar Es Salam.

Le monde multipolaire : un gage pour le développement de l’Afrique. Réflexions autour d’un postulat du Consensus de Dar Es Salam.

De ONANA NTSA Fabrice – Le développement de l’Afrique demeure une préoccupation majeure à l’intérieur et à l’extérieur du continent. Les conjectures et réflexions ne s’estompent pas à l’effet de trouver une thérapie adéquate pour un réel envol de cet espace qui abrite la population la plus pauvre du monde selon une étude menée par le Fonds Monétaire International en avril 2023 (1).

C’est à cet exercice que se sont livrés les chercheurs des Think Tanks chinois et africains lors de leur 13éme forum tenu en Mars 2024 en Tanzanie. Une occasion pour ces intellectuels chinois et africains de renforcer les liens, d’échanger et surtout de se prononcer sur l’épineuse question du développement commun. De ces assises est issu le Consensus de Dar Es Salam, une sorte d’appel pour le développement commun et celui de l’Afrique tout particulièrement, en huit points dont le deuxième porte sur la multipolarité.

C’est elle qui fait l’objet de cette étude intitulée « Le Monde multipolaire : gage pour le développement de l’Afrique. Réflexions autour d’un postulat du Consensus de Dar Es Salam ». Ce travail qui a pour vocation d’interroger la pertinence de la multipolarité comme un adjuvant du développement de l’Afrique se construit autour de la question de savoir en quoi un monde multipolaire est un atout pour le développement de l’Afrique ? l

La réponse à cette question et l’élucidation de nos thèses exigent de prendre en compte la théorie de l’interdépendance complexe et celle de la dépendance. La première parce que la situation de l’Afrique, dans un monde aux liens sans cesse croissants, influence d’une façon ou d’une autre les autres acteurs du système monde. La deuxième parce que, jusqu’à date, la Chine se réclame du Sud, et avec l’Afrique, fait partie de la périphérie. Le texte de Dar Es Salam doit être lu comme un acte, une voix, une alliance de la périphérie dans l’opposition à un centre arrogant et impérialiste.

Mais il faut tout de même admettre que ce schéma Nord – Sud dans les Relations Internationales est désormais questionnable dans un monde de plus en plus multipolaire justement. Sur la base de diverses sources et d’une analyse documentaire propre aux sciences sociales, cette étude restitue ses résultats et trois parties.

Il est question dans la première de jeter un faisceau de lumière sur les concepts de multipolarité, de développement et sur le Consensus de Dar Es Salam. Dans la seconde, il s’agit d’analyser les opportunités de développement pour l’Afrique dans un contexte multipolaire et dans la troisième enfin, nous relevons tout de même les dangers de ce postulat.*

I. Le Consensus de Dar Es Salam, les concepts de multipolarité et de développement : le devoir de clarification

Les relations sino-africaines sont un sujet incontournable des relations internationales contemporaines. Leur identité, leur permanence et les principes qui les guident exigent de les saisir prudemment pour ne pas se tromper. Ces deux acteurs aux proximités et ressemblances établies n’ont cessé de se serrer les coudes pour l’avènement d’un monde meilleur, d’une société juste et équitable. Les actions menées à cet effet sont légions et l’une des dernières en date est le Consensus de Dar Es Salam, obtenu par les chercheurs chinois et africains pour un développement mondial réel, en promouvant, entre autres, la multipolarité.

  1. Le Consensus de Dar Es Salam, fruit d’un dialogue savant sino-africain

Le Consensus de Dar Es Salam est un appel, un ensemble de propositions formulées par les chercheurs chinois et africains en Mars 2024 en Tanzanie, dans le but de renforcer la coopération mondiale pour le développement en général et promouvoir particulièrement celui de l’Afrique. Ces chercheurs étaient réunis dans le cadre de la China Africa Think Tank Forum (CATTF), un réseau de coopération des think tanks sino-africains mis en place en 2011.

a) La China Africa Think Tank Forum

‘’La coopération entre la Chine et l’Afrique dépend du Zhejiang et celle entre le Zhejiang et l’Afrique dépend de Jinhua’’. Cette boutade qui est bien connue dans le domaine des relations sino-africaines, renseigne suffisamment sur le fait que la province du Zhejiang est un moteur des relations Chine – Afrique. Ce n’est donc pas un hasard si c’est dans cette province qu’a vu le jour le Forum des Think Tanks sino-africains. La création du Forum a été une idée du professeur Liu Hongwu, directeur de l’Institut des Etudes Africaines de l’Université Normale du Zhejiang. Cet universitaire, spécialiste des questions sino-africaines a eu la bonne inspiration de mettre en place une plateforme pour les chercheurs et savants chinois et africains afin que ces derniers participent efficacement à la résolution des problèmes globaux en général et ceux de la Chine et de l’Afrique en particulier. L’initiative qui a pris corps en 2011 et dont les rencontres se tiennent tantôt en Chine tantôt en Afrique, s’est rendue en cette année 2024, en sa 13éme édition. Celle-ci a débouché sur le Consensus de Dar Es Salam aux postulats avérés pour un mieux-être collectif.

b) Les postulats du Consensus de Mars 2024

Le 13éme forum du CATTF en Tanzanie a réuni près de 200 représentants politiques, universitaires, journalistes, entrepreneurs, étudiants venant d’une cinquantaine de pays africains et de Chine. Cet évènement qui célèbre d’une autre manière les relations sino-africaines a été organisé par l’Université Normale de Zhejiang, l’Ambassade de la République Populaire de Chine en Tanzanie, le Département des affaires étrangères du gouvernement populaire de la province du Zhejiang, le Gouvernement de la municipalité de Jinhua ainsi que l’Université de Dar Es Salam. Le forum a mobilisé les contributeurs d’une centaine de groupes de réflexions avec bien sûr des regards divers et croisés sur les relations entre la Chine et l’Afrique, avec en filigrane l’appel au renforcement des liens dans les domaines de la coopération économique afin de répondre au mieux, aux besoins réels des populations.

