La rapide croissance économique du pays, jumelée à la politique de Deng Xiaoping résumée en une phrase : « s’enrichir, c’est très bien », a permis à des milliers de personnes de s’enrichir. Cependant ces nombreux millionnaires et même de milliardaires, désormais acceptés, n’hésitent plus à faire étalage de leur fortune.

Chen Man

Image de la photographe Chen Man

Petit rappel à l’ordre de Xi Jinping

Les récentes polémiques sur la jeunesse dorée, généralement composé d’enfants de cadres, stars et grands patrons, ont poussé le président, Xi Jinping, à réagir en mai 2015. Ce dernier les a exhorté à donner « une image plus positive des jeunes riches », à travers une formation « pour les sensibiliser à la responsabilité sociale et au patriotisme », précise le site China.org.

Lors d’une réunion de travail au Département du Travail du Front Uni (UFWD), Xi Jinping a appelé à davantage d’efforts pour « guider la jeune génération de propriétaires d’entreprises privées à réfléchir d’où vient leur argent et de mener une vie positive ».

Dans un article, le magazine The Beijing Youth Daily explique que plus de 70 enfants de milliardaires de la province de Fujian ont suivi une session de formation, afin d’être « sensibiliser à la responsabilité sociale et au patriotisme ».

D’une moyenne d’âge de 27 ans, les « fuerdai » présents ont eu droit à des cours sur la culture traditionnelle chinoise, la responsabilité sociale et la connaissance de l’entreprise. You Xiaoming, responsable de la formation et fonctionnaire à Xiamen, a expliqué au Quotidien du peuple que « cette formation, qui a été lancée en 2013, a été bien accueillie par les entrepreneurs inquiets du mode de vie extravagant de leurs enfants devenus adultes et de leur mauvais sens de la responsabilité sociale ».

Patriotisme, civisme et responsabilité

« Beaucoup d’entrepreneurs voulaient envoyer tous leurs enfants devenus adultes à cette session, mais nous ne pouvons en admettre qu’un pour chaque entreprise » a indiqué You Xiaoming. Ce dernier a mit en avant la discipline instaurée lors de la formation. Ainsi, les retardataires ou ceux quittant plus tôt le cours sont condamnés à une amende de 1.000 yuans (environ 142 euros). « Bien que ce ne soit pas une grosse somme pour les riches, cette règle a pour but de créer un sentiment de responsabilité« , a souligné le responsable.

165697806D’après le Département du Travail du Front Uni (UFWD), qui gère les relations entre le Parti communiste chinois et les élites non issues du Parti, les enfants des nouveaux riches sont qualifiés de « gâtés, arrogants et têtus, beaucoup d’entre eux gaspillent l’argent sans chercher à savoir comment leurs parents l’ont gagné », souligne Le Quotidien du peuple.

L’UFWD a d’ailleurs mené une étude dans laquelle elle révèle que plus de 85% des entreprises chinoises n’appartenant pas à l’État sont de type familial. « Dans les 5 à 10 prochaines années, environ 75% des entreprises familiales verront leur chef actuel remplacé et les problèmes de cette jeunesse dorée pourraient affecter la succession et même porter atteinte à la confiance du public dans l’économie privée« , note l’institution.

Face aux risques économiques, l’UFWD a exhorté « les jeunes riches à consacrer leur argent à l’accroissement de la production, aux investissements dans l’économie réelle et à faire davantage pour le bien-être public et les œuvres de charité« . Cette formation intervient après les tentatives des médias officiels de redorer le blason de cette jeunesse riche et extravagante.

Redorer l’image de ces jeunes

Un mois après l’entrée en fonction de Xi Jinping, un « rapport d’enquête sur la deuxième génération des riches » est publié par Le Quotidien du peuple, en avril 2012. Ce document est le premier du genre à aborder cette seconde génération qualifiée « des plus riches ».

Basé sur 110 interviews, le rapport met en avant la vie quotidienne de cette jeunesse dorée : études, travail, mariage et héritage des biens, afin de « montrer de manière objective et juste au public sur la vérité de la deuxième génération des riches chinois« , note le journal.

En 2013, le site officiel chine-info.com explique que les fuerdai « sont la cible de discrimination« . Devenus pour l’opinion publique, « la génération des éclopés de la vie« , « la génération des âmes perdues » ou encore « la génération effondrée« , « ils sont peu nombreux à s’avouer être des fuerdai ».

Le site assure que « quand ces derniers se heurtent aux qiongerdai (littéralement: pauvres de seconde génération, par opposition aux fuerdai), ce sont toujours les « pauvres » qui prennent le dessus« . Le site met en avant six autres tragédies vécues par cette génération : ennui, marginalité, pas maître de leur vie, manque d’amour, manque de confiance en eux et absence totale de crédibilité.

Des efforts en vain

timesMalgré la bonne volonté de redorer le blason de ces jeunes, souvent fils et filles de cadre du parti, leur attitude outrancière irrite les chinois, dans un système de plus en plus inégalitaire. Enfant unique, gâté par leur parent, ils obtiennent tout ce qu’ils veulent : voitures de luxes, bijoux, vêtements de grandes marques … Certains exhibent  leur richesse par des selfie sur Weibo, ou encore leurs soirées dans des club branché et huppés.

Guo Meimei, fille d’un riche industriel chinois, est devenue l’icône de cette jeunesse dorée. En 2011, elle avait créé le scandale en se faisant passer pour une responsable de la Croix Rouge, racontant sur son compte microblog Weibo, sa vie luxueuse. Arrêté, suite au démantèlement d’un réseau de pari illégal pendant la Coupe du monde.

Elle admet avoir participé au jeu et en avoir organisé des paris illégaux. Selon la police, elle a ouvert une maison de jeu à Beijing en collaboration avec un joueur étranger en 2013. A chaque partie, elle recevait entre 3 et 5% sur de commission.

Par la suite, l’enquête a montré qu’elle avait une « petite entreprise » de prostitution. La jeune femme monnayait ses charmes à plusieurs milliers de yuan. Escorte et escroc, la jeune femme a expliqué devant les caméras « avoir commis une grosse erreur en raison de sa vanité, ce qui a conduit à discréditer gravement la Croix Rouge ».