L’Union européenne rompt avec la Chine
L’Union européenne envisage de durcir ses recommandations et interdictions visant la présence d’acteurs chinois dans les domaines critiques, des télécommunications à l’énergie.
Selon le Financial Times, Bruxelles devrait présenter, ce 20 janvier, une nouvelle mouture du Cybersecurity Act, qui viserait à exclure progressivement les entreprises chinoises de la fourniture d’équipements pour les infrastructures dite sensibles de l’UE.
Le blocage de l’UE concernerait aussi bien les télécommunications que les systèmes de génération d’électricité grâce aux panneaux solaires, par exemple, ou encore les outils de sécurité, comme les scanners, selon le quotidien financier.
Un choix plus politique que technique
Officiellement, la décision concerne des questions de sécurité, mais l’Union européenne va franchir un cap politique majeur. Lors de ces dernières années, la Commission européenne a mit en garde contre les dépendances stratégiques, et notamment vis-à-vis celle de la Chine. Désormais, elle les qualifie d’inacceptables dans un contexte international instable.
Jusqu’à présent, l’UE émettait des recommandations que les pays membres pouvaient suivre ou non. Mais cette nouvelle mouture devrait rendre obligatoire l’exclusion des solutions chinoises pour tous les pays de l’Union. Selon le Financial Times, une version précédente du projet de loi indiquait que « des solutions nationales fragmentées se sont révélées insuffisantes pour instaurer la confiance et la coordination à l’échelle du marché ».
Bruxelles rejette le fait que Pékin impose à ses entreprises des obligations de coopération avec les autorités chinoises. Même sans preuve d’ingérence directe, le risque potentiel est jugé incompatible avec la protection des intérêts européens.
Concernant la 5G, les pays européens ont adopté des approches très différentes. Certains ont opté pour une interdiction progressive, comme l’Allemagne qui a choisi un blocage des équipementiers chinois, Huawei et ZTE dans son centre de réseau d’ici fin 2026. La France, elle, n’a pas voté d’interdiction totale mais a soumis l’adoption d’équipements chinois à une autorisation préalable de l’ANSSI, qui n’est valable que pour huit ans.
Préserver sa souveraineté
Les États-Unis ont déjà tranché sur ce sujet depuis plusieurs années et exclu les équipements chinois dans ces infrastructures. L’UE a décidé de s’aligner sur cette approche, Bruxelles assume une convergence occidentale, mais affirme sa propre autonomie réglementaire.
La décision de l’Union européenne s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la souveraineté européenne. La souveraineté passe par l’autosuffisance technologique. La réalité semble difficilement s’aligner avec les ambitions européennes, sauf à miser sur le long terme et un plan de relance européen de la recherche et de la production dans ces domaines.
Sur le plan géopolitique, la décision de l’UE constitue un message clair. Bruxelles ne se contente plus de discours sur la souveraineté stratégique, car elle accepte désormais d’en assumer le coût, y compris face à une puissance industrielle majeure comme la Chine.
La position européenne marque une évolution du projet européen, car l’Union européenne endosse désormais un rôle plus affirmé dans le rapport de force mondial. Elle utilise le droit et la réglementation comme instruments politiques à part entière.
Pourtant, sur le plan interne, l’Union européenne sait que le remplacement d’équipements existants pèsera sur les finances publiques et sur certains opérateurs privés. À court terme, les coûts pourraient être répercutés sur les États et surtout sur les consommateurs.
Après la présentation du texte demain, 20 janvier, il devrait être négocié au sein du Parlement européen et dans chaque pays de l’Union européenne. Une négociation qui s’annonce longue et complexe.
Comme le rappelle le quotidien économique, se passer des technologies chinoises reviendrait pour certains membres de l’UE à « entraver non seulement le développement technologique national, mais aussi à entraîner de lourdes pertes financières ».