C’est alors que les assises de Dar Es Salam ont convenu que les institutions internationales de développement telles que la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International (FMI), le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) et les autres, devraient accroitre leurs financements de projets développement dans les économies les plus faibles. Le Forum a noté que de tels financements devraient tenir compte du principe d’équité, et il a sollicité la création au sein du FMI d’un troisième siège de directeur exécutif pour les pays africains. Il faut cependant précisé que le principal résultat de ces assises fut Consensus de Dar Es Salam qui repose sur les huit points ci-dessous (2) :

  • L’appel à donner la priorité au développement et à explorer des voies indépendantes et centrées sur les personnes, le respect et l’apprentissage mutuel ;
  • L’appel à promouvoir la construction d’un monde multipolaire équitable et ordonné pour faciliter le développement commun ;
  • L’appel à promouvoir une mondialisation économique universellement bénéfique et inclusive afin de partager les dividendes du développement ;
  • L’appel à promouvoir activement la réforme du système du système financier international pour combler le déficit de développement ;
  • L’appel à un alignement sur les initiatives internationales et les plans nationaux pour renforcer les obligations de développement durable de haute qualité ;
  • L’appel à activer un développement national grâce à des marchés efficaces et à des gouvernements proactifs ;
  • L’appel à une prise en compte des menaces de sécurité traditionnelles pour créer un environnement de développement sécurisé ;
  • L’appel à encourager l’adoption des mesures plus pratiques et efficaces pour promouvoir le partage des connaissances.

Il apparait à la fin de cette énumération que, les chercheurs chinois et africains ont passé en revue toutes les conditions possibles pour un réel développement commun. Parmi leurs propositions, comme l’indique le deuxième point, ils érigent la multipolarité de l’arène internationale, comme une facilitatrice de développement.

2. Le concept de multipolarité dans les relations internationales

A l’heure où la frontière entre le national et l’international est brouillée, voire largement effacée, tenter de comprendre les affaires mondiales est un impératif citoyen. La communauté internationale se trouve aujourd’hui à un tournant historique à la suite de la pandémie de COVID19 (3), face à l’agression russe en Ukraine, devant la résurgence de la violence au Moyen Orient, ou encore au regard des incertitudes en Mer de Chine, qui ont définitivement validé le processus de mise à jour des fondements d’un ordre international vacillant. A l’observation, des jeux et enjeux qui structurent les relations internationales actuelles, la multipolarité s’impose désormais comme le prisme réel sous lequel celles-ci méritent d’être lues. A quoi renvoie donc ce concept ? quels sont ces différents pôles de pouvoir dans le monde actuel ?

a) L’esquisse d’une définition

Depuis ce que l’on appelé, de façon occidentalo-centrée, « les grandes découvertes », le monde occidental a dominé la planète et imposé sa loi aux autres. Les deux guerres mondiales ont mis fin à la suprématie du vieux continent, relayée cependant par celle des Etats-Unis, perpétuant ainsi la domination occidentale qu’ont toutefois contesté l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) et ses alliés dans le cadre de la Guerre Froide au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Cet ordre-là s’est modifié pour laisser place à un monde multipolaire.

Le monde multipolaire est un concept d’organisation mondiale dans lequel les influences prépondérantes sont partagées par plusieurs pôles. Ceux-ci peuvent être des grandes puissantes, ou de grands regroupements d’Etats. Rappelons tout de même que la validité du monde multipolaire n’a pas encore été accepté par tous. Le géopolitologue français Pascal Boniface pense par exemple que le monde n’est pas unipolaire, encore moins multipolaire. Pour lui en fait :

Le monde n’est pas unipolaire car, dans un monde globalisé, aucune puissance ne peut imposer son agenda aux autres. Aucune puissance, même hyperpuissance, ne peut, seule, décider, et encore moins résoudre, les grands défis internationaux. Cependant, le monde n’est pas non plus multipolaire : il n’y a pas d’équivalent à la puissance américaine, bien que celle-ci soit affaiblie par des erreurs stratégiques majeures de Georges W. Bush et le phénomène d’émergence des autres puissances (4).

Certes cette position de Pascal Boniface semble pertinente, elle peut toutefois être battue en brèche par la faillite de la mondialisation (5) et bien sûr, par la réalité de la puissance chinoise. Une tentative de définition de la multipolarité ne nous paraît pas complète si elle n’est faite par rapport à quelques autres concepts : si la différence avec l’unipolarité et la bipolarité peut être aisément établie en effet, une clarification de la multipolarité par rapport au multilatéralisme et à la mondialisation nous semble adéquate afin d’évacuer les possibles contresens.

