samedi, mai 18

Des étudiants chinois à l’étranger face au harcèlement et à la surveillance de Pékin

Les familles habitant en Chine des étudiants chinois partis en Europe et en Amérique du Nord « sont prises pour cibles à titre de représailles pour le militantisme de leurs étudiants », selon l’ONG Amnesty International.

Les étudiants chinois et hongkongais qui étudient à l’étranger vivent dans la peur de l’intimidation, du harcèlement et de la surveillance, les autorités chinoises s’efforçant de les empêcher de s’engager sur des questions « sensibles » ou politiques pendant leur séjour hors du pays, a écrit Amnesty International dans un nouveau rapport publié le 13 mai 2024.

Sur mon campus, j’ai peur !

Des étudiants installés en Europe et en Amérique du Nord interrogés dans la cadre du rapport d’Amnesty International, intitulé « On my campus, I am afraid« , racontent qu’ils sont photographiés et suivis lors des manifestations dans leurs villes d’accueil. « Beaucoup ajoutent que leurs familles en Chine ont été prises pour cibles et menacées par la police en raison de leurs actions militantes à l’étranger ».

Sarah Brooks, directrice régionale d’Amnesty International pour la Chine, a indiqué que « les témoignages recueillis dans ce rapport brossent un tableau effrayant de la manière dont les gouvernements de Chine et de Hong Kong cherchent à faire taire les étudiant·e·s, même lorsqu’ils se trouvent à des milliers de kilomètres de chez eux, plongeant nombre d’entre eux dans la peur ».

D’après cette dernière, « l’offensive des autorités chinoises contre le militantisme en faveur des droits humains se joue dans les couloirs et les salles de classe de nombreuses universités accueillant des étudiant·e·s chinois et hongkongais. Les répercussions de la répression transnationale exercée par la Chine menacent fortement le libre échange des idées qui est au cœur de la liberté académique, et les gouvernements et les universités doivent faire davantage pour contrer ce phénomène ».

Amnesty International a interrogés 32 étudiants chinois, dont 12 de Hong Kong, inscrits dans des universités de huit pays : l’Allemagne, la Belgique, le Canada, les États-Unis, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suisse.

Ces dernières années, de nombreux étudiants chinois vivant à l’étranger ont pris part à des actions publiques critiquant le gouvernement chinois, notamment autour du mouvement des « feuilles blanches » de 2022 en Chine continentale, des manifestations pro-démocratie de 2019 à Hong Kong et des commémorations annuelles de la répression de Tiananmen de 1989 à Pékin.

Des sanctions contre la famille et les étudiants

Dans son rapport, Amnesty International affirme que « ces activités attirent l’attention – et bien souvent les sanctions – des autorités chinoises ». Pour l’ONG, les actions menées parle gouvernement chinois sont « une répression transnationale, caractérisée par des actions gouvernementales visant à réduire au silence, contrôler ou dissuader la dissidence et la critique émanant de ressortissants chinois à l’étranger, en violation de leurs droits fondamentaux ».

Parmi les menaces proférées à l’encontre des familles en Chine continentale, Amnesty International cite : l’annulation de leurs passeports, leur licenciement, l’impossibilité de bénéficier de promotions et d’allocations retraite, voire la restriction de leur liberté physique.

« Pour de nombreux étudiant·e·s chinois, se rendre à l’étranger offre la promesse de pouvoir s’épanouir, délivrés des restrictions imposées par la rhétorique politique et universitaire en Chine », a assuré Sarah Brooks. Cette dernière atteste que « les recherches d’Amnesty montrent qu’ils ne peuvent échapper aux méthodes répressives du gouvernement chinois, même à l’extérieur des frontières du pays ».

« Les autorités chinoises ont mis au point une stratégie affûtée permettant de restreindre les droits fondamentaux des étudiant·e·s, où qu’ils se trouvent dans le monde. Surveiller les étudiant·e·s à l’étranger et cibler les membres de leur famille vivant en Chine : il s’agit d’une tactique systématique destinée à contrôler les ressortissants à distance ».

Selon les estimations, quelque 900 000 Chinois étudient à l’étranger, et Amnesty International « demande aux gouvernements et universités d’accueil de faire davantage pour protéger les droits de ceux qui se trouvent aux prises avec la menace de la répression transnationale ».

« Dans le sillage de ce rapport, les pays d’accueil peuvent et doivent prendre des mesures concrètes pour lutter contre le climat de peur que décrivent ces étudiant·e·s, par exemple éduquer leurs communautés, mettre en place des mécanismes de signalement des actes présumés de répression transnationale et dénoncer les incidents qui se produisent », a déclaré Sarah Brooks.

Aux pays et universités d’accueil d’assurer une protection

Au début de l’année 2024, Amnesty International a écrit à 55 grandes universités dans les huit pays où elle a mené ses recherches, afin de prendre connaissance des dispositions en vigueur pour protéger les étudiant·e·s contre la répression transnationale. Elle a reçu 24 réponses détaillées : 20 d’Europe et quatre d’Amérique du Nord.

« Bien souvent, les universités en Europe et en Amérique du Nord ne sont pas conscientes de la répression transnationale et des effets paralysants qu’elle induit sur leurs campus, et ne sont pas préparées pour y faire face« , a déclaré Sarah Brooks.

L’ONG assure que «  »même « si certains établissements ont dédié des ressources au soutien des droits fondamentaux des étudiant en général, la plupart de ces ressources n’auraient sans doute pas permis de répondre efficacement aux problèmes«  auxquels sont confrontés les 32 étudiant mentionnés dans les recherches d’Amnesty.

Or l’organisation précise que « si les universités et les pays d’accueil sont tenus de protéger les étudiant·e·s, ce sont bien les autorités chinoises qui orchestrent au premier chef la répression exposée en détail dans ce rapport ».

Amnesty International appelle les autorités chinoises et hongkongaises « à mettre un terme à toutes les pratiques s’inscrivant dans le cadre de la répression transnationale et à permettre aux étudiant·e·s à l’étranger de se consacrer à leurs études, sans craindre pour leur sécurité ».

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