Taïwan a accusé ce 6 août l’armée chinoise de simuler une attaque de Taiwan. La Chine intensifiant ses représailles après la visite à Taipei de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Le séjour de Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, est vécu comme une « provocation » par Pékin, car Washington s’était engagé à ne pas avoir de relations officielles avec l’île.

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En réponse, le ministère chinois des affaires étrangères a annoncé la « suspension » de plusieurs coopérations avec les Etats-Unis, en matière notamment de justice, de lutte anti-drogue, mais aussi sur le changement climatique.

La Chine et les Etats-Unis, plus importants émetteurs de gaz à effet de serre en valeur absolue, avaient pourtant noué un accord surprise sur le climat lors du sommet de la COP26 à Glasgow l’an dernier.

Sur le front militaire, la Chine poursuit ce 6 août ses plus importants exercices jamais organisés autour de Taïwan. Ils doivent durer jusqu’au 7 août midi (04H00 GMT) et sont présentés comme un entraînement à un « blocus » de l’île.

Les autorités taïwanaises ont annoncé avoir détecté de « multiples » avions et navires chinois dans le détroit de Taïwan entre l’île et la Chine continentale. « Certains d’entre eux ont franchi la ligne médiane » qui coupe en deux le détroit et « sont considérés comme menant une simulation d’attaque contre l’île principale de Taïwan », a indiqué le ministère taïwanais de la Défense.

L’armée chinoise a annoncé avoir déployé la veille des chasseurs, des bombardiers et de nombreux destroyers et bateaux d’escorte pour participer à ces manoeuvres menées « jour et nuit », a-t-elle souligné. Selon l’Agence de presse, Xinhua, plus de 100 avions de guerre ont été impliqués ainsi que 10 destroyers et frégates.

Une mise en garde envoyée à la dirigeante taïwanaise et aux Etats-Unis, accusés par Pékin d’avoir « trahi » leur parole en renforçant ces dernières années leurs relations avec les autorités taïwanaises.

Pour la première fois, des missiles ont survolé Taïwan durant ces exercices militaires, a affirmé la télévision publique chinoise CCTV. Ni l’armée chinoise, ni l’armée taïwanaise n’ont toutefois confirmé cette information.

De son côté, le gouvernement taiwanais a dénoncé les actions de leur « voisin malveillant » et annoncé que 68 avions et 13 navires militaires chinois avaient franchi vendredi la « ligne médiane ». Tracée unilatéralement par les Etats-Unis durant la Guerre froide, cette ligne n’a jamais été reconnue par Pékin.

L’ampleur des exercices a suscité la condamnation des pays du G7, des Etats-Unis ainsi que de leurs alliés. La Maison Blanche a convoqué l’ambassadeur de Chine, Qin Gang, pour fustiger un comportement jugé « irresponsable ».

La décision de Pékin de suspendre le dialogue avec Washington sur le climat a suscité une autre vague de critiques. « C’est évidemment inquiétant », a déclaré à l’AFP Alden Meyer, analyste au centre de réflexion E3G, spécialisé sur le changement climatique. « Il est impossible de s’attaquer à l’urgence climatique si les deux principales économies et les deux plus grands émetteurs n’agissent pas, et il est toujours préférable qu’elles le fassent en collaboration. »

WASHINGTON DÉNONCE LES ACTIONS EXCESSIVES DE LA CHINE

Le porte-parole de l’exécutif américain pour les affaires de sécurité nationale, John Kirby, a indiqué que « la Chine a choisi de réagir de manière excessive et d’utiliser la visite de la présidente de la Chambre des représentants comme un prétexte pour accroître ses activités militaires provocatrices. (…) Nous ne chercherons pas et ne voulons pas de crise. Dans le même temps, rien ne nous empêchera de mener des opérations dans le Pacifique occidental dans le respect du droit international, en soutenant Taïwan et en défendant une région indo-pacifique libre et ouverte ».

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déclaré via son porte-parole qu' »il est impossible de résoudre les problèmes les plus pressants dans le monde sans un dialogue et une coopération efficaces entre les deux pays ».

Le Japon a officiellement protesté, estimant que plusieurs missiles chinois étaient tombés à l’intérieur de sa zone économique exclusive. A Tokyo, dernière étape de sa tournée asiatique, Nancy Pelosi a affirmé que les Etats-Unis « ne permettront pas » à la Chine d’isoler Taïwan.

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Les tensions entre la Chine et Taïwan sont au plus haut depuis près de 30 ans et un risque, certes mesuré, de conflit militaire, pourrait avoir lieu. De plus, la dégradation des relations entre la Chine et les Etats-Unis pourrait être durable, selon des experts.

« La relation américano-chinoise est actuellement dans une très mauvaise passe », affirme à l’AFP Bonnie Glaser, spécialiste de la Chine au centre de recherche German Marshall Fund of the United States à Washington

Cette dernière a jugé de « particulièrement inquiétante » la suspension d’accords de coopération cruciaux pour la stabilité de la région, comme celui sur la coopération militaire maritime visant justement à préserver l’escalade.

Pour cette dernière, les Etats-Unis ont sans doute « sous-estimé » la colère de l’opinion publique chinoise. De nombreux analystes s’accordent à dire que, malgré ces exercices militaires, Pékin ne souhaite pas pour l’instant une confrontation armée.