Même si les deux concepts semblent proches pour certains profanes, il est clair que la multipolarité n’est pas le multilatéralisme. Ce dernier est utilisé dans le champ des Relations Internationales et se conçoit comme un mode d’organisation des relations interétatiques. Il se traduit par la coopération de trois Etats au moins, dans le but d’instaurer des règles communes. La multipolarité n’est pas aussi la mondialisation car cette dernière désigne le processus d’intégration des marchés, et de rapprochement des humains qui résulte notamment de la libéralisation des échanges et le développement des moyens de transport. Le terme mondialisation correspond à un libre échange des marchandises, des capitaux, des services, des personnes, des techniques et des informations.

Il apparait donc clairement qu’un monde multipolaire n’est pas un monde multilatéral encore moins mondialisé même s’il est possible de trouver des proximités entre les trois réalités. Le monde est donc davantage multipolaire aujourd’hui et les différents pôles ne sont pas inconnus.

b) Les principaux pôles d’influences actuels

Au début des années 1970, réfléchissant sur la géopolitique mondiale, Nixon et Kissinger distinguaient 5 pôles de puissance, en pleine Guerre Froide : les Etats-Unis d’Amérique, l’URSS, l’Europe, le Japon et la Chine. Et à Pascal Boniface de renchérir que si l’on remplace aujourd’hui l’URSS par la Russie, la situation n’a pas beaucoup changé aujourd’hui (6). Sauf que, à vrai dire, de nombreux autres pôles de puissances non négligeables ont émergé aujourd’hui : le Brésil, l’Inde, l’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Argentine, les deux Corées entre autres. De notre point de vue, il existe actuellement six principaux pôles de puissances qui structurent le monde multipolaire :

  • Les Etats-Unis d’Amérique. Malgré la montée en puissance de la Chine et des BRICS, les Etats-Unis occupent toujours le premier rang grâce notamment à leur capacité militaire et l’influence culturelle ;
  • La Chine. C’est le pays dans l’histoire qui a battu tous les records de développement en un laps de temps. La RPC a su bâtir une économie forte et stable. Sa diplomatie culturelle également se porte bien avec la prolifération des instituts Confucius à travers le monde, en guise d’illustration. Malgré ses nombreux effectifs, le pays reste devancé sur le plan militaire (7);
  • L’Europe. L’Union Européenne est la première puissance économique mondiale avec 30% du produit mondial brut, la première puissance commerciale avec 38% du commerce mondial des marchandises (8). Elle est aussi la première destination touristique du monde. Son histoire coloniale et la réussite de son intégration contribuent à faire une place forte du pouvoir dans le monde ;
  • La Russie. 9éme économie mondiale selon la Banque Mondiale, la puissance et l’influence de Moscou reposent surtout sur son impressionnant arsenal militaire, sa situation géopolitique et la qualité de ses alliés ;
  • Les BRICS +. C’est un groupe géopolitique qui regroupe 10 pays du Sud Global, notamment des grands pays émergents (Brésil, Chine, Inde), des puissances régionales (Afrique de Sud, Egypte, Iran, Russie), des pétromonarchies (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis) et l’Ethiopie. Ce regroupement se présente clairement comme une alternative, un contrepoids au Nord. Le poids économique et politique des BRICS en fait véritablement un élément à prendre en compte dans la gouvernance du monde.
  • Le dernier pôle de pouvoir que l’on observe depuis quelques années est le pôle arabo-musulman, dirigé par l’Arabie Saoudite. Depuis le dernier sommet de la Ligue Arabe en 2023, l’Arabie Saoudite s’est clairement posée comme rassembleuse de la famille arabe qui, pense aussi avoir un mot à dire demain (9).

La multipolarité est donc une réalité dans notre monde aujourd’hui, et les chercheurs chinois et africains réunis en Tanzanie en Mars dernier l’ont perçu comme un atout du développement commun.

3. Le développement : un concept diffus et polysémique

Le concept de développement est diffus, ambigu et même polysémique. Sa compréhension dépend souvent de chaque société qui lui en donne un contenu en fonction de ses valeurs et conceptions. Chercher à définir le développement revient donc à s’interroger sur l’origine du mot et la réalité à laquelle il renvoie.

Parmi les multiples questions qui se posent au sujet du concept de développement, il y’a assurément celles qui se rapportent à l’origine du mot : son contenu est-il valable pour tous les peuples ou bien existe-t-il des spécificités selon les régions ? une deuxième question survient, relative à l’existence de plusieurs modèles de développement. Cette question a entrainé de nombreuses autres : y a-t-il plusieurs modèles de développement ? si tel en est le cas, les différents modèles se valent-ils ? certains sont-ils plus indiqués que d’autres ? y aurait-il alors autant de types de développement qu’il y’a de variétés de sociétés humaines ? le développement est-ce un état ou processus ? comment se manifeste-t-il et quelle peut en être la finalité ? chacun pourra tenter de trouver des réponses à ces questions.

Toujours est-il que le développement, selon le Petit Robert, est l’action de donner une étendue à quelque chose. Mais du point de vue scientifique, les définitions catégorielles et par école du développement sont à prendre en compte avant toute manipulation du concept (10).

a) La définition catégorielle

Elle permet de distinguer le développement économique, le développement humain et le développement durable.

