Par Keita Moussa – L’Afrique «Terre de Safaris» a une réputation, que le continent ne partage avec aucune autre région du monde, depuis de siècles de millions d’amoureux de la nature n’ont cessé de joindre le continent pour nourrir l’instinct curieux qu’anime chaque être humain.

Les documentaires animaliers réalisés en Afrique dans un décor naturel, entre la savane dorée et les forets luxuriantes, sont sans doute de loin, les plus excitants et exaltants par leur caractère unique qu’offre la biodiversité du continent.  De la méditerranée au cap de bonne espérance, on y rencontre des paysages si variés et magnifiques, d’une rare beauté dont la nature africaine est seule détentrice du chef-d’œuvre.

Etre témoin oculaire de la migration d’une colonie de gnous, de zèbres, de biches, d’antilopes…, assister à la démonstration d’une chaîne alimentaire entre un fauve et un ruminant, observer de près les girafes se nourrir de la cime des arbres tandis que les autres petits ruminants ne peuvent que se contenter du tapis vert bariolé de jaune, ou enfin observer une famille d’éléphants avec leurs longues ivoires étincelantes sous les rayons solaires de la savane qui, avec nonchalance se dirigeant vers un point d’eau, sont entre autre l’une des plus intimes envies que nourrissent tout amoureux de la nature.

Le président Xi Jinping

Dans la construction d’une «Communauté de Destin» que prônent les acteurs des Relations sino-africaines, plusieurs pistes sont à explorer couvrant quasiment tous les secteurs de la vie en vue d’une prospérité partagée entre peuples africain et Chinois.  Comme le martèle le leader chinois, Xi Jinping dans son premier discours officiel en tant que président en sol africain de Tanzanie le 25 mars 2013, rapporté dans le livre «Xi Jinping, la Gouvernance de la Chine», on peut lire : «Actuellement, les relations sino-africaines se positionnent à un nouveau point de départ, avec des avantages naturels, géographiques et humains. En tant que «continent d’espoir» et «terrain de développement», l’Afrique d’aujourd’hui est devenue l’une des régions à la croissance la plus rapide du monde ([1]).

Une déclaration digne d’intérêts mettant accent sur la potentialité que représente le milieu naturel dans les échanges de nos deux parties. En quoi la biodiversité peut devenir dans un futur proche (puis qu’il est déjà à l’entame) un véritable levier dans les échanges sino-africains ?  En quoi le développement du tourisme est si nécessaire dans la construction d’une fraternité entre peuple chinois et africain? Quels sont les défis et perspectives à relever dans ce domaine si capital ? Ces interrogations sont bien-entendu abordées et soumises à des réflexions dans les hautes sphères diplomatiques des deux parties chinoise et africaine.

Cette volonté se trouve étayer durant l’interview de l’Ambassadeur algérien basé à Pékin dans une émission spéciale sur le sommet Forum de la coopération sino-africaine en cette année 2018 sur la Chaine CGTN français, qui a souligné le tourisme tel véritable «instrument de rapprochement entre peuple chinois et Africain».   

Au lendemain des Quarante années glorieuses, marquées par un spectaculaire développement économique, la Chine a su sortir de la pauvreté la plus grande masse de populations pauvres du monde, plus de 700millions ([2]) d’individus qui constituent aujourd’hui une classe moyenne consommatrice et amoureuse de voyage et découverte. On retient de la boutade Deng Xiaoping ; Artisan des reformes et de l’ouverture de l’économie, dire aux chinois : «Enrichissez-vous» après plus de deux décennies, on évalue le revenu annuel à «5000 USD, mais peut encore atteindre 7000 USD selon le pouvoir d’achat.» ([3])

Cette augmentation du revenu épouse auprès des chinois de nouvelles passions, beaucoup aiment mettre de l’argent à coté pour découvrir le monde. Car depuis plus d’une décennie la plupart d’entre eux aime aller au delà des grandes murailles qui, autrefois érigées comme symbole de «se prémunir des barbares » mais « également une ligne de démarcation qui emprisonne les chinois chez eux

A l’heure du monde où  voyager est plébiscite de la mondialisation, les discours en Chine l’encouragent. Les chinois doivent découvrir le monde et au monde aussi de découvrir la chine, déclare souvent le leader chinois XI Jinping. En effet depuis 2013 la Chine est devenue le plus grand pays pourvoyeur de touristes dans le monde. Plus de 100 millions de touristes chinois affluent le monde annuellement. Ils sont remarqués avec leurs appareils photographiques dotés de technologies de pointe.

