Plus structurée que l’Association des nations de l’Asie du Sud-est elle-même, la Communauté de l’ASEAN vient d’être confirmée par la Déclaration de Kuala Lumpur de 2015, actant son établissement à travers trois piliers : la Communauté politique et de sécurité, la Communauté économique et la Communauté socioculturelle.

Ce 27ème sommet de l’ASEAN aura marqué l’histoire de l’association, pour son thème « Notre population, notre communauté, notre vision » et les documents officiels signés. Mais l’élément essentiel de ce sommet aura été cette déclaration qui transforme l’ASEAN en réelle communauté économique, basée sur le modèle de l’Union européenne.

De droite à gauche, Philippine President Benigno Aquino, Singapore Prime Minister Lee Hsien Loong, Thailand's Prime Minister Prayut Chan-O-Cha, Vietnam's Prime Minister Nguyen Tan Dung, Malaysia's Prime Minister Najib Razak, Laos Prime Minister Thongsing Thammavong, Brunei Sultan Hassanal Bolkiah, Cambodia's Prime Minister Hun Sen, Indonesia's President Joko Widodo and Myanmar President Thein Sein

De droite à gauche, Benigno Aquino, Lee Hsien Loong, Prayut Chan-O-Cha, Nguyen Tan Dung, Najib Razak, Thongsing Thammavong, Hassanal Bolkiah, Hun Sen, Joko Widodo et Thein Sein

Les dirigeants de l’Asean (Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam, Philippines, Malaisie, Singapour, Brunei et Indonésie) ont signé le 22 novembre, la création de cette communauté qui prendra effet le 31 décembre 2015 et concernera 625 millions d’habitants de la région d’Asie du Sud-est.

Trois piliers de coopération

Selon le document diffusé à la clôture du sommet, la Communauté de l’ASEAN va devenir une région rassemblant des économies « qui sont prospères, compétitives et hautement intégrées« , formant ainsi « une communauté inclusive qui incarne une union et une identité commune fortes », soulève Le Quotidien du Peuple.

Créée en 1967, l’Asean ressemblera désormais à un marché commun sans barrière tarifaire, permettant la circulation des personnes, des produits et des capitaux. D’après les médias cités par Courrier International, « il reste 37 mesures à régler – sur un total de 506 – pour transformer la communauté en réalité » (The Nation de Bangkok).

Idée proposée en 2003, la Communauté de l’ASEAN vise à « accélérer la croissance économique, le progrès social et l’évolution socioculturelle de ses Etats membres« , selon les médias chinois.

Pour le Premier ministre vietnamien Nguyên Tân Dung, « la création de la Communauté de l’ASEAN aura une signification historique » car elle illustre « la volonté commune des pays membres de porter leur coopération à une nouvelle hauteur« .

De son côté, le Premier ministre malaisien Najib Razak, président de ce sommet, a évoqué les défis à venir : « nous assurer de créer un réel marché unique avec une base de production, avec plus de liberté de circulation pour les biens et les services« . Ce dernier a indiqué que le Produit intérieur brut combiné de l’ASEAN devrait atteindre 4.136 milliards d’euros d’ici 2020 et estimé que cette communauté a « le potentiel de devenir la quatrième puissance économique mondiale d’ici 2030, soit dans 15 ans à peine« .

De leurs côtés, les autorités chinoises saluent et encouragent la mise en place de cette communauté de l’ASEAN, qui intègre, d’une part leur initiative de « Nouvelle Route et Ceinture de la soie » et d’autre part, concrétise la politique de régionalisation lancée depuis la crise de 2009, afin de sortir de la dépendance commerciale avec l’Occident et s’autonomiser du système mondial américain.

Une « Vision 2025 » établie

aseanLa seconde déclaration diffusée à la clôture du sommet s’intitule « ASEAN 2025 : progressons ensemble ». Ce document se concentre sur le développement de l’ASEAN ​dans le cadre d’une alliance de l’ASEAN ​durant la période 2016-2025.

Selon les médias chinois, la « Vision 2025 de la communauté de l’ASEAN » est « une vision grande et stratégique, en vue de renforcer la communauté régionale et ​de la doter des relations solides sur le plan politique et économique, mais aussi sur celui du partage des responsabilités ​sociales ».

Il s’agit pour les membres de l’ASEAN de se baser ​sur « de solides principes juridiques, tournée vers ​sa population ​qu’elle considère comme son cœur« . D’ailleurs, un accord a également été scellé à Kuala Lumpur sur la valorisation de la zone de libre échange (ZLE) mise en vigueur en 2010.

Cette ZLE doit donner un coup de fouet à la coopération économique régionale sur une large palette de domaines, tels que les biens, les services, l’investissement, et la coopération économique et technologique. Un moyen pour la Chine de booster son économie après des indicateurs moroses et un net ralentissement. D’autant que cette ZLE Chine-ASEAN a permit à la Chine d’être le plus important partenaire commercial du bloc asiatique et à l’ASEAN de devenir le 3ème partenaire commercial de Beijing.

De fait, les pays d’Asie du Sud-est comptent sur cette zone pour relancer la dynamique et permettre de créer des partenariats dans la région, rompant avec la dépendance occidentale, encore en prise avec la crise économique et financière. D’autant que les relations économiques et commerciales entre la Chine et l’ASEAN sont passées de 54,8 milliards de dollars en 2002 à 480,4 milliards de dollars en 2014, selon les données chinoises.

Cette ZLE vise donc à atteindre un commerce bilatéral de 1.000 milliards de dollars (880 milliards d’euros) dès 2020 et à promouvoir les négociations sur le Partenariat économique régional et la Zone de libre échange de l’Asie-Pacifique.

A la clôture du 27ème Sommet de l’ASEAN, Najib Razak a souligné qu’ils avaient « prouvé au monde que ce bloc de pays peut être le groupe régional le plus compétitif de l’Asie-Pacifique et une force émergente sur la scène internationale ». Pour lui, « c’est ensemble que nous réaliserons ceci. Et ensemble, nous respecterons nos engagements pour améliorer encore les vies des populations de l’ASEAN et réaliser une ASEAN qui soit vraiment celle des populations et pour les populations ».