×

Un professeur bordelais mis en examen pour «livraison d’information» à la Chine

Un professeur bordelais mis en examen pour «livraison d’information» à la Chine

Soupçonné d’avoir accueilli des membres d’une délégation chinoise sur «des zones interdites», un scientifique de l’institut d’ingénierie et de mécanique de Bordeaux a été mis en examen le 16 décembre.

Un enseignant-chercheur, «soupçonné d’ingérence dans les intérêts de la Chine», a été mis en examen le 16 décembre, a indiqué le 14 janvier, le parquet de Paris, selon le site d’Intelligence Online. «Ce fonctionnaire est notamment soupçonné d’avoir fait pénétrer des membres d’une délégation chinoise dans des zones interdites, dont la sensibilité avait été mentionnée comme très importante», a expliqué le ministère public.

Le scientifique est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusations : la «livraison d’information à une puissance étrangère», lui faisant encourir une peine de 15 ans de réclusion et 225.000 euros d’amende; l‘«intelligence avec une puissance étrangère», lui faisant encourir 10 ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende, et la «complicité d’intrusion dans un local ou terrain clos intéressant la défense nationale», lui faisant encourir six mois de prison et 7500 euros d’amende.

Professeur sous contrôle judiciaire

Ce professeur a été laissé libre sous contrôle judiciaire, selon le parquet. L’enquête avait été ouverte en janvier 2024 par la section protection des libertés fondamentales du parquet de Paris, saisie par le SGDSN (Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale) «à la suite d’un rapport d’incident de la Défense nationale sur l’université de Bordeaux», a expliqué le parquet de Paris.

Celui-ci a ouvert une information judiciaire en mai 2024, et les investigations se déroulent depuis sous la direction du juge d’instruction. «C’est dans ce cadre que des personnes ont été entendues en garde à vue en février 2025. L’exploitation des supports saisis en perquisition a conduit à ce que cet enseignant soit de nouveau placé en garde à vue puis mis en examen», a précisé le parquet.

Vincent Martin, élu du syndicat de l’enseignement supérieur CGT Ferc sup, a indiqué ne pas avoir «d’avis sur la procédure judiciaire en cours». «Nous sommes juste très étonnés du niveau de gravité des charges dont est accusé le collègue et nous redisons que nos missions de service public, qui sont formalisées dans le Code de l’éducation, consistent à produire et diffuser des connaissances, ainsi qu’à la coopération internationale», a-t-il ajouté, en précisant que les professeurs sont «encouragés par les institutions à collaborer avec des partenaires étrangers pour la recherche».

Le scientifique mis en examen est un professeur de classe exceptionnelle en mathématiques appliquées à l’institut polytechnique de Bordeaux, l’une des tutelles de l’institut de mécanique et d’ingénierie de Bordeaux (I2M).

Un expert reconnu qui «coopère avec des collègues chinois»

Selon le Code pénal, l’institut est partiellement classé en «zone à régime restrictif», ce qui signifie que le besoin de protection vise à empêcher que des éléments essentiels du potentiel scientifique ou technique de la nation «fassent l’objet d’une captation de nature à affaiblir ses moyens de défense, à compromettre sa sécurité» ou «soient détournés à des fins de terrorisme, de prolifération d’armes de destruction massive (…) ou de contribution à l’accroissement d’arsenaux militaires».

D’après Intelligence Online, cet «expert reconnu, en fin de carrière, coopère depuis ses études avec des collègues chinois, en pointe dans le domaine» et «passe même depuis la fin des années 2010 deux mois par an à la Xiamen University, dont l’école de sciences mathématiques est l’une des plus prestigieuses du pays». Selon Intelligence Online, deux autres mathématiciens français des universités de Compiègne et Haute-Alsace faisaient partie des personnes placées en garde à vue en février 2025.

Or l’expert bordelais travaille en lien avec le scientifique de Compiègne et des chercheurs de Xiamen sur un projet «mené en partenariat avec Roxel, une filiale de l’industriel aérospatial MBDA spécialisée dans la propulsion», a affirmé Intelligence Online.

Vous avez manqué