La ville de Chóngqìng est appelée le « Nouveau Manhattan », car elle fait partir des quatre municipalités autonomes de Chine, après Beijing, Shanghai, et Tianjin. Située au confluent des fleuves Yangzi et Jialing, elle est proche du lac du barrage des « Trois Gorges », ce qui l’a rend crucial pour l’économie du pays, car la ville est un important port de commerce.

Construite sur des collines escarpées, Chongqing est la seule zone urbaine du pays, où les habitants ne se déplacent pas en vélo. En 1997, Chongqing fusionne avec Fuling, Wanxian (appelée Wanzhou) et Qianjiang, faisant d’elle l’une des villes les plus peuplée de Chine, avec plus de 32 millions d’habitants, sur une superficie de 82.401 km².

Une histoire d’honneur et de malheur

Appelée Yuzhou durant la dynastie Tang (618-907), Chongqing a depuis conservé le diminutif Yu. L’Empereur Zhao Dun des Song du Sud (1127-1279) la baptisa « Double Fortune« , parce que la ville avait été le témoin de sa nomination comme préfet puis empereur.

Cimetière des martyres (Wikimedia)

Cimetière des martyres (Wikimedia)

Après le massacre perpétré à Nankin, entre décembre 1937 et février 1938, Chongqing a un destin plus sombre. Elle devint provisoirement le siège du gouvernement de la République de Chine, sous le contrôle du Guomindang.

Entre 1938 et 1945, Sun Yat Sen s’y était réfugié pour fuir les Japonais, lors de la guerre sino-japonaise. Universités et usines y ont été déplacé. Mais à la fin de la guerre, Mao Zedong lance une offensive contre les forces nationalistes et rencontre son rival nationaliste à Chongqing.

Représentant Mao Zedong auprès de la Chine nationaliste du gouvernement de Sun Yat Sen (Tchang Kaï-chek) pendant une dizaine d’années, Zhou Enlai avait alors le statut d’ambassadeur du PCC, à Chongqing.

La ville aura été la plus bombardée du pays pendant la guerre avec plus de 5.000 bombardements par le Service aérien de l’armée impériale japonaise. Chongqing détient un triste record, avec plusieurs dizaines de milliers de civils.  Uniquement entre 1939 et 1942, près de 3.000 tonnes de bombes ont été largués sur la ville et ses habitants.

En 1985, des archéologues découvrent ce qui semblait être l’Homme de Wushan à Longgupo. ils déterrent une mâchoire fossile datée d’il y a environ 2 millions d’années. Mais après analyses, il s’agissait d’un primate non humain, et non d’un individu du genre Homoerectus.

La municipalité de Chongqing est créée dans les années 1990, pour devenir un pôle économique majeur de la Chine intérieure. Elle est également séparée de la province du Sichuan, dont elle était la capitale. En 1997, la scission se fait pour pouvoir gérer la construction et l’administration du lac du barrage des Trois-Gorges. Il aura aussi fallu déplacer et reloger des milliers de personnes habitant sur les rives du fleuve.

La plus grande ville du Grand ouest

Les Chinois disent de Chongqing qu’elle est la queue du dragon représentant le Yangzi (Yangtze Kiang), et que sa tête est la ville de Shanghai. Elle est désormais mondialement connue pour le scandale politique autour de son maire charismatique, et étoile montant du PCC, Bo Xilai.

En juin 2010, la ville devient une zone économique spéciale de 1.200 kilomètres carrés, presque quatre fois plus grande que celle de Shenzhen, à la frontière de Hongkong. Li Jiangchun, directeur du département du Commerce extérieur de la ville, expliquant qu’elle allait « jouer un très grand rôle dans la stratégie régionale de développement du pays ».

A view of the Jiefangbei CBD skyline in Yuzhong districtEn effet, la ville a permit de faire baisser les pressions inflationnistes qui pèsent sur le pays en y déplaçant une partie des capitaux qui affluent à Beijing, à Shanghaï et à Canton.

Baptisée Liangjiang, les « deux fleuves« , son rôle est de dynamiser les régions autour, le Sichuan, le Shaanxi, le Hubei, le Hunan et Guizhou, représentant un marché de près de 240 millions de personnes. Le défi est majeur car, les provinces sont les grandes mais aussi les plus pauvres du pays. Le développement industriel représente à peine 1/4 de celui de la côte Est.

En 2011, Chongqing prend un tournant plus politique, en devenant le point de départ du renouveau maoïste.  En arrivant à l’aéroport international, le voyageur était accueilli par un panneau géant l’invitant à « entonner les chants rouges » et à « propager les devises » communistes.