  • Le développement économique est souvent considéré comme un processus et comme un résultat. Tout en distinguant généralement la croissance du développement, les économistes définissent généralement le développement économique comme un faisceau de transformations qui modifient les comportements, intègre le progrès des connaissances, l’amélioration des qualifications, le savoir-faire industriel, modifie les anticipations dans le sens de la croissance économique. Mais le développement économique c’est aussi une mutation sectorielle repérable par des coefficients : part du secteur industriel, capital employé par travailleur, valeur ajoutée par salarie, etc. le développement économique est aussi repérable par des indices sociaux : nombre de médecins par habitant, taux d’alphabétisation, brevets déposés etc.
  • Le développement humain a été définit par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dans son Rapport mondial sur le développement humain de 1992. Pour cet organisme, le développement est un processus qui conduit à l’élargissement de l’éventail des possibilités offertes aux individus. Les dimensions les plus importantes du développement humain sont : une vie longue et en bonne santé, le savoir et une qualité de vie décente. D’autres préoccupations incluent les libertés sociales et politiques. Le concept distingue deux aspects du développement humain : le développement des capacités humaines d’un côté, comme l’amélioration de la santé et du savoir, et, d’autre part, la capacité à pouvoir profiter de ces capacités acquises, pour le travail et les loisirs. Pour mesurer le développement humain, l’ONU a défini un indicateur de développement humain qui combine trois critères : l’espérance de vie, le niveau d’instruction et le niveau de vie.
  • Le développement durable est défini par l’ONU comme celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations futures à répondre aux leurs. Le développement durable est une conception du développement respectueux de l’environnement. Il implique de ne pas gaspiller les ressources naturelles et de protéger l’environnement de façon à ce que les générations futures disposent elles aussi des moyens de satisfaire leurs besoins. Sur le court terme, il consiste à rechercher le développement le plus rapide possible compatible avec cet objectif. On parle alors de développement soutenable. L’expression de « développement durable » est apparue de manière officielle en 1987, dans le rapport « Notre futur commun » de la Commission des Nations Unies sur l’environnement et le développement (11). Un rapport rédigé par Madame Gro Harlem Brundtland, alors, premier ministre de Norvège. Depuis, cette préoccupation a gagné le monde entier, avec des incidences croissantes sur tous les secteurs d’activité.

b) La définition par école

Elle s’appuie sur les grands espaces culturels qui opèrent dans le monde

  • L’école anglo-saxonne. Dans sa conception du développement, l’école anglo-saxonne met davantage l’accent sur le problème des équilibres entre courte période et longue période et sur les équilibres entre les principales grandeurs de l’économie nationale : croissance, inflation, équilibre budgétaire, équilibre commercial, chômage, entre autres. En ce sens, l’approche de cette école est principalement quantitative, ce qui a souvent pour conséquence de réduire l’étude du développement à celle du PIB et du PNB. C’est justement pour cette raison que certains auteurs à l’instar de l’économiste américain Simon Kuznets ou du français Henri J Bruton, considèrent que le développement peut se réduire à l’examen du PNB ou du PIB par habitant1. Les auteurs de cette école pensent que l’examen du PIB par habitant est le meilleur moyen d’appréhender l’ensemble des dimensions du développement.
  • L’école francophone. Même si elle reconnait le caractère fondamental du quantitatif, l’école francophone met davantage l’accent sur l’étude qualitative des phénomènes qui concourent au développement. Un des tenants de cette école est l’économiste français François Perroux qui définit le développement comme ‘’la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent aptes à faire croitre cumulativement et durablement son produite réel global’’(12). Par ailleurs, l’école francophone se distingue de celle anglo-saxonne du point de vue méthodologique et selon l’économiste Philippe Hugon. Là où les anglo-saxons privilégient l’individualisme méthodologique, en considérant que la société correspond à la seule somme des individus, les auteurs francophones privilégient quant à eux l’holisme méthodologique, soit l’étude de la société vue comme un système non réductible à la seule somme des individus qui la composent (13). En conséquence, l’approche francophone est davantage interdisciplinaire, puisque cohabitent dans ses analyses du développement des préoccupations à la fois sociologiques, philosophiques et bien entendu économiques.
  • L’école asiatique. La croissance des pays émergents d’Asie est un phénomène sans précédent. Il n’existe aucune région en développement qui ait amélioré aussi rapidement sa production industrielle et son niveau de vie. Ce constat justifie l’intérêt accordé aujourd’hui aux expériences asiatiques en matière de développement. Le continent asiatique affiche depuis les années 1990 des taux de croissance qui peuvent paraître insolents, au moment même où l’Europe est menacée de déflation. Au demeurant, ces expériences asiatiques sont-elles significatives pour le reste du Tiers-Monde ? on peut s’accorder, selon le professeur Raymond Anselme Ebalé, historien camerounais de l’économie, pour retenir un certain nombre de critères à partir desquels une discussion sur l’originalité du modèle asiatique est possible (14).
  • Des Etas forts, capables de piloter et contrôler l’activité économique avec accent particulier sur le suivi ;
  • Un processus d’accumulation du capital (Physique et humain) très soutenu : transpiration plutôt qu’inspiration ;
  • Un substrat culturel fort reposant notamment sur l’héritage colonial qui a consacré des États forts et structurés ;
  • La grande importance accordée à l’éducation ;
  • La bonne gouvernance technique et financière ;
  • Des politiques macroéconomiques prudentes
  • Des organisations politiques et financières fortes (ASEAN, APEC, BAD) (15)
  • Une école africaine ? l’existence d’une voie africaine du développement reste un sujet de débat bien que certains penseurs s’y sont brillamment essayés. Il y a tout de même un certain nombre de traits caractéristiques qui sous-tendent la pratique du développement en Afrique. Ce sont :
  • La forte dépendance vis-à-vis du monde extérieur et notamment du monde occidental. Cette dépendance est à la fois idéologique, politique, économique et socioculturelle ;
  • L’absence générale de vision ;
  • L’ethnicisation et la tribalisation du processus de développement ;
  • Le paternalisme politique et étatique : le développement est avant tout l’affaire du leader au pouvoir et non de l’ensemble de la société.

