Vivement critiqués par Donald Trump, les chinois n’ont toutefois pas caché leur préférence pour ce dernier, qui avait pourtant annoncé une guerre douanière au pays. Mais malgré cela, la nouvelle présidence américaine pourrait être l’occasion pour Beijing de redéfinir sa politique régionaliste. Une zone que Donald Trump souhaite délester.

Pas d’inquiétudes du côté de Beijing

Le milliardaire avait donc promit d’imposer des droits de douane prohibitifs de 45% sur les importations chinoises, contre 4,2% à l’heure actuelle. Une mesure économique si elle est appliquée pourrait exercer une « pression extraordinaire sur nos exportations, et la reprise chinoise va ralentir encore plus rapidement« , a indiqué Liao Qun, économiste de Citic Bank International, à l’Agence France Presse.

D’autant que ces droits de douane auraient « des conséquences insondables », a prévenu de son côté la maison de courtage Daiwa Capital Markets, qui assure que cela entraînerait un effondrement au final de 87% des exportations chinoises vers les États-Unis (soit 420 milliards de dollars). Cette politique aurait également des répercussions indirectes, amputant à terme de 4,82% le PIB chinois, d’après les analystes.

De plus, Donald Trump souhaitait forcer les entreprises américaines, comme Apple, à relocaliser leur production « made in China » aux États-Unis, ce qui pourrait mettre des millions de chinois au chômage, et créer une tension sociale forte contre le pouvoir central. Cependant, face à ces diatribes, le président Xi Jinping a été conciliant en saluant l’arrivée de ce dernier à la Maison Blanche. « Je suis impatient de travailler avec lui sans confrontation et sans conflit« , a-t-il affirmé, mercredi 9 novembre.

Certains spécialistes de l’économie chinoise, interrogés par France 24, sont moins pessimistes. Jean-François Dufour, responsable du China control panel (Montsalvy Consulting), a indiqué que « paradoxalement, je pense que la victoire de Donald Trump est une bonne affaire pour Pékin« .

En effet, « les Chinois ne craignent pas vraiment Donald Trump et éprouvent même une certaine sympathie pour lui« , a souligné Mary-Françoise Renard, directrice de l’Institut de recherche sur l’économie de la Chine (IDREC).  Les autorités savent que Donald Trump « n’a pas l’autorité pour décider seul et il subira une immense pression des parlementaires autant républicains que démocrates« , a noté Christopher Balding, professeur à l’Université de Beijing, a expliqué à l’Agence France Presse.

La Chine, plus indépendante qu’auparavant

La transition économique actuelle, visant à rééquilibrer le modèle vers les services et la consommation intérieure, rend la Chine « bien moins dépendante de ses exportations. Si son excédent commercial (avec les États-Unis) fond de 25%, la perte immédiate subie représenterait 0,6 % de son PIB », a estimé Raymond Yeung, analyste de ANZ. Pour ce dernier, l’impact sera certes « significatif », mais maîtrisable.

Ironie. La dépendance est dans l’autre sens, car des mesures de rétorsion de la part de la Chine « ferait bien davantage souffrir les États-Unis eux-mêmes« , a précisé ce dernier. Ainsi, Beijing pourrait interrompre ses commandes d’avions à Boeing, ses importations de soja, ou la chaîne d’approvisionnement des iPhone, fragilisant les fleurons de l’industrie américaine, qui réalisent une grande part de leurs ventes en Chine.

Pour ne pas perdre la face, Donald Trump pourrait accuser formellement Beijing de manipuler sa devise. Mais « cela n’aura pas d’autre conséquence immédiate que d’enclencher des discussions entre le Trésor américain et Pékin« , précise Mark Williams, du cabinet Capital Economics.

Le protectionnisme défendu par le milliardaire pourrait donc à terme servir les intérêts de la Chine, car Donald Trump est ouvertement contre le Partenariat trans-pacifique (TPP), signé en 2015 entre les États-Unis et 11 pays de l’Asie-Pacifique, qui attend toujours d’être ratifié.

Ainsi, « si les États-Unis sont moins engagés en Asie, Pékin aura l’opportunité de refaçonner à sa manière l’intégration économique et politique régionale« , a assuré Mark Williams. Une position qui laisse le champ libre à l’initiative de Xi Jinping, « Une Ceinture, une Route », qui devrait servir de levier politique et économique en Asie-Pacifique, face à l’effritement de l’influence américaine dans la région.

D’ailleurs, Donald Trump a dit ne pas vouloir reprendre la politique étrangère de Barack Obama en Asie-Pacifique, permettant alors à Beijing d’avoir « pendant les prochaines années les coudées franches en Asie » a estimé Jean-François Dufour. La Chine devrait donc accélérer son projet de Zone de libre-échange Asie-Pacifique (FTAAP), rassemblant les 21 membres de l’APEC (Forum Asie-Pacifique), a précisé Li Baodong, vice-ministre des affaires étrangères.