N’est ce pas une aubaine pour le continent africain réputé être le monde rêvé de tous les amoureux de la nature, de la savane, et des animaux vivants librement dans la nature qui, depuis de millénaires n’ont pas changé de mode de vie. Les chinois admirent la nature qui traduit une partie de la culture chinoise, qui enseigne l’observation profonde de la nature dans la recherche de l’équilibre intérieur.

Si vous êtes africain et que vous avez eu la chance de vivre un instant en Chine, il y a fort chance qu’un chinois vous interroge sur les grands mammifères d’Afrique et vous exprime son envie d’excursion dans un parc africain. Ce qui traduit l’attrait que renvoient la faune et la flore africaines auprès de millions de chinois.

Selon un document intitulé « l’Etat de la biodiversité en Afrique »[4] publié par le programme des Nations Unies pour l’Environnement en Mai 2006, il ressort dans l’avant propos que le contient africain « représente près d’un quart de la diversité mondiale et elle abrite les plus grands assemblages de grands mammifères présents sur terre, lesquels circulent librement dans de nombreux pays ».

Entre une végétation de mangrove, de savane, de steppe mais aussi de forêts luxuriantes au long de l’équateur vivent une variété d’espèces animales, respirant à grand poumon l’air naturel de la vie sauvage. Des plus grands mammifères aux plus petits sans oublier les oiseaux qui peuplent ces vastes étendues, offrant un décor de beauté sans précèdent à la nature du contient. Durant une présentation de la biodiversité dans la région des Grands Lacs notamment le Rwanda, les amis de classe (quasiment tous des chinois) n’ont pas su cacher leur émotion en découvrant les nombreux oiseaux dans un carnet destiné aux touristes. On pouvait y voir entre autre :  le calao, les tisserins avec leurs couleurs jaune et noire, le pélican et son imposant bec, albatros, vautours, perruches, travailleurs à bec rouge, aigrettes, les choucadors…

En Guinée aux îles Loos sinon en Afrique de l’ouest maritime, on rencontre des aigrettes des récifs et des courlis lesquels contribuent largement à la beauté de ces cotes occidentales africaines. Quant aux mammifères, des fauves aux ruminants sans oublier les hominidés, on peut citer : les emblématiques lions aux fourrures dorées, panthères, guépards, les petits félins très captivants tel le rater (qu’on peut considérer comme l’un des fauves les plus audacieux au monde car ne fuyant jamais un adversaire quel qu’en soit la taille de celui ci). Des grands herbivores dont on ne retrouve nulle ailleurs dans leur splendeur naturelle notamment l’éléphant d’Afrique, la girafe, l’okapi, les gnous, les antilopes, les Zèbres d’Afrique avec leurs rayures uniques…

La nature a immensément doté le continent africain pour que chaque autre partie du monde puis l’envier et rêver d’y séjourner. Cette immensité naturelle peut être exploitée comme vecteur de coopération sino-africaine. D’ailleurs elle est un sentier sur lequel empruntent nombreux visiteurs venant de l’empire du milieu.

Selon l’agence presse Xinhua, le nombre de voyageurs chinois vers l’Afrique a augmenté de 50% en 2016. En chiffre clair 11 millions de chinois se sont rendus en Afrique en 2016 dans le cadre du tourisme.  La plupart de ceux ci sont repartis entre l’Afrique du nord (Algérie, Maroc, Tunisie et l’Egypte), l’Afrique du Sud et le Kenya. La raison est que ces pays cités ont une avance relative dans le secteur du tourisme sur les autres pays, et leurs dirigeants ont compris l’importance et le potentiel dans la séduction de touristes chinois. Plus de 122 millions de touristes chinois affluent le monde avec leurs appareils de photos et filmage sortis de technologies de pointe. Qui peut s’empêcher de constater les touristes chinois aux pieds de la Tour Eiffel à paris ou au mussée de Louvre.