Parvenus à la fin de cette première partie consacrée à la clarification des concepts clés, il apparait que le monde vit une transition historique irréversible vers la multipolarité. Celle-ci est caractérisée notamment par un processus global de désoccidentalisation de la mondialisation. Cet équilibre des forces est intéressant pour le développement des espaces faibles au rang desquels l’Afrique.

II. D’un Monde multipolaire : une opportunité pour le développement de l’Afrique

Le Consensus de Dar Es Salam a retenu le monde multipolaire, en son deuxième point, comme un facteur du développement commun en général et celui de l’Afrique en particulier. Ce postulat auquel nous souscrivons est intéressant à plus d’un titre.

  1. La diversification des partenaires et l’optimisation des opportunités pour le développement de l’Afrique

A la lumière des enseignements de la théorie du commerce international, la diversification des partenaires est toujours source de gains. Loin de pouvoir être associé à des politiques protectionnistes, une politique de diversification réussie s’appuie non seulement sur une participation active à la mondialisation, mais se nourrit également des possibilités qu’offre un monde multipolaire. Il est vrai que les processus de développement sont souvent d’abord endogènes en impliquant la qualité des politiques publiques de développement, la disponibilité des matières premières, la qualité de la ressource humaine, la stabilité de l’environnement socio-politique entre autres. Il est cependant utile de comprendre aussi que l’intensité et la qualité de la coopération internationale couplée à la sincérité des partenaires internationaux influencent d’une façon ou d’une autre le développement d’un Etat ou d’un espace.

Lors des indépendances politiques, l’Afrique était dans une situation de grande dépendance économique. Les indices de cette situation abjecte étaient entre autres : le taux élevé d’ouverture, la faible diversification des exportations, la polarisation des échanges autour des anciennes métropoles qui contrôlaient d’ailleurs les prix de tous les matières premières. L’essentiel des produits énergétiques, des biens intermédiaires et d’équipement, de la main d’œuvre qualifiée et de l’encadrement provenait de l’extérieur. Résultats des courses, le continent est resté à la traine. C’est le dernier, abritant presque 20% de la population mondiale, mais ne représentant environ que 4% du PIB mondial (16). Malgré ses richesses immenses, l’Afrique occupe donc une place marginale dans l’échiquier mondial. Et c’est à ce niveau qu’un monde multipolaire apporte une valeur ajoutée pour cet espace berceau de l’humanité. Il s’agit pour l’Afrique de saisir cette opportunité en changeant ce logiciel de ses relations économiques internationales qui a longtemps plombé son développement. Il s’agira d’abord pour elle de vendre à qui paye le mieux et non à qui est le plus ancien partenaire. Il s’agira par la suite d’acheter, motivé par des intérêts économiques et non par de quelconques proximités. Il s’agira enfin pour l’Afrique de faire le tri et de ne choisir que des offres alléchantes qui s’amoncellent venant des nombreux partenaires. Il s’agit là en fait des délices de la diversification des partenaires dont doit pouvoir bénéficier l’Afrique dans le monde multipolaire en marche.

  1. Le renforcement du respect de la dignité et de la souveraineté de l’Afrique

L’histoire du continent africain a pendant longtemps été jonché d’humiliations diverses qui ont considérablement fragilisées la place de ce berceau de l’humanité sur l’échiquier mondial. Au sortir de la période des grands empires au Moyen âge, l’Afrique cherche toujours à retrouver sa gloire d’antan. La traite négrière, la colonisation et le néocolonialisme aujourd’hui expliquent, entre autres raisons, la situation économique du continent, et ont fini par le reléguer à la dernière position socio-économique. Cette situation qui a prévalu dans un monde unipolaire d’abord et bipolaire par la suite, ne sera pas adapté dans un monde multipolaire. A partir du moment où les injonctions, les décisions ne proviennent plus d’un pôle, ou même de deux, il n’est pas exagéré de dire que la dynamique multipolaire du monde apporte une certaine indépendance à l’Afrique et concoure à la restitution de sa dignité et au respect de sa souveraineté. Ce qui est intéressant par ailleurs, est qu’il y a une réelle prise de conscience en la matière en Afrique aujourd’hui dans les milieux jeunes et au sein des nouvelles classes politiques africaines. Il est question de mettre un terme à certains tutorats improductifs pour l’Afrique, afin de se tourner vers d’autres partenariats, visiblement plus bénéfiques. Le sentiment anti-français solidement ancré en Afrique occidentale par exemple est une manifestation de cette lutte, de cette reconquête de la souveraineté africaine. Quant à la dignité, l’Afrique l’a retrouvée dans ses relations avec ses nouveaux partenaires. La Chine, la Corée du Sud, la Russie et les autres ont changé le logiciel de coopération avec l’Afrique. Les principes et les pratiques de ces coopération, contraires à ceux utilisés par les partenaires traditionnels participent à la restitution de la dignité internationale de l’Afrique (17). La multipolarité, en variant les offres de partenariat, participe au respect de la souveraineté et à la restitution de la dignité du continent africain, gage d’un réel développement économique de ce continent. Il n’y a aucun développement possible en contexte de domination ou de déni de reconnaissance. Le développement de l’Afrique devra donc passer aussi par la fin des dominations et des hégémonies sur ce continent, et sa reconnaissance comme une place importante de l’arène internationale. Et il est clair que le monde multipolaire est là pour le favoriser. Et l’on constate en guise d’illustration que le réel essor économique chinois a été perceptible après la victoire de la Chine aux Nations Unies en 1971, avec l’aide de l’Afrique. Un acte fondateur de la Chine nouvelle dont le développement économique n’a pas tardé à prendre un véritable envol quelques années après.

