Un cardinal de Hong Kong a ouvertement attaqué le Vatican sur son rapprochement avec la Chine, en dénonçant la décision de remplacer un évêque chinois nommé par Rome par un évêque excommunié choisi par le gouvernement chinois.

Au même moment, le Vatican devrait signer un accord historique avec la Chine sur la question de la nomination des évêques, avec la décision de reconnaître prochainement sept d’entre eux nommés par le gouvernement chinois.

Le Vatican et la Chine n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1951.  Or, depuis son élection début 2013, le pape François cherche à se rapprocher des autorités chinoises, à travers une série de négociations. Un accord est d’ailleurs en préparation depuis des mois, visant à reconnaître certains évêques de l’« Association patriotique ».

Le cardinal Joseph Zen attaque le Vatican  

Le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong, a ouvertement critique le Vatican sur sa politique de rapprochement avec la Chine. Ce dernier est depuis des années un adversaire ouvert des tentatives de rapprochement entre le Vatican et le gouvernement chinois.

Dans une lettre ouverte, publiée le 29 janvier sur son compte Facebook, il évoque le cas de l’évêque chinois Peter Zhuang Jianjian, qui exerce à Shantou (Guangdong) et précise–t-il qu’il a personnellement plaidé sa cause auprès du pape en janvier.

Le cardinal confirme une information parue sur le site d’information AsiaNews, selon laquelle Mgr Zhuang  aurait été prié par un haut diplomate du Vatican de prendre sa retraite pour laisser son poste à l’évêque Joseph Huang Bingzhang, nommé sans l’aval du pape et excommunié en 2011.

« Est-ce que je pense que le Vatican est en train de vendre l’Eglise catholique en Chine? Oui, absolument« , souligne le cardinal, qui juge que « le gouvernement communiste est en train de mettre en place des nouveaux règlements plus stricts pour limiter la liberté religieuse« .

Ce dernier laisse aussi entendre que le pape n’a pas été tenu au courant mais le porte-parole du Vatican, Greg Burke, a indiqué dans un communiqué que « le pape est en contact constant avec ses collaborateurs, en particulier au sein du Secrétariat d’Etat, sur les questions concernant la Chine« , ajoutant que le pape était informé « fidèlement et en détail ».

Pape François

Greg Burke n’a toutefois fait aucun commentaire sur l’éventuelle réhabilitation d’un évêque excommunié, tout comme le gouvernement chinois. D’autant plus qu’un accord serait en passe d’être signé entre les deux parties, sur la reconnaissance de sept évêques nommés par Beijing.

Le Vatican pourrait reconnaître sept évêques nommés par Beijing

Un accord historique se rapproche entre le Vatican et la Chine sur la question de la nomination des évêques, avec la décision de reconnaître prochainement sept d’entre eux nommés par le régime de Pékin, a indiqué le 2février à l’Agence France Presse une source proche du dossier.

« Les choses bougent« , a souligné cette source, confirmant une information du quotidien américain Wall Street Journal. Aucune échéance n’a été précisé concernant cet accord officiel, car il entre dans le cadre de négociations relancées depuis trois ans entre le Vatican et la Chine.

Parmi les sept évêques qui devraient être reconnus par le pape François, trois ont été officiellement excommuniés par le Vatican, selon un expert de l’Eglise chinoise.

En Chine, deux courant s’opposent. D’une part, une « Association patriotique » dont le clergé est choisi directement par le Parti communiste, ce qui va à l’encontre de la règle d’obédience au pape. Et d’autre part, une Eglise non officielle dont les évêques nommés par Rome sont tolérés mais pas reconnus par le gouvernement chinois.

Au Vatican, deux lignes s’opposent depuis des années. La première est située autour du cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin, qui estime qu’il faut montrer plus de souplesse avec la Chine, assurant que le gouvernement répondra de fait par plus de libertés aux catholiques. La seconde critique vivement cette approche, assurant que le gouvernement chinois n’a pas vraiment évolué par rapport au passé.

Une situation complexe

La situation est complexe car le Vatican a déjà « accepté » dans le passé certains évêques nommés par Beijing. Deux évêques chinois reconnus par le pape ont été priés très récemment par un haut diplomate du Saint-Siège de céder leur place à des candidats choisis directement par Beijing, dont l’un avait été excommunié par le Vatican en 2011.

Cependant, ces mouvements d’évêques sembleraient s’inscrire dans les négociations en cours, qui ont pris subitement un tour très concret. Pour le numéro deux du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, il « n’existe pas deux Eglises en Chine mais deux communautés de fidèles appelées à accomplir un chemin progressif de réconciliation vers l’unité ».

Dans un entretien au site Vatican Insider, il a assuré que cette recherche d’unité est au coeur de la diplomatie vaticane, et passe forcément par le règlement de la question « cruciale » de la nomination des évêques. Pour lui, il faudrait demander à certains de faire des « sacrifices ».