Apple fabrique la quasi-totalité de ses appareils en Chine, et pourtant la société américaine s’est pliée aux exigences de la Chine sur l’hébergement des données personnelles ou la censure des applications.

Dans une longue enquête du journal New York Times, le concepteur de l’iPhone et des Mac, qui s’affiche comme un protecteur des données personnelles de ses utilisateurs, est dans une autre position en Chine. Apple a accepté de répondre à la législation chinoise pour continuer à y commercialiser ses produits, a affirmé le New York Times (NYT).

Le quotidien américain a eu accès à des documents internes d’Apple, à des documents judiciaires, et a interviewé une quinzaine de salariés d’Apple, actuels ou anciens. Dans un article publié le 17 mai, le NYT met en avant plusieurs exemples de règles suivies face aux lois chinoises, car le marché chinois est devenu indispensable pour Apple.

Apple assemble en Chine la quasi-totalité de ses téléphones, tablettes et ordinateurs, qui sont ensuite expédiés dans le monde entier. Les consommateurs chinois aisés sont les premiers consommateurs de ces produits, lui rapportent un cinquième de ses revenus annuels soit 40 milliards de dollars (36 mds €) uniquement au cours de l’année fiscale 2020.

Suite au reportage du New York Times, Apple explique ne pas avoir d’autre choix que de se conformer aux lois locales, même s’il n’est pas toujours d’accord avec elles.

Jusqu’en 2017, les informations stockées sur iCloud (photos, carnet de contacts, emails, messages…) par les possesseurs chinois d’iPhone, d’iPad et de Mac étaient hébergées en dehors de la Chine.

Mais une loi a été votée en 2016 et entrée en vigueur à l’été 2017, impose que toutes les données personnelles émises en Chine ne doivent pas circuler hors de ses frontières. Les entreprises étrangères ont donc dû ouvrir des centres de données en Chine, sous peine d’interdiction de leurs services.

Apple a alors lancé la construction d’un centre de donnée à Guiyang, dans la province de Guizhou, en promettant que le niveau de sécurité y serait maximum. Mais selon le NYT, le centre de donnée est géré quotidiennement par une société contrôlée par la province de Guizhou, intitulée le Guizhou Cloud Big Data (GCBD).

Les informations personnelles stockées sur iCloud sont chiffrées, et seul Apple est en possession de la clé de déchiffrage, a cependant précisé Apple au New York Times. Selon l’enquête du quotidien, la société souhaitait que cette clé de déchiffrage reste aux États-Unis.

Or «cette clé digitale est stockée à l’endroit même qu’elle est censée protéger», a indiqué le journal, mais cela ne signifie pas «que le gouvernement chinois a accédé à ces données. Mais, avec ses concessions, Apple leur facilite cette possibilité».

La création de la société Guizhou Cloud Big Data a également permis à Apple de contourner la législation américaine, qui interdit à ses entreprises de livrer des informations aux autorités chinoises.

Depuis mai 2020, les informations stockées sur les serveurs chinois d’Apple appartiennent légalement à l’entreprise Guizhou Cloud Big Data. Les conditions d’utilisation d’iCloud en Chine précisent aussi que «Apple et GCBD auront accès à l’ensemble des données que vous stockez sur iCloud et peuvent se les partager».

C’est ainsi que la société chinoise peut répondre aux demandes de coopération dans le cadre d’affaires policières et judiciaires de la part des forces de l’ordre chinoise. Selon le NYT, la société a été sollicitée douze fois, et a livré dans neuf cas les informations demandées.

Auparavant, Apple refusait systématiquement de répondre aux réquisitions des autorités chinoises, car la loi américaine l’y oblige.