Durant plusieurs années, Bo Xilai mit en place une campagne de propagande incluant des travaux aux champs, dramas (série tv) patriotiques télévisés, des remises de peine promises aux prisonniers s’impliquant dans la « culture rouge », clips vidéos, chants patriotiques, etc.

Pour certains observateurs, la culture néo-maoiste relève plus du folklore que de l’influence profonde. Les jeunes sont beaucoup moins enclins que leurs ainés à s’imprégner pleinement de la culture communiste. la nostalgie touche surtout les anciens : « la culture rouge c’est pas seulement chanter pour le Parti. C’est aussi l’esprit qui encourage les Chinois à défendre la cause révolutionnaire et à construire le pays« , a expliqué à Le Figaro, Li Jianhua, retraité chantant sur la place de l’Assemblée du peuple.

Une croissance économique considérable

Durant la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945), la ville était le lieu de construction des canons. Depuis, elle est devenue une ville industrielle basée sur le charbon, le gaz naturel, la chimie et l’aluminium. Désormais, Chongqing s’ouvre à des secteurs plus porteurs comme les hautes technologies.

Avec ces campagnes environnantes où 24 millions de paysans vivent, le gouvernement veut moderniser la ville en y injectant des millions d’euros dans la constructions de buildings et infrastructures diverses. L’objectif est d’urbaniser la ville à 70% d’ici 2020, faisant d’elle la vraie et seule plus grande ville du monde.

Panorama réduit de Chongqing

Panorama réduit de Chongqing

Le gouvernement veut rendre la région attractive, en y attirant le plus de monde et d’entreprises chinoises et étrangères possible.  Yves Jacquot, directeur général adjoint de la Bred était assuré que Chongqing devrait « la plate-forme financière de la partie haute du Yangtze ».

Capitale de la moto chinoise, Chongqing enregistre au premier trimestre de 2015, une croissance économique de 10,7%, bien au-dessus des 7% relevé pour l’ensemble de la Chine. Cette envolée économique s’explique par le développement de l’industrie automobile.

Chongqing est devenue le siège du constructeur chinois Changan Auto et ses 4 coentreprises avec Ford, Mazda, Suzuki et Lifan, qui ont produit un total de plus de 2,6 millions de véhicules en 2014, soit 11 % de la production automobile chinoise totale.

En juillet 2015, la municipalité de Chongqing a sollicité des capitaux privés sous la forme de partenariats public-privé (PPP) pour divers projets d’une valeur de 130 milliards de yuans (+18 milliards d’euros), comprennent trois autoroutes, deux lignes de métro, des parkings, des hôpitaux, des logements à prix modéré et d’autres infrastructures urbaines.

D’ici 2020, la ville veut mettre en œuvre des projets PPP d’un montant de 88 milliards de yuans, soit plus de 108 milliards d’euros. Ces investissements viendront principalement de Chine et de l’étranger, car les autorités locales tentent de réduire les dépenses gouvernementales et d’améliorer les services publics.

Une ville culturelle attractive

La ville est connue pour ses téléphériques traversant les fleuves, mais face à l’accroissement de la population, la ville a investi dans la construction de ponts, dénaturant une partie du paysage.  D’autant plus que la ville est construite sur des collines offrant à la vue le Mont Jinyun, située à 55 km de la ville.

The Hongyadong stilted house in Chongqing cityLa cité abrite également le temple bouddhique Luohan Shi, qui est l’un des bâtiments les plus anciens. Construit durant la dynastie des Song, rénové en 1752, reconstruite en 1945, après la Seconde Guerre mondiale, le temple est de nouveau rénové dans les années 2000. Luohan Shi  est le siège de la Société bouddhiste de Chongqing, avec un cloître pour une petite communauté de moine. Le temple accueille également des mendiants, des fidèles et des milliers de touristes étrangers et chinois. Situé non loin du pavillon Chaotianmen, le temple loge 500 sculptures en terres cuites colorées.

Autre lieu culturelle et touristique emblématique, le village traditionnel de Ci Qi Kou surplombant le fleuve Jialing. Auparavant, petit port sur les rives du Yangzi, Ciqikou est désormais surnommé la « petite Chongqing« , qui signifie « Port de la porcelaine« . Cette vieille ville existe depuis plus de 1.700 ans,  certaines bâtisses sont intactes et mettent en avant l’artisanat local et les spécialités culinaires de Chongqing.

Le quartier de la Grotte Hongya met en avant l’ethnie Bai, qui vit maintenant à Dali. Ce quartier se démarque par ses maisons perchées sur des pilotis en bois et sa gastronomie typique de Chongqing.