Dans une interview accordée à Olivier Père pour Arte Cinéma, Jia Zhangke, réalisateur de « Mountains May Depart« , sélectionné au Festival de Cannes en 2015, explique que le temps et « les sentiments sont au cœur du film », car il est important de prendre en compte les sentiments de l’individu et de les comprendre.

« Mountains May Depart » est une œuvre très personnelle, basée sur le temps et sur la vie d’une femme, prénommé Tao, qui doit faire des choix.

Mountains may departDans un premier temps, en 1999, à Fenyang, Tao doit choisir qui elle veut épouser entre le mineur de fond et le riche propriétaire d’une station-service. Son choix se porte sur le second, avec qui elle a un enfant, appelé Dollar.

En 2014, séparée, Tao retourne dans sa ville natale pour enterrer son grand-père. Son fils de 7 ans l’a rejoint et le film met en avant une relation entre une mère devenue une totale étrangère pour son fils.

Des années, plus tard, en 2025, à Melbourne, père et fils vivent ensemble. Âge de 18 ans, le fils de Tao tombe amoureux d’une femme chinoise, qui pourrait être sa mère, et avec qui il envisage de rendre à Fenyang pour rendre visite à Tao.

« On  ne peut pas faire l’économie du temps »

Né en 1970 à Fenyang, dans la province du Shanxi, le réalisateur de 45 ans arrive à un moment de sa vie où les souvenirs remontent et où le temps des bilans est arrivé, « c’est aussi une façon de me préparer pour l’avenir », souligne-t-il. En effet, « je suis persuadé que tout ce qui tourne autour des sentiments, comprendre les sentiments entre les êtres humains, on  ne peut pas faire l’économie du temps ».

Face au développement fulgurant de l’économie chinoise, Jia Zhongke estime qu’il y a eu « beaucoup de changement au niveau du système des valeurs, maintenant ce qui est au centre de tout en Chine, c’est l’argent. Et tout cet arrière plan à une influence énorme sur les sentiments entre les gens ».

Ce dernier pense que dans 10 ou 20 ans, « quand on repensera à l’époque d’aujourd’hui, est ce qu’on n’aura pas d’énormes regrets ». C’est pourquoi, il a ressenti « un besoin énorme de faire un film sur ce sujet ».

« Mountains May Depart » se situe à la fois en 1999, aujourd’hui et dans le futur, en 2025. « C’est un art temporel de 26 ans (…) car pour moi, c’est avec le temps que l’on pourra petit à petit comprendre de quoi sont fait les sentiments entre les êtres« .

Perte identitaire des nouveaux riches

Pour la première fois, le réalisateur a tourné hors de Chine, présentant ainsi une « nouvelle immigration« , composée « de nouveaux riches qui considèrent qu’en restant uniquement en Chine, ils ont un manque de sécurité et ils recherchent encore une vie meilleure donc ils émigrent », vers les États-Unis, l’Europe, l’Australie, « toujours à la recherche de plus de sécurité« .

Après avoir voyagé à travers le monde et avoir rencontré des familles originaires de sa province natale, Jia Zhangke constate qu’au niveau du langage au sein des familles « qui ont des enfants d’une dizaine d’année, ces enfants non seulement ne parlent pas leur dialecte, le dialecte du Shanxi, mais ne parlent pas le mandarin non plus« .

Il était alors « face à un rapport très étrange entre ces parents et leurs enfants, comme si leur moyen de communication en était entaché et forcément au niveau des sentiments aussi« . « Cet étonnement, je crois, puis me rendre compte que j’étais face à quelque chose d’inconnu pour moi m’a aussi poussé à intégrer cet élément dans mon film » explique le réalisateur.

Pour conclure, le réalisateur souligne que « la société a une influence sur nos sentiments personnels« , comme la décision de quitter son pays pour aller vivre ailleurs. Mais le retour est aussi une question difficile, surtout pour des personnes qui ne parlent pas le mandarin. La fin du film évoque ce questionnement.