A Madagascar, les habitants de Soamahamanina et des alentours contestent le projet d’exploitation minière, engagée par la société chinoise Jiuxing Mines SARL. Ils ont dénoncé lors d’une manifestation le 21 juin, « un contrat opaque et des suspicions de complicité d’autorité locale« , a indiqué le quotidien L’Express.

Ces derniers s’insurgent des expropriations des paysans, dans le district de Miari­narivo, de la région Itasy. Le mouvement de protestation a prit une telle ampleur, que des médias évoquent un possible « soulèvement populaire ». D’autant plus que certains habitants n’hésitent pas à scander : « Nous ne voulons pas de ces étrangers sur nos terres« , ou « Laissez les terres de nos ancêtres tranquilles ».

SoamahamaninaLa habitants sont de plus en plus virulents contre la société et les autorités, qui ont autorisé l’exploitation de la zone. Le Bureau des cadastres miniers de Madagascar a donné en novembre 2015 l’autorisation à Jiuxung Mines SARL de chercher or, argent, fer, plomb, zinc et béryllium pour une durée de 40 ans, sur près de 6000 hectares.

Certains manifestations s’inquiètent de l’impact écologique, car les rizières, les collines, les hameaux et les tombeaux ancestraux seront détruit. Sans oublier la contamination de l’eau, la destruction de la faune et de la flore

Interrogé par L’Express, Téophile Rabesa­halasoa, maire de la commune de Soamaha­manina, a expliqué que « la société Jiuxing Mines SARL a reçu ses documents d’autorisation 15 jours après mon entrée en fonction. Ils me les ont montrés et comme le feu vert a été donné par l’État central, je n’ai rien pu faire. Leur autorisation concerne l’exploitation de 2 zones, dont l’une dans la forêt de Tapia, sur lequel j’ai formulé une opposition auprès de l’Office national de l’environnement ».

D’après ce dernier, cité par Madagascar Matin, « un permis d’exploitation dûment signé et en règle lui tombe d’en haut, plus précisément du Ministère auprès de la présidence en charge des Mines et du pétrole, selon ses dires, pour pas moins de 6000 hectares de terrains! »

Pour protéger le site, la société a fait appelé à la sécurité publique, suscitant les tensions entre les habitants et les propriétaires de la société. L’Express a évoqué l’absence d’employé d’origine malgache, ajoutant que « de tels investissements devraient, en principe, être des opportunités d’emplois pour la population locale, surtout, que plusieurs paysans pourraient se retrouver sans activité, une fois leurs terres définitivement happées par le projet ».

De leurs côtés, les élus locaux ont tenté de calmer les esprits, mais les habitants suspectent que « des hauts dirigeants (se, ndlr) sont associés avec ces chinois, ou ce serait une grosse commission à la clé pour avoir octroyé ce permis sans même demander l’avis de la population qui a exploité et défriché ces terrains depuis bien longtemps« , a noté le site Sobikamada.

Un comité pour la défense des intérêts de la population a été mis en place et est composé des représentants des habitants de Soamahamanina, d’élus locaux et d’anciens responsables étatiques. Le but est de résoudre le litige et d’entamer le dialogue avec les responsables de la société chinoise et l’Administration.

Les agriculteurs et habitants de Soamahamanina se sont tournés vers l’Eglise Catholique. La manifestation a coïncidé avec l’assemblée générale de « Justice et paix » où Monseigneur Jean Claude Randrianarisoa, évêque du district de Miarinarivo, a – à l’issue de la messe de clôture – déclaré que « l’église ne fait pas de politique, mais elle vous encourage, vous les laïcs à en faire. Faites de la politique pour le bien être commun, pour défendre l’intérêt du pays. Ce que je vous demande c’est : qu’importe ce qui se passera, restez solidaires ».

soamahamanina madagascarMalgré la contestation, la compagnie Jiuxin Mine SARL a inauguré le 21 juin ses 1ers travaux de construction des infrastructures sur le site. Mettant en avant la légalité de ses activités, le directeur technique de la société chinoise, Dany Rasolomanana, a indiqué, selon Tribune de Madagascar, que « Jiuxin Mine a racheté le permis de recherche de la compagnie Tanety Lava ».

« La compagnie chinoise a décroché en 2015 son autorisation d’exploiter et elle a obtenu tout récemment son permis environnemental à la suite des avis favorables délivrés par le Comité technique interministériel dirigé l’Office national de l’Environnement (ONE). Jiun Mine opère sur quatre sites » (Ambatolampy, Behenjy, Arivonimamo II et Soamahamanina), a ajouté ce dernier.

D’après Dany Rasolomanana, « un suivi environnemental des engagements par rapport au cahier des charges sera effectué tous les 6 mois ». La tension reste forte sur le site et dans la ville de Soamahamanina. Le dialogue sera intense et les prochains jours diront si la protestation prendra une plus grande ampleur.