3. Une Afrique courtisée, favorisée par la multipolarité

Le monde multipolaire en construction a érigé l’Afrique en une véritable courtisée. Un statut dont elle doit en tirer profit pour son développement économique. En ce début du 21éme siècle, l’Afrique fait justement figure de courtisée sur la scène internationale. Comme si soudainement elles la découvraient toutes, les puissances européennes, américaines et asiatiques tentent, chacune à sa manière, de pousser ses pions sur le continent noir. Mais seulement, le statut de courtisé est très souvent difficile à exploiter, tant les offres affluent et les yeux doux encensent. C’est pourtant le moment pour l’Afrique de tirer profit de cette situation qui lui est avantageuse. Et elle ne peut le faire que d’une seule façon : rompre avec une attitude de suivisme, de passivité, d’attentisme pour finalement, poser ses problèmes clairement et d’une voix grave à ses partenaires. Compte tenu de l’attraction dont elle fait l’objet du fait de ses potentialités justement, elle ne pourra qu’être écoutée. Tenez par exemple, on connait des sommets Chine-Afrique, Etats-Unis-Afrique, Inde-Afrique, Japon-Afrique, Brésil-Afrique et bien d’autres. On a toutefois la nette impression que, qu’ils se tiennent hors d’Afrique et quelque fois sur le continent, c’est du blanc-bonnet, bonnet-blanc. C’est-à-dire, une Afrique plurielle et désunie, sans en réalité un projet de développement clair proposé aux partenaires, et résultat, on se contente de quelques accords signés par ci par là. Cette démarche met au goût du jour l’épineux problème de l’unité africaine, mais nous estimons qu’il faudrait aller à ces rencontres à rangs serrés, avec un agenda élaboré à l’avance. Au regret d’expérimenter cette unité africaine, chère à Kwamé Nkrumah (18), les rencontres de l’Afrique avec les grands du monde à l’extérieur du continent doivent être précédées de concertations profondes pour harmoniser les voix. Il serait par ailleurs bénéfique que les sommets avec les grandes puissances soient davantage organisés en Afrique car, un sommet dans lequel on est l’initiateur, n’est jamais comme celui dans lequel on est invité. C’est en réalité ce que soutient Vincent Ntuda Ebodé, lorsqu’il déclare, parlant du dernier sommet Etats-Unis-Afrique tenu à Washington » :

Lorsque les américains vous invitent, ils vous invitent par rapport à leur agenda. Vous ne pouvez répondre que par rapport à ce qu’ils ont déjà hiérarchisé. Alors que si c’est l’Afrique qui invite, dans ce cas-là, vos partenaires viennent pour répondre à votre propre agenda. Donc, tant que c’est nous qui allons, je ne crois pas que grand-chose va changer. Ceci veut dire que lorsqu’on veut parler en tant que continent, on peut inviter et discuter sur notre propre agenda, en établissant une sorte de priorisation des priorités qu’on a à un moment donné et dont on pense qu’on peut débattre avec les autres. En clair, le sommet, lorsqu’il est convoqué par la France, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, c’est pour répondre aux préoccupations de celui qui l’a convoqué. Cela ne signifie pas qu’il n’est pas important, mais moins important pour les africains que pour celui qui l’a convoqué. Dites-vous quand même que celui qui convoque le sommet est celui qui finance le sommet. Ce sont des fonds dont il faut généralement justifier la sortie devant l’Assemblée. Cela veut dire que chaque fois qu’on convoque un sommet, il y’a un agenda caché qui peut devenir public, mais il faut comprendre qu’il y’a des enjeux pour celui qui convoque. Ces enjeux ne sont pas nécessairement dans l’ordre des intérêts de tous les pays conviés. Il est donc important que l’Afrique apprenne davantage à inviter par rapport à un chronogramme, par rapport à un document préalablement élaboré. Au Cameroun par exemple depuis quelques années, on a le DSCE. Donc on sait absolument ce qu’on veut. Quand vous invitez un pays, vous parlez de ce document, il vous dit ce qu’il est prêt à faire pour vous accompagner dans ce document. Mais quand on va à l’invitation de quelqu’un d’autre, ce n’est jamais de ce document qu’on va discuter(19).

