Le cardinal Joseph Zen, 90 ans, et des célèbres militants du mouvement pro-démocratie ont été arrêtés à Hong-Kong ces derniers mois, dans le cadre de la loi sur la sécurité nationale, mise en vigueur en juin 2020.

Etant l’un des plus éminents ecclésiastiques catholiques d’Asie, le prélat à la retraite Joseph Zen, faisait partie d’un groupe de figures du mouvement pro-démocratie arrêtées pour «collusion avec des forces étrangères».

La chanteuse Denise Ho, militante des droits LGBTQ, l’avocate Margaret Ng et l’universitaire Hui Po-keung ont également été interpellés, ce dernier à l’aéroport alors qu’il s’apprêtait à partir pour l’Europe où il avait obtenu un poste universitaire.

«Les personnes concernées sont soupçonnées de conspiration de collusion avec des pays étrangers ou des forces étrangères afin de mettre en danger la sécurité nationale – un acte de nature grave», a déclaré dans un communiqué le Bureau du commissaire, qui représente le ministère des Affaires étrangères de Pékin à Hong Kong.

Tous les quatre ont été arrêtés pour avoir participé à la gestion d’un fonds dissous, le «612 Humanitarian Relief Fund», destiné à financer la défense des militants interpellés lors des immenses manifestations pro-démocratie qui ont secoué l’ancienne colonie britannique en 2019.

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Joseph Zen et les trois autres personnalités ont tous libérés sous caution dans la soirée du 11 mai, rejoignant plus de 180 Hongkongais arrêtés au nom de la drastique loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin en juin 2020.

Les personnes inculpées pour ce type d’accusation ne sont généralement pas libérées sous caution et peuvent être condamnées à la prison à vie. Plusieurs pays occidentaux ont accusé la Chine de vouloir mettre fin aux libertés existantes à Hong Kong.

Pékin s’était engagée à respecter les libertés fondamentales à Hong Kong après la rétrocession de l’ex-colonie britannique en 1997. Les États-Unis ont appelé la Chine «à cesser de viser ceux qui défendent Hong Kong» et le Vatican a dit «suivre l’évolution de la situation avec une extrême attention».

La ministre canadienne des Affaires étrangères a qualifié la série d’arrestation de «profondément inquiétante» et le chef de la diplomatie de l’Union européenne Josep Borrell a dit sa «grande inquiétude».

Pour l’organisation de défense des droits Human Rights Watch, une «nouvelle déchéance choquante pour Hong Kong». «Même en considérant que la répression s’est aggravée récemment à Hong Kong, ces arrestations constituent une escalade terrible et choquante», a indiqué l’ONG Amnesty International.

Ancien évêque de Hong Kong où vivent 400 000 catholiques, le cardinal Zen est connu pour dire les choses, et pour sa défense des libertés politiques et des réformes démocratiques.

Il s’est toujours élevé contre tout accord entre l’Église catholique et Pékin sur la nomination des évêques chinois, estimant qu’il s’agirait d’une trahison à l’égard des membres persécutés de l’Église non officielle en Chine.

Le Vatican et la Chine n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1951, mais un accord «provisoire» historique avait été signé en septembre 2018 avec Pékin sur la nomination d’évêques.

Par la suite, la hiérarchie catholique de Hong Kong, y compris les successeurs de Zen, s’est montrée beaucoup moins virulente à l’égard de Pékin.

«Pendant des décennies, le gouvernement [chinois] leur a rendu la vie dure, mais ils sont restés loyaux vis-à-vis de Rome et du pape. Et maintenant, on leur demande de se rendre?» avait-il déploré dans un entretien à l’Agence France Presse, en 2018.

Son arrestation a provoqué une onde de choc au sein de la communauté catholique de Hong Kong : «l’arrestation du cardinal Zen est un coup dur pour l’ensemble de l’Église à Hong Kong, en Chine et dans le monde», a déclaré à l’AFP Franco Mella, 73 ans, missionnaire italien basé à Hong Kong. «Il est devenu évident qu’il y a une épée de Damoclès au-dessus de Zen et des autres membres de l’église».

Ta Kung Pao, journal nationaliste dépendant du bureau de liaison de Pékin à Hong Kong, a publié un article détaillant «six crimes» prétendument commis par le groupe et son fond de défense.

Il a également fait état d’un don de 1,3 million de dollars hongkongais (158.000 euros) de la part de l’Apple Daily, un journal pro-démocratie contraint de fermer l’an passé après le gel de ses avoirs au nom de la loi sur la sécurité.

La plupart des faits présumés mentionnés par Ta Kung Pao se sont produits avant la promulgation de cette loi qui n’est pas censée être rétroactive. Le fonds a été démantelé en 2021 après la demande de la police chargée de la sécurité nationale de fournir des informations concernant ses donateurs et ses bénéficiaires.