Nick Liu, interrogé par le média australien Australian Broadcasting Corporation a expliqué qu’il était conscient de la collecte et de l’exploitation des données pratiquées à grande échelle par les entreprises, mais cela ne l’empêche pas de payer en ligne ses achats.

D’autant plus que les applications comme WeChat Pay et AliPay, les deux principales plateformes chinoises de paiement en ligne, sont devenues incontournables. A l’instar de Nick Liu, ils sont des millions à accepter de voir leur vie privée menacée pour pouvoir utiliser ces applications.

Cette situation devrait s’accentuer avec le projet du gouvernement de mettre en place, d’ici 2020, un système de «crédit social» consistant à attribuer une note à chaque citoyen en fonction de son comportement. Plutôt bien accueilli par la population, d’après le site Huanqiu, ce nouveau système interroge sur la notion de vie privée : est-elle aussi importante dans la culture chinoise qu’elle ne l’est dans d’autres pays.

«Nous ne faisons pas le choix de sacrifier notre vie privée», a expliqué Nick Liu, ajoutant que «c’est simplement que nous n’avons pas d’alternative possible». D’autant que «personne ne nous a jamais demandé notre consentement», a indiqué un internaute.

Une enquête, publiée en 2017 par les médias chinois, a révélé que 80% des chinois étaient favorables à l’utilisation de caméras de surveillance intelligentes pour retrouver les auteurs d’infractions mineures, comme un piéton qui traverse au feu rouge.

Pour David Ramli, journaliste pour l’agence de presse américaine Bloomberg News à Beijing, les applications chinoises demandent aux usagers de communiquer beaucoup plus d’informations privées que les applications occidentales.

Ce dernier cite l’exemple de la location d’un vélo en Chine. Pour cela, il faut transmettre les papiers d’identité et donner son numéro de téléphone, malgré cela «je pense simplement que les Chinois sont prêts à partager certaines informations personnelles pour avoir accès à des prestations dont ils ont entendu beaucoup de bien», a indiqué ce dernier.

De son côté, Elsa B. Kania, chercheuse au Center for a New American Security (organisme gouvernemental américain qui traite les questions de sécurité nationale), a indiqué qu’il serait «réducteur d’affirmer que les chinois négligent leur vie privée».

Sur la base d’une enquête, menée par des entreprises et médias chinois, 75% des personnes interrogées sont préoccupées par la menace que représente l’intelligence artificielle pour leur vie privée. «Il est arrivé que les autorités chinoises condamnent les abus d’exploitation de données personnelles », a expliqué la chercheuse.

«Je pense que la préoccupation de la population à l’égard de la vie privée accroît chaque jour. Il faut noter que le gouvernement a même adopté des lois pour protéger les données personnelles, même si ces mesures visent davantage à protéger la sécurité des citoyens que les droits humains», a souligné cette dernière.

Toutefois, pour John Fitzgerald, professeur émérite à l’université de technologie Swinburne, à Melbourne, «les chinois ont confiance en leur gouvernement. Ceux issus de la classe moyenne acceptent les systèmes de surveillance car ils ignorent qu’ils seront eux aussi observés».

Des citoyens notés pour leurs actions