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Semi-conducteurs : Washington décroche des investissements taïwanais pour réduire sa dépendance

Semi-conducteurs : Washington décroche des investissements taïwanais pour réduire sa dépendance

Les États-Unis et Taïwan ont conclu un accord commercial visant à renforcer la production de semi-conducteurs sur le sol américain. Désormais, les entreprises taïwanaises du secteur investiront au moins 250 milliards de dollars dans la construction de capacités industrielles aux États-Unis.

Le gouvernement taïwanais garantira un montant équivalent sous forme de crédits, facilitant ainsi le financement de projets d’envergure comme ceux de TSMC, engagé dans le développement d’usines en Arizona.

De son côté, Washington s’engage à réduire les barrières douanières. Les droits réciproques sur les produits taïwanais seront plafonnés à 15% (contre 20% auparavant), et plusieurs catégories, dont les médicaments génériques, composants aéronautiques et ressources naturelles, seront exemptées de droits.

Des exemptions spécifiques ont été accordées dans le cadre de la section 232, permettant aux entreprises taïwanaises de contourner certains droits d’importation pendant et après la construction de nouvelles usines de puces sur le territoire américain.

Réduire la dépendance

Taïwan va investir massivement aux États-Unis pour y développer la production de semi-conducteurs, lui permettant de réduire la dépendance stratégique de Washington, ont annoncé les États-Unis, le 15 janvier.

«Nous avons besoin de ces semi-conducteurs pour notre sécurité nationale, qu’ils soient fabriqués aux États-Unis», a déclaré le ministre américain au Commerce, Howard Lutnick, à la chaîne CNBC, après des mois de négociations bilatérales.

«Nous ne pouvons pas nous appuyer sur un pays situé à près de 15.000 km pour nous livrer ces produits qui sont essentiels à notre sécurité nationale», a-t-il ajouté, souhaitant voir son pays «autosuffisant» en la matière.

250 milliards de dollars de garantie de crédit seront aussi prévus, permettant de «renforcer l’écosystème et la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs aux États-Unis», a indiqué le ministère du Commerce dans un communiqué. «Notre objectif est d’amener 40% de la chaîne d’approvisionnement taïwanaise en semi-conducteurs ici, aux États-Unis», a déclaré Howard Lutnick sur CNBC.

Selon le communiqué, le gouvernement de Taïpei doit soutenir les investissements américains dans l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs, l’intelligence artificielle (IA) ou encore les technologies de défense.

Taiwan fabrique plus de la moitié des puces au niveau mondial, et presque la totalité des plus avancées, utilisées aussi bien dans les smartphones que les centres de données nécessaires à l’IA. Cette domination est considérée comme un «bouclier de silicium» pour la sécurité de l’île.

«D’après les prévisions actuelles, Taïwan restera le premier producteur mondial de semi-conducteurs pour l’IA, non seulement pour les entreprises taïwanaises, mais aussi à l’échelle mondiale», a affirmé le ministre taïwanais des Affaires économiques Kung Ming-hsin.

Accord difficile à atteindre

Taïpei et Washington avaient entamé des négociations en avril, suite à l’offensive commerciale tous azimuts du président Donald Trump, qui a brandi des droits de douane face aux partenaires commerciaux des États-Unis. Le président américain avait menacé d’imposer une taxe douanière de 32% sur les exportations taïwanaises, avant de l’abaisser à 20%. L’accord annoncé le 15 janvier réduit finalement ce taux à 15%.

Cela revient à mettre les droits de douane appliqués aux produits taïwanais sur un pied d’égalité avec ceux visant les produits européens ou japonais, également encadrés par des accords commerciaux signés ces derniers mois. Les produits taïwanais concernés par des droits de douane sectoriels comme les pièces automobiles ou le bois de construction ne seront pas taxés à plus de 15%.

Les médicaments génériques, leurs principes actifs, les ressources naturelles non disponibles aux États-Unis ou les composants pour l’aviation ne seront pas appliqués d’aucun droit de douane. Le premier ministre de Taïwan, Cho Jung-tai, a salué un accord commercial «durement gagné» et félicité les négociateurs taïwanais pour avoir un «réussi un coup de maître».

«Pied d’égalité»

«C’est une bonne chose que ces droits de douane réciproques aient été abaissés à 15%: au moins, cela nous place sur un pied d’égalité avec nos principaux concurrents, la Corée du Sud et le Japon», a indiqué Chris Wu, responsable des ventes pour le fabricant taïwanais de machines Hitech Corp.

Face aux marges de bénéfice à un chiffre de l’entreprise, «il n’y a aucun moyen pour nous de pouvoir absorber» ces droits de douane, déplore-t-il. Le géant taïwanais des semi-conducteurs TSMC avait promis en début d’année dernière d’investir 100 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis. D’après Howard Lutnick, TSMC a acheté du terrain et pourrait accroître sa présence en Arizona du fait de l’accord.

Le 14 janvier, veille de l’annonce de l’accord, Washington a annoncé qu’il imposerait 25% de droits de douane sur les semi-conducteurs qui transiteront via les États-Unis avant d’être réexportés vers leur pays de destination.

Cette décision vient conclure une enquête, réalisée par les services du représentant au Commerce de la Maison Blanche, Jamieson Greer, afin de déterminer si ce marché présentait, ou non, un risque pour la sécurité nationale du pays.

D’après le ministère américain du Commerce, les fabricants taïwanais qui investiront aux États-Unis feront l’objet d’un traitement plus favorable en matière de droits de douane.

Cet accord met fin à une période d’incertitude pour l’industrie, en raison d’une politique commerciale instable sous l’administration Trump. Il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à sécuriser l’approvisionnement des États-Unis en semi-conducteurs avancés, alors que l’accès aux puces est devenu un enjeu économique et géopolitique majeur.

La dépendance à l’égard de Taïwan représente un risque stratégique important en cas de conflit avec la Chine, ce que les États-Unis tentent d’atténuer.

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