L’Afrique a encore beaucoup d’efforts à attirer ces nombreux amoureux du voyage contrairement aux autres régions du monde car elle n’absorbe jusque là que 10% de cette masse touristique chinoise. Néanmoins un tour d’horizon dans le monde, on s’aperçoit que la situation tourne en faveur du tourisme en Afrique, cela s’explique par de nombreux problèmes que connaissent les touristes chinois en Europe notamment en France. Des incidents répétitifs entachent leurs séjours dans la capitale française : des escroqueries, vols répétitifs, attaques des convois de touristes voire même dans leurs hôtels émaillés de blessures, prouvent que le niveau de sécurité pour les touristes chinois reste à désirer encore en France. C’est là une occasion pour l’Afrique de mettre sa carte de séduction sur la table de touristes chinois, une carte dans laquelle la biodiversité du continent s’affiche en première page.

Dans la construction d’une « Communauté de Destin » qu’envisage les acteurs de la coopération sino-africaine, le tourisme s’érige en un secteur majeur, il est un moyen efficace de rapprochement des peuples chinois et africains, lorsqu’on sait que la distance géographique et le l’écart culturel entre les deux communautés a longtemps été à l’origine de nombreux préjugés entre nos deux peuples. Ainsi le tourisme comme le défendait Monsieur l’ambassadeur Algérien basé à Pékin, est une «activité qui permet aux peuples de se connaître et de se respecter».

Certes il faut avouer que le niveau de relations diplomatiques entre l’Afrique et la Chine est aujourd’hui en phase hautement significatif cependant, le rapprochement des peuples encore connaît quelque retard et cela malgré les avancées dans tous les secteurs notamment : le commerce et l’éducation. C’est dans ce cadre de rapprochement de peuples qu’intervient le tourisme qui représente à la fois une filière lucrative mais aussi un outil d’échanges culturels et découverte partagée. Un tourisme solide dans les relations sino-africaines, exige évidemment d’évaluer les défis actuels et préconise des mesures à prendre pour la satisfaction des deux parties.

Evidemment dans le décor des défis, celui du réchauffement climatique s’érige primordial. L’Afrique est unanimement connue d’être la principale victime du changement climatique qu’enregistre notre décennie, l’assèchement des cours d’eaux, l’avancée du désert, bref tous les corollaires du réchauffement climatique menacent la biodiversité du contient africain et affectent dangereusement le quotidien des populations environnantes.

Selon le même document publié par le programme des Nations Unies pour l’Environnement suscité, la population de grands mammifères en Afrique a diminué de 39% entre 1974 et 2014. La population de rhinocéros est en passe de disparition. Le braconnage une mafia très florissante en Afrique a pour clients les asiatiques notamment le Vietnam ; un voisin chinois.  Il revient une responsabilité pour les gouvernants africains de lutter contre toute pratique nocive à cette biodiversité du continent unique laquelle fait la réputation du continent. L’idée d’une ceinture verte allant du Sénégal à la corne africaine est un projet fort ambitieux soutenu par les partenaires de l’Afrique au développement notamment la Chine.

Dans la lutte contre le réchauffement climatique la chine déclare le concept de « responsabilité partagée », d’où son implication à faire valoir l’esprit de la COP 21 tenue à Paris en 2015, face à laquelle les Etats Unis demeurent réticents. Le Réchauffement climatique est un chantier sur lequel la Chine est l’un des pays à se placer à l’avant garde sauvegarde de notre planète car elle même, est profondément touchée par le phénomène. Elle ne tardera pas à transférer son expérience aux pays africains aussi concernés par ce phénomène international. « L’union fait la force, pas les gros bras » comme le faisait entendre le leader chinois, montre que le combat pour un avenir vert est à partager et nécessite une synergie internationale.

Enfin, il est à comprendre que les atouts pour stimuler les relations sino-africaines sont énormes et divers, et il faut se sentir mieux à l’aise pour affirmer que nombreux sont des facteurs capables de réunir les peuples africain et chinois qu’ils ne les séparent. Parmi ces atouts la biodiversité est une voie nécessaire à explorer qui est à la fois digne de retombées économiques mais aussi d’avantages socio-culturels entre nos deux peuples.

