Situé au sommet d’une colline à Wuhan, un laboratoire de virologie conçu avec l’aide de la France, est le centre des soupçons américains sur l’origine du Covid-19, apparu à la fin de l’année 2019.

Selon la plupart des scientifiques, le nouveau coronavirus a probablement été transmis à l’homme depuis un animal. Un marché de vente en gros de la ville a été incriminé car il aurait vendu des animaux sauvages vivants.

Mais l’existence à quelques kilomètres de ce marché d’un Institut de virologie alimente, depuis des mois les hypothèses d’une fuite du SARS-CoV-2 (Covid-19) depuis ces installations sensibles.

Pour le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a évoqué une « enquête » pour prouver cette théorie, qui ne s’appuie pour l’instant sur rien de très tangible. Selon le quotidien Washington Post, l’ambassade des Etats-Unis à Beijing, après plusieurs visites à l’institut, a alerté en 2018 les autorités américaines sur des mesures de sécurité jugées -selon elle – insuffisantes dans un laboratoire qui étudiait les coronavirus issus de chauves-souris.

La chaîne américaine Fox News, citant « plusieurs sources » anonymes, a incriminé le laboratoire P4 (pour pathogène de classe 4) du site. Il s’agit d’une installation de très haute sécurité, qui héberge les souches les plus dangereuses des virus connus — comme Ebola.

Cet institut ultrasensible a été réalisé avec la collaboration de la France, afin de mener des recherches de pointe, et ainsi réagir plus rapidement à l’apparition de maladies infectieuses.

Le laboratoire a été financé par la Chine, à hauteur de 40 millions d’euros. Les chercheurs y travaillent en confinement absolu. Il existe moins d’une trentaine de laboratoire de virologie P4 dans le monde, dont la moitié aux Etats-Unis.

L’Institut de virologie de Wuhan possède par ailleurs la plus grande collection de souches de virus en Asie, avec 1.500 spécimens différents, selon son site internet.

La presse américaine évoque à de nombreuses reprises le niveau P4 du laboratoire, car les germes moins pathogènes comme les coronavirus sont en théorie plutôt étudiés dans les P3, un type de laboratoire dont dispose également l’institut.

Pour le Washington Post et Fox News, citant des sources anonymes, assurent qu’il y a eu une potentielle fuite accidentelle du virus. Selon Fox News, le « patient zéro » à l’origine de l’épidémie pourrait être un employé de l’institut, contaminé, qui aurait ensuite diffusé sans le vouloir l’agent pathogène ailleurs à Wuhan.

Interrogé sur cette hypothèse, le président américain Donald Trump a déclaré entendre « de plus en plus cette histoire ». D’après lui, elle fait actuellement l’objet d’un « examen très approfondi » de Washington.

Plusieurs théories incriminent l’Institut de virologie de Wuhan, et certaines sont plus ou moins exubérantes. L’institut avait publié en février un communiqué démentant les premières rumeurs.

Il avait également déclaré avoir reçu dès le 30 décembre des échantillons du virus alors inconnu qui circulait à Wuhan (identifié ensuite comme le SARS-CoV-2), avoir séquencé son génome le 2 janvier puis avoir transmis ces informations à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 11 janvier.

L’OMS avait effectivement indiqué avoir reçu la séquence du génome le 11 janvier de la Chine. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a de nouveau rejeté les accusations américaines visant l’institut.

« Toute personne sensée comprend vite que l’objectif de ces allégations est de créer la confusion, de détourner l’attention et de fuir ses responsabilités », a-t-il déclaré.

Pour de nombreux chercheurs, le nouveau coronavirus est sans doute né chez la chauve-souris, mais ils pensent qu’il est passé par une autre espèce avant de se transmettre à l’homme.

Des scientifiques chinois ont affirmé que cet animal intermédiaire pourrait être le pangolin, petit mammifère menacé d’extinction car exploité en raison de ses écailles. Cependant, des études publiées par d’autres chercheurs chinois dans des revues scientifiques réputées affirment que le premier patient connu n’a pas fréquenté le marché de Wuhan incriminé.

« L’origine de l’épidémie est toujours une question en suspens », déclare à l’AFP Filippa Lentzos, chercheuse en biosécurité au King’s College de Londres. Rien ne vient accréditer l’hypothèse d’une fuite de virus depuis un laboratoire et il n’existe « aucune vraie preuve » que le nouveau coronavirus provienne bien du marché de Wuhan, souligne-t-elle.