Taïwan craint la fuite de ses cerveaux, alors que les jeunes vont chercher du travail en Chine continentale.

Les jeunes taïwanais sont fiers de leur identité taïwanaise, et sont depuis ces dernières année à l’avant-garde du ressentiment antichinois. Les jeunes étaient massivement rassemblés en 2014 pendant le « mouvement des Tournesols », pour lutter contre l’accord de libre-échange avec Beijing.

Mais les salaires des jeunes sortis de l’université n’ont pas bougé depuis les années 1990. En parallèle, les prix à la consommation et l’immobilier se sont envolés. Face à l’embellie économique de la Chine et sa stratégie du « soft power », les jeunes talents taïwanais sont de plus en plus séduits.

Selon le Bureau chinois des affaires taïwanaises, plus de 6 000 jeunes taïwanais travaillent ou font des stages dans une cinquantaine de pépinières de start-up ouvertes depuis 2015. Après la levée des restrictions à la fin des années 1980, les entreprises taïwanaises s’étaient rendues en Chine pour exploiter ses ressources et sa main d’oeuvre bon marché.

La Chine est le plus important partenaire commercial et marché de Taïwan. L’année dernière, Taipei y a exporté pour 112 milliards de dollars (99,7 milliards d’euros), soit 40% du total.

Shih Cheng-feng, analyste à l’Université nationale Dong Hwa, a expliqué à l’Agence France Presse que le gouvernement chinois sait aussi qu’il doit « adopter la manière douce et se servir de carottes pour attirer (les jeunes) dans l’espoir que cela aura des conséquences à des moments cruciaux, comme pendant l’élection présidentielle« .

« Les jeunes ne sont peut-être pas prochinois mais leur hostilité peut être atténuée, et pour Pékin, c’est un investissement qui vaut le coup« , a assuré ce dernier.

D’après une enquête publiée en mars 2017 par le magazine Global View de Taipei, 60% des sondés âgés de 20 à 29 ans étaient d’accord pour travailler en Chine.

Récemment, plus de 1 500 taïwanais ont fait acte de candidature pour 80 postes basés à Pékin proposés par la compagnie chinoise Hainan Airlines, selon l’agence de presse Xinhua.

les avis divergent quant à cette situation, certains estiment que cela favorisera la stabilité des relations entre les deux parties. Alors que d’autres dénoncent la fuite des cerveaux.

Le quotidien Liberty Times de Taïwan a accusé Beijing de tenter de diviser le territoire et de détourner la jeunesse de ses idéaux. « Si les jeunes générations n’ont pas d’espoir dans Taïwan, si la pauvreté est un état de fait, comment pourraient-ils se sentir obligés de défendre la démocratie? », posait le journal.