Moscou et Pékin opposent leur veto au déblocage du détroit d’Ormuz
Le Conseil de sécurité de l’ONU va se prononcer sur le déblocage du détroit d’Ormuz, or ce vote intervient quelques heures avant l’expiration de l’ultimatum du président américain Donald Trump. Ce dernier a donné à l’Iran jusqu’au 7 avril 20h – heure de Washington (2h mercredi matin en France) – pour débloquer la navigation dans cette voie maritime vitale.
La Russie et la Chine ont empêché le 7 avril le Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter un texte réclamant le déblocage du détroit d’Ormuz, au grand dam des pays du Golfe qui espéraient initialement une autorisation pour le libérer de force.
Le projet de résolution avait été proposé par Bahreïn en étroite coordination avec les autres membres du Conseil de coopération du Golfe, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ainsi qu’avec la Jordanie. Le projet de résolution a été modifié plusieurs fois pour tenter d’éviter un veto. Il a recueilli 11 votes pour, deux contre (Russie et Chine), et deux abstentions (Pakistan et Colombie).
Le rejet de la résolution «n’empêche pas les États-Unis de continuer à agir en légitime défense et pour défendre nos alliés et partenaires. Et le président Trump continuera les actions nécessaires pour défendre notre peuple et le monde libre», a réagi l’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, juste après le vote.
Ce vote «envoie le mauvais signal au monde»: que les menaces contre les voies de navigation ne provoquent pas «d’action décisive de la part de l’organisation responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales», a déploré de son côté le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, parlant également au nom du Qatar, de l’Arabie saoudite, du Koweït, des Émirats arabes unis et de la Jordanie.
Soutenu par les pays du Golfe et les États-Unis, Bahreïn, membre élu du Conseil de sécurité, avait lancé il y a deux semaines des négociations sur un texte qui aurait autorisé tout État ou coalition d’États à utiliser «tous les moyens nécessaires» pour garantir la sécurité des navires et empêcher le blocage du détroit. Mais cette idée a entraîné de fortes objections, notamment de la France, de la Russie et de la Chine. L’ajout la semaine dernière d’une formulation stipulant que les moyens employés ne pouvaient être que «défensifs» avait levé l’opposition française.
Un texte avec plusieurs mesures
Face au risque persistant de veto de la Russie, alliée de longue date de l’Iran, et de la Chine, le vote prévu le 3 avril avait été reporté. Après de nouvelles modifications, la dernière version du texte, consulté par l’AFP, le 6 avril, n’évoquait plus d’autorisation de l’usage de la force, même défensive.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies n’a pas réussi à adopter un projet de résolution qui « encourageait fortement » les Etats concernés par l’utilisation des routes maritimes commerciales dans le détroit d’Ormuz à coordonner des efforts de nature défensive pour contribuer à assurer la sûreté et la sécurité de la navigation à travers cette voie maritime, notamment par l’escorte de navires marchands et commerciaux.
Elle exigeait également que l’Iran «cesse immédiatement toute attaque contre les navires» qui transitent par cette voie commerciale cruciale et «toute tentative» d’empêcher la liberté de navigation. Et évoquait une possibilité pour le Conseil d’imposer «d’autres mesures» contre ceux qui sapent cette liberté de navigation.
Depuis le début du conflit, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l’Iran, la quasi-paralysie par Téhéran du détroit d’Ormuz, par où passe en temps normal un cinquième de la production mondiale de pétrole, ainsi que du gaz naturel liquéfié, a entraîné une forte hausse du prix des hydrocarbures, avec un impact économique mondial.
Les mandats du Conseil de sécurité autorisant les États membres à utiliser la force sont relativement rares. Lors de la guerre du Golfe en 1990, un vote avait permis à une coalition dirigée par les États-Unis d’intervenir en Irak après l’invasion du Koweït. En 2011, l’Otan avait obtenu le feu vert pour intervenir en Libye, grâce à l’abstention de la Russie, ensuite furieuse que cela ait conduit à la chute du colonel Kadhafi.
« La Chine espère que toutes les parties travailleront de concert pour faciliter la reprise rapide d’un passage normal dans le détroit d’Ormuz », a déclaré mercredi Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
« Le détroit d’Ormuz est une voie importante pour le commerce international de marchandises et d’énergie, et la préservation de la sécurité, de la stabilité et de la libre circulation dans cette région sert les intérêts communs de la communauté internationale », a déclaré Mao Ning lors d’un point presse régulier, en réponse à une question sur des informations parues dans les médias selon lesquelles l’Iran et Oman pourraient imposer des droits de passage aux navires transitant par le détroit.