Par ailleurs toujours ses relations avec l’extérieur, l’Afrique gagnerait à tirer profit des opportunités qui s’offrent à elle. Si nous prenons seulement le cas de la relation avec la Chine, il apparait que le continent n’exploite pas vraiment les potentialités du vaste marché chinois et même l’assouplissement ou l’exonération des tarifs douaniers par le gouvernement chinois. La raison étant vraisemblablement le faible niveau du commerce extérieur africain.

La promotion de la construction d’un monde multipolaire par le Consensus de Dar Es Salam est donc un point de vue pertinent dans l’optique d’un développement commun et tout particulièrement celui de l’Afrique. Toutefois, la dynamique multipolaire dans le monde n’est pas sans risque.

III. Aux dangers d’une approche prisée

Aujourd’hui envisagée comme un remède aux troubles géopolitiques et un facteur de développement des Etats, l’idée d’un monde dans lequel le pouvoir et l’influence sont repartis entre un certain nombre de puissances, pose tout de même matière à réflexion.

  1. La multipolarité est source de compétitions conflictuelles

A la fin de la Guerre Froide, deux thèses opposées ont été formulées. D’une part, celle de Francis Fukuyama pour qui, le triomphe définitif de la démocratie libérale et de l’économie de marché nous promettait un monde apaisé. D’autre part, pour Samuel Huntington, la disparition du conflit idéologique laissait libre champ à l’émergence de nouvelles disputes culturelles et religieuses débouchant sur un choc des civilisations. Malgré le développement de la mondialisation, on est davantage proche de la deuxième thèse que de la première, et le monde multipolaire n’y change rien, au contraire ! nous vivons dans un monde multipolaire où, malgré l’appartenance à un univers globalisé, n’empêche pas la compétition et les conflits entre les divers pôles. En effet, la redistribution des puissances économiques entraine une compétition qui peut être latente ici et ouverte là-bas, et qui pourrait finir par plomber les efforts de développement commun. Les risques de prolifération nucléaire, la montée des extrémismes, la réalité du terrorisme, la multitude des foyers de tensions à travers le monde renseignent suffisamment que le monde multipolaire peut être synonyme de chaos, une situation incompatible pour tout développement1.

  1. Les résistances identitaires nocifs pour le développement global

La multipolarisation pourrait être à l’origine des relents et des résistances identitaires. Face à la menace d’homogénéisation que fait planer la mondialisation, le monde multipolaire pourrait favoriser des replis et ainsi saper les efforts de développement commun. En clair, si les différents pôles se livrent une compétition, il n’est superflu de penser qu’il y’ait par la suite des possibilités de replis identitaires, nationaux, polaires, dans l’optique de mieux se structurer et de mieux répondre le moment opportun à un éventuel affrontement. C’est pourquoi Jean-Yves Heurtebise, enseignant à l’Université catholique Fu-Jen à Taiwan, sentencier, déclare que : ‘’ le monde est malade de sa multipolarité : le trouble multipolaire’’(21). D’ailleurs, ce trouble se manifeste entre autres, par des plaidoyers bipolaires.

  1. Les risques d’un retour à un monde bipolaire

Les indicateurs d’un éventuel retour à un monde bipolaire s’observent et deux cas de figure l’attestent. Dans un premier temps, il faut reconnaitre qu’il exister dans ce monde que nous pensons bipolaire, des regroupements de connivence stratégique, idéologique et opérationnel. Les deux points focaux étant aujourd’hui les Etats-Unis d’Amérique et la République Populaire de Chine. A l’observation, il y’a bien du côté américain les alliés suivants : l’Europe occidentale, le G7 ; les Nations Unies. De l’autre, le cercle des amis de Pékin comprend l’Afrique, les BRICS+, l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) pour ne citer que ces acteurs-là. Il y’a donc comme un face à face entre les Etats-Unis et la Chine autour desquels gravitent clairement des partenaires-alliés. Le timing des assises du G7 et de Xian (22) en 2023 témoigne par exemple de cette lutte à distance entre Pékin et Washington et qui peut être considéré comme un galop d’essai d’une opposition qui ne manquera pas d’influencer le développement commun et celui de l’Afrique en particulier.

Le deuxième cas de figure s’explique par la crainte que provoque la multipolarité en Europe. Le monde multipolaire se ferait sans l’Europe et au détriment des intérêts européens. C’est du moins ce que soutienne nt Hubert Védrine et Laurent Cohen-Tanugi. Le premier dénonçait que ‘’le monde multipolaire se développe sans nous demander notre avis et sans correspondre à nos schémas. Face à des pays émergents qui noueraient des liens entre eux, il peut y avoir une Europe boulimique et une France qui aurait perdu la main » (23). Le second, analysant l’impuissance de l’occident à imposer sa loi estime que la seule issue se trouve dans l’adoption d’une stratégie commune aux grandes démocraties occidentales. Une configuration qui jouera bien le jeu de la bipolarisation et finira par aboutir à la structuration des ‘’autres’’ opposés naturellement aux démocraties occidentales.

En clair, la perception de la multipolarité aujourd’hui n’échappe pas à l’analyse manichéenne qui voit en toute chose un bien et un mal. Si le monde multipolaire qui se structure pourra apporter des solutions aux problématiques internationales actuelles parmi lesquelles le développement, il n’en demeure pas moins vrai qu’il semble être porteur de réels périls contre la stabilité.

