Un petit nombre de barres de combustible endommagées est à l’origine d’une accumulation de gaz radioactifs dans la centrale nucléaire de Taishan, ont indiqué les autorités chinoises, qui ont écarté tout danger.

La chaîne de télévision américaine CNN a rapporté le 14 juin une possible « fuite » dans la centrale nucléaire située à environ 120km à l’ouest de Hong Kong, dans le sud de la Chine. Cette centrale dispose des seuls réacteurs EPR à être entrés en service dans le monde, une technologie conçue pour offrir une puissance et une sûreté améliorées.

Elle est d’ailleurs présentée comme le fleuron de la filière nucléaire française et une vitrine pour EDF. Mais elle a subi de nombreuses déconvenues des dernières années, en France et en Finlande, où deux réacteurs en construction ont accumulé les retards et les dépassements budgétaires.

Deux autres EPR ont été commandés par la Chine: Taishan 1, commencé en 2009 et entré en service en 2018, et Taishan 2, raccordé en 2019.

Centrale nucléaire de Taishan

La Chine avait relativisé les risques et expliqué que les niveaux de radioactivité autour de la centrale étaient normaux.

EDF, qui est actionnaire à 30% de la centrale aux côtés du groupe national CGN, a fait état de la présence de « gaz rares » dans le circuit primaire du premier réacteur, après la dégradation de la gaine de quelques « crayons » contenant les pastilles d’uranium.

Le groupe avait été informé dès octobre 2020 de cette situation, mais des informations lui sont parvenues le 12 juin faisant état d’une hausse des concentrations de gaz, un phénomène « connu » et « prévu », selon EDF.

Le circuit primaire est un circuit fermé contenant de l’eau sous pression, qui s’échauffe dans la cuve du réacteur au contact des éléments combustibles. La procédure prévoit que ces gaz soient collectés et traités afin d’en retirer la radioactivité, avant d’être rejetés dans l’air.

Lors de sa première réaction officielle, le gouvernement chinois s’est voulu rassurant : «d’après les informations fournies par les autorités compétentes, la situation actuelle à la centrale nucléaire de Taishan répond aux exigences techniques», a déclaré devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian.

«Il n’y rien d’anormal dans la radioactivité autour de la centrale nucléaire et la sécurité est garantie», a assuré ce dernier. L’organisme chinois de sûreté nucléaire a fait état ces derniers mois d’un incident survenu à Taishan. Le 5 avril, une « petite quantité de gaz radioactif a pénétré de manière inattendue » dans la canalisation étanche du premier réacteur de la centrale, avait indiqué le régulateur.

La quantité de gaz alors rejetée représentait 0,00044% de la limite annuelle réglementaire, selon Zhao Lijian. De son côté, la CTBTO, l’organisation responsable de l’application du traité d’interdiction des essais nucléaires, a indiqué qu' »aucune détection inhabituelle de radionucléide (un atome radioactif, NDLR) n’a été rapportée jusqu’à présent« .

L’organisme dispose d’un réseau de plusieurs centaines de stations de surveillance des émissions de radioactivité anormales, y compris d’origine civile.

Ce 16 juin, le ministère chinois de l’Environnement et l’Autorité de sûreté du nucléaire ont donné les premières explications techniques. Dans un communiqué commun, ils ont admis une hausse de la radioactivité à l’intérieur d’un des réacteurs causée « par environ cinq barres de combustibles endommagées ».

Un phénomène qualifié de « courant » par les autorités, du fait de « facteurs incontrôlables » lors du processus de fabrication, de transport ou d’installation dans la centrale.

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L’augmentation de la radioactivité dans la centrale se situe « dans la fourchette réglementaire » mais « il n’y a pas de fuite radioactive dans l’environnement », a précisé le communiqué. EDF a indiqué la présence de « gaz rares » dans le circuit primaire du premier réacteur.

La Chine compte une cinquantaine de réacteurs en fonctionnement, ce qui la classe au troisième rang mondial derrière les Etats-Unis et la France.