Après Singapour et Dubaï, Monaco peut-elle s’imposer comme le prochain hub européen des ultra-riches chinois ?
Depuis plusieurs années, les ultra-riches chinois redéfinissent leurs stratégies patrimoniales à l’échelle mondiale. À mesure que les enjeux de transmission, de diversification géographique et de sécurisation des actifs prennent de l’ampleur, les family offices chinois se tournent vers des juridictions capables d’offrir à la fois stabilité, flexibilité et prestige. Singapour et Dubaï ont largement profité de cette dynamique.
Aujourd’hui, une nouvelle question s’impose dans les cercles patrimoniaux internationaux : Monaco peut-elle devenir la prochaine destination stratégique en Europe pour ces grandes fortunes chinoises ?
Singapour : le modèle asiatique arrivé à maturité
Singapour s’est imposée comme le principal hub patrimonial d’Asie-Pacifique. En l’espace de trois ans, le nombre de family offices y est passé d’environ 700 à plus de 2 000, tandis que les actifs sous gestion ont atteint un niveau record de 6 000 milliards de dollars singapouriens. Cette ascension spectaculaire repose sur un triptyque solide : sécurité juridique, fiscalité compétitive et proximité culturelle avec la Chine.
Mais le succès a un prix. Face à l’afflux massif de capitaux, Singapour a progressivement renforcé ses exigences : contrôles accrus sur l’origine des fonds, obligations de substance économique plus strictes, accès à la résidence plus sélectif. Le hub reste central, mais il est désormais plus exigeant, plus normé, plus élitiste. Pour certaines familles ultra-riches, cela marque le début d’une réflexion sur des solutions complémentaires.
Dubaï : la montée en puissance d’un hub global agile
C’est dans cet interstice que Dubaï a su s’imposer. L’émirat a construit en quelques années un modèle particulièrement attractif pour les ultra-riches internationaux, combinant fiscalité quasi inexistante, visas longue durée, rapidité administrative et positionnement géographique stratégique.
Entre 2023 et 2025, le nombre de family offices à Dubaï est passé d’environ 600 à près de 1 000. Les Émirats arabes unis ont délivré des dizaines de milliers de golden visas, affirmant leur ambition de devenir un centre patrimonial mondial à part entière. Pour de nombreuses familles chinoises, Dubaï n’est plus seulement une alternative : c’est désormais un pilier de leur architecture patrimoniale internationale.
La Chine : une richesse massive en quête de structuration internationale
Ces dynamiques trouvent leur origine dans la profondeur du marché chinois. La Chine compte aujourd’hui près de 100 000 ultra-high-net-worth individuals disposant de plus de 30 millions de dollars d’actifs, ainsi que plusieurs millions de ménages très fortunés. À fin 2023, les actifs chinois placés à Singapour étaient estimés à près de 400 milliards de dollars, illustrant l’ampleur de l’internationalisation patrimoniale en cours.
Cette mobilité des capitaux ne répond pas uniquement à des logiques fiscales. Elle s’inscrit dans une vision de long terme : structurer des family offices, sécuriser la transmission intergénérationnelle, accéder à des juridictions stables et renforcer une présence globale.
Monaco : une équation patrimoniale encore sous-exploitée
Dans ce paysage en recomposition, Monaco occupe une position singulière. La Principauté combine une fiscalité exceptionnelle — absence d’impôt sur le revenu, sur la fortune et sur les plus-values — avec une stabilité politique rare, un niveau de sécurité élevé et un prestige international reconnu. Près d’un résident sur deux y est millionnaire, et la rareté du foncier renforce la dimension patrimoniale de l’immobilier monégasque.
Si le nombre de family offices présents reste limité — autour d’une quarantaine —, Monaco bénéficie d’un avantage structurel majeur : elle offre une porte d’entrée européenne haut de gamme, dans un cadre maîtrisé, sécurisé et discret. Ces dernières années, la Principauté a intensifié ses relations avec l’Asie, multipliant initiatives institutionnelles et missions économiques, notamment vers la Greater Bay Area.
Vers un nouvel équilibre des hubs patrimoniaux
Les ultra-riches chinois recherchent aujourd’hui des juridictions capables d’articuler flexibilité, sécurité, prestige et projection à long terme. Singapour reste un socle, Dubaï un accélérateur.
Dans cette nouvelle cartographie patrimoniale, Monaco n’est pas encore Singapour ni Dubaï pour les ultra-riches chinois, mais son potentiel est considérable. Avec une stratégie ciblée, une meilleure lisibilité internationale et une lecture fine des dynamiques asiatiques, la Principauté pourrait s’imposer comme le hub patrimonial européen de référence pour les family offices chinois et internationaux.
À propos d’Armand Mazloumian
Armand Mazloumian est président du French Chinese Center, un think tank qu’il dirige depuis 21 ans, dédié à la promotion des relations économiques entre la France et la Chine et à l’accompagnement des entreprises dans leurs stratégies d’expansion internationale.
Il a également été ambassadeur de l’Office de tourisme d’Aix-en-Provence en Chine et directeur de la stratégie des paiements électroniques chinois à La Banque Postale, où il a piloté l’intégration d’Alipay et de WeChat Pay pour les retailers européens.
Il a été directeur en France d’une agence chinoise de branding, travaillant avec des clients prestigieux tels que L’Oréal, Lancôme et d’autres grandes marques internationales. Depuis plus de vingt ans, il accompagne les marques de luxe et les entreprises internationales dans leur stratégie de branding, commerciale et d’implantation sur les marchés chinois et européens.
Reconnu comme top influenceur LinkedIn dans le secteur bancaire, il est également influenceur automobile et lifestyle, avec des vidéos pouvant générer plusieurs millions de vues sur Instagram et TikTok, et live streamer automobile numéro 1 sur TikTok en France et à Monaco, atteignant plus de 10 millions de spectateurs internationaux en direct par mois durant la saison estivale à Monaco.
Il intervient régulièrement comme keynote speaker dans de grandes universités et apparaît fréquemment dans les médias français et chinois pour partager ses analyses sur la Chine, l’économie mondiale et les stratégies d’internationalisation.