Conclusion

Au terme de notre analyse, plusieurs constats se sont dégagés, un certain nombre de remarques et des leçons aussi. Le concept de multipolarité occupe aujourd’hui une place importante dans les discussions internationales et il n’a pas échappé aux chercheurs chinois et africains, auteurs du Consensus de Dar Es Salam de Mars 2024. En appelant à promouvoir la construction d’un monde multipolaire pour faciliter le développement commun et dont, celui de l’Afrique, ces intellectuels sino-africains ont non seulement validé l’option multipolaire comme l’une des clés de la résolution des questions géopolitiques et économiques actuelles, mais aussi et surtout, ils ont par-là démontré la fraternité, l’union et l’engagement commun de la Chine et de l’Afrique dans la recherche des solutions des problèmes globaux. L’un de ces problèmes est indubitablement le développement de l’Afrique. Même si la multipolarité ne fait pas encore l’unanimité et malgré qu’elle reste toujours un sujet de débat, il faut admettre, avec le Consensus de Dar Es Salam, qu’elle est une piste probante, un espoir pour enfin effectivement voir l’Afrique décoller économiquement.

ONANA NTSA Fabrice

PhD histoire/Université de Yaoundé I

 

 

 

Notes

1. A cet effet, les 10 pays les plus pauvres du monde viennent d’Afrique, avec un PIB par habitant véritablement faible. Il s’agit du Burundi (308 dollars), la Sierra Leone (472 dollars), le Malawi (483 dollars), la République Centrafricaine (516 dollars), Madagascar (540 dollars), la Somalie (562 dollars), le Soudan du Sud (570 dollars), le Niger (574 dollars), le Mozambique (579 dollars), l’Erythrée (700 dollars).
2. « Consensus de Dar Es Salam : la CATTF appelle à la réparation des injustices contre l’Afrique », Malagasy news, Mars 2024.
3. Dont la résurgence constitue toujours une épée de Damoclès sur l’Humanité
4. Pascal Boniface, Comprendre le Monde, Paris, Armand Colin, 2017, p.12.
5. Dans leur ouvrage intitulée La Mondialisation dangereuse, Alexandre Del Valle et Jacques Soppelsa font l’autopsie de la mondialisation et mettent en lumière les situations qui la fragilisent. Entre autres il s’agit de : les crises sanitaires ; l’islamisme, la mafia, les défis géo énergétiques, le processus de désoccidentalisation, l’antiaméricanisme, le rejet des institutions multilatérales héritées de 1945, la multiplication des conflits, la prolifération nucléaire, le crime organisé.
6. Pascal Boniface, Comprendre le Monde, Paris, Armand Colin, 2017, p.13.
7. Cinq critères permettent en fait d’évaluer et de classer les puissances militaires. Il s’agit de : les dépenses militaires, la taille des forces armées (le nombre de soldats), la capacité de projection, les avancées technologiques et le nombre d’ogives nucléaires.
8. « l’Union Européenne, puissance économique et commercial », www.maxicours.com, consulté le 20 juin 2024 à 13h30.
9. Fabrice Onana Ntsa, ‘’Les Sommets Xian, du G7 et de la Ligue Arabe 2023 : indicateur d’un multilatéralisme sollicité dans la course vers la gouvernance mondiale’’, Mutations, No 5832, mercredi 24 mai 2023, p.8.
10. Raymond Ebalé, Le concept de développement, fondements épistémologiques et débats, Yaoundé, Editions Arimathée, 2015, p.14
11. Simon Kuznets, Croissance et structures économiques, Paris, Calmann-Lévy, 1972.
12. Raymond Ebalé, Le concept de développement, p.15.
13. Philippe Hugon, ‘’La pensée française en économie du développement. Evolution et spécificité’’, Revue d’économie politique, no101, mars-avril 1991, pp.171-229.
14. Raymond Ebalé, Le concept de développement, p.16.
15. ASEAN (Association of South East Asian Nations), APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) BAD (Banque Asiatique de Développement).
16. Le rapport 2023 de la Banque Africaine de Développement, p.2
17. Fabrice Onana Ntsa, interviewé par le magazine actu Chine-Cameroun, No001, 2021, p.18
18. On se souvient de cette phrase prophétique de Kwamé Nkrumah en Mai 1963 à Addis-Abeba : l’Afrique doit s’unir si elle ne veut pas périr.
19. V. Ntuda Ebodé, Enseignant, Université de Yaoundé II, ‘’Amphithéâtre’’, émission radiodiffusée sur la CRTV, le 02 février 2014, 09h20.
20. Jean Dubois, ‘’Les périls d’un monde multipolaire’’, Les Echos, 2019, p.5.
21. Jean-Yves Heurtebise, ‘’Le monde est malade de sa multipolarité’’, Le Monde, novembre 2023
22. Fabrice Onana Ntsa, ‘’Les Sommets Xian, du G7 et de la Ligue Arabe 2023 : indicateur d’un multilatéralisme sollicité dans la course vers la gouvernance mondiale’’, Mutations, No 5832, mercredi 24 mai 2023.
23. Jean-Yves Heurtebise, ‘’Le monde est malade de sa multipolarité’’, Le Monde, novembre 2023.

 

 

 

 

 

 

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