L’Afrique ne cessera jamais de séduire à travers sa faune et sa flore, et ne divorcera guère avec la réputation qui fait toujours d’elle, le continent le plus hospitalier. Cette hospitalité se retrouve confirmée par un couple chinois, ayant choisi l’Afrique pour leur voyage de noce : « Nous sommes tombés amoureux de l’Afrique, nos cœurs ne peuvent plus s’éloigner de cette terre magique. »[5] Le rapprochement des deux peuples est compris également par le président Xi Jinping comme, garantie d’une fraternité dans les relations sino africaines continues et prospères, lorsqu’il déclarait en en Tanzanie en 2015 : « Nous devons accorder davantage d’importance aux échanges humains et culturels entre la Chine et l’Afrique, renforcer la compréhension et la connaissance mutuelle…. ». [6]

Motivations 

Au regard de l’actualité internationale, des différentes dépêches diplomatiques, des échanges de travail, il est désormais une évidence que les relations sino-africaines sont désormais étroites et qu’une nouvelle tendance se dessine dans les relations internationales. Une Afrique autrefois toujours tournée vers ses alliés traditionnels occidentaux aujourd’hui, découvre un autre grand intérêt envers la République Populaire de la Chine, laquelle elle a une longue et quasiment une commune histoire.

Cependant après deux ans de vie en Chine, je m’aperçois qu’au-delà des efforts entrepris dans le cadre du partenariat sino-africain, les masses des deux peuples sont moins affectées. La plupart des chinois ignorent l’Afrique dans les détails et leurs imaginaires sur le continent demeure superficiels, même chose coté africain. Tandis que les deux parties ont assez de possibilités de se rapprocher car les raisons n’y manquent guère. La chine est autant riche que l’Afrique, nos cultures sont immensément diverses mais fort malheureusement les stéréotypes s’imposent toujours en maîtres dans les psychés.

D’où la nécessité aujourd’hui d’explorer plusieurs pistes allant dans le sens de rapprochement des deux peuples afin de faire rayonner l’idée d’une « Communauté de Destin ». Il faut cependant saluer la chaîne de Télévision CGTN français qui à travers ses programmes brise efficacement les malentendus entre les deux parties (avant de venir d’effectuer mon voyage en chine, j’avoue que cette chaîne m’a beaucoup aidé).

La motivation réelle qui m’anime à travers ce court article est de voir les peuples chinois et africains bâtir une relation fraternelle ayant réussit à s’affranchir de toutes les illusions ou stéréotypes. Car il s’agira d’une amitié qui sortira l’Afrique d’un Etat de domination et de sous développement à un Etat de dignité retrouvée et d’émergence comme envisage l’agenda 2063 de l’Union Africaine. Pour la chine, il s’agira un moyen d’accomplir pleinement ses deux objectifs centenaires (les cent ans du parti communiste et les cent ans de la fondation de la République populaire de chine).

 

Ecrit par Keita Moussa, nationalité guinéenne, licencié en Histoire au Centre Universitaire de Kindia, aujourd’hui en Master à l’Institut des Etudes Africaines à l’Université Normale de Zhejiang. Apres un an de cours de langue chinoise j’ai commencé mon programme de master avec pour spécialisation : les relations sino africaines. Je baragouine le chinois et je m’intéresse à l’actualité chinoise et surtout dans ses relations avec l’Afrique.

J’ai eu la chance de publier un court article par China Daily l’été passé dans le cadre du forum sino africain : https://www.chinadaily.com.cn/a/201808/21/WS5b7b6117a310add14f386d13.html

 

NOTES

[1]  XI JI NPING-La Gouvernance de la Chine » publié par les Editions en Langues Etangères, 1ere Ed 201, 5e titrage 2017, p 367.

[2] https://www.chine-magazine.com/le-socialisme-chinois-et-le-mythe-de-la-fin-de-lhistoire/

[3] « Le rêve Chinois et le monde –Interpretation de l’esprit du XVIII congrès du PCC », ed en langues étrangères, juillet 2013, par  Huang Huaguang et Luan Jianzhang, P139.

[4] https://www.cbd.int/gbo/gbo4/outlook-africa-fr.pdf

[5]  « XI JI NPING-La Gouvernance de la Chine » publié par les Editions en Langues Etangères, 1ere Ed 201, 5e titrage 2017, p 368.

[6] « XI JI NPING-La Gouvernance de la Chine » publié par les Editions en Langues Etangères, 1ere Ed 201, 5e titrage 2017, p 368.