Mis à l’arrêt d’un réacteur à la centrale EPR de Taishan

par | Août 5, 2021 | Energies, TERRE

Unique centrale EPR en fonctionnement dans le monde, la centrale de Taishan, construite en Chine avec le géant français de l’énergie EDF, a dû arrêter l’un de ses deux réacteurs, plus d’un mois après l’annonce d’un incident présenté comme sans gravité.

Le site de Taishan se trouve dans une zone côtière de la grande province du Guangdong (sud), la plus peuplée de Chine, à quelques dizaines de kilomètres des régions administratives spéciales de Macao et de Hong Kong.

Centrale nucléaire de Taishan

La chaîne américaine CNN a rapporté une possible « fuite », les autorités chinoises avaient signalé à la mi-juin un incident au niveau du réacteur numéro 1 de Taishan. Selon les données révélées, un petit nombre de barres de combustible d’uranium endommagées (« crayons ») ont causé une accumulation de gaz rares radioactifs dans le circuit primaire, étanche, de la centrale de Taishan.

Les autorités avaient qualifié le phénomène de « courant » et écarté tout danger sur le site de Taishan, réalisé en partenariat avec EDF, qui a fourni la technologie EPR.

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La cause de la dégradation dans la centrale de Taishan reste encore floue, car le réacteur doit d’abord être arrêté pour permettre une expertise. Cependant, l’arrêt du réacteur dira notamment si la responsabilité du fabriquant français du combustible, Framatome, est engagée.

Framatome, ex-Areva, filiale d’EDF, se refuse à tout commentaire. Pourtant, sa maison mère, EDF, renvoie pourtant sur elle toute demande de précision sur le nombre de gaines potentiellement défectueuses et sur les contrôles qui sont effectués dans l’usine de Romans-sur-Isère (Drôme), où elles sont fabriquées. EDF détient 30% de la centrale de Taishan, au côté du géant chinois CGN (China General Nuclear Power Group) qui en possède 70%.

Cependant, sous la pression, l’électricien français EDF avait déclaré que si l’incident était arrivé en France, il aurait personnellement mis le réacteur à l’arrêt. A Taishan cependant, une telle décision revenait à TNPJVC, la co-entreprise exploitant la centrale.

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«La centrale nucléaire de Taishan (…) fait de la sûreté sa première priorité (…) et a décidé d’arrêter le réacteur 1 pour maintenance, afin de trouver la cause des dommages affectant le combustible et de remplacer le combustible endommagé», a indiqué CGN dans un communiqué. Le géant nucléaire de la Chine précise que la décision a été prise «après une discussion substantielle entre les techniciens chinois et français».

Selon CGN, la mise à l’arrêt du réacteur pourrait être un danger imminent car les dégâts sur le combustible « restent dans la plage admissible des spécifications techniques » et le réacteur aurait pu « continuer à fonctionner de manière stable », d’après le groupe.

À Taishan, le seuil de 150 gigabecquerel de gaz rares radioactifs par tonne dans le circuit primaire de la centrale a été dépassé, affirme l’ASN. Mais l’exploitant de la centrale, TNPJVC, a demandé et obtenu une dérogation de la part de l’autorité de sûreté chinoise, la NNSA, pour poursuivre l’exploitation.

Le réacteur « Taishan 1 » a été le premier EPR au monde à entrer en service, en décembre 2018. Le deuxième réacteur, « Taishan 2 », continue à fonctionner.

Le problème rencontré dans la centrale a alimenté ces dernières semaines les critiques contre l’EPR, dont les chantiers en France, en Finlande et au Royaume-Uni sont marqués par des retards et des surcoûts.

La technologie EPR, pour « European Pressurised Reactor » (« réacteur pressurisé européen ») est conçue pour offrir une puissance et une sûreté améliorées. Lancée en 1992, cette technologie est présentée comme le fleuron de la filière nucléaire française. Elle a été co-développée par le français Areva et l’allemand Siemens au sein de leur filiale commune — dont Siemens s’est depuis retiré.

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