×

L’« Opération Dragon » rappelée à Varsovie

L’« Opération Dragon » rappelée à Varsovie

Varsovie, une discussion sur le cinéma asiatique ravive un épisode clé de l’histoire migratoire de Macao
Un épisode fondateur de l’histoire migratoire de la ville autonome chinoise, connu sous le nom d’« Opération Dragon », a été évoqué à Varsovie lors d’une conversation consacrée aux représentations des migrations dans le cinéma asiatique, réunissant l’anthropologue macanais Cheong Kin Man et l’artiste polonaise Marta Stanisława Sala.

L’échange, animé par Łukasz Mańkowski, promoteur du cinéma de langue chinoise en Pologne, a été enregistré dans le cadre du festival du film asiatique Cinq Saveurs de la capitale polonaise.

Cheong Kin Man, doctorant à la Nouvelle Université de Lisbonne et à l’Institut universitaire de Lisbonne, est revenu sur l’impact de la visite à Macao, en 1989, de l’ancien président portugais Mário Soares.

Ancien exilé politique en France sous la dictature de Salazar, Soares était allé réconforter un père macanais en détresse, manifestant avec ses deux filles, nées d’une mère chinoise sans droit de résidence dans la colonie portugaise.

Le geste de l’ancien chargé de cours au Centre universitaire de Vincennes, qui avait publiquement apporté son soutien à la famille, est à l’origine de l’« Opération Dragon », un processus de régularisation qui permit à plusieurs milliers d’immigrés chinois sans papiers d’obtenir un statut légal.

« Puis nous, moi et bien sûr ma mère, faisions partie des milliers d’immigrés clandestins dans la Macao alors administrée par le Portugal, et étions devenus citoyens étrangers de la République portugaise à l’époque », a témoigné Cheong.

Selon l’Institut Camões à Varsovie, cet épisode a constitué le point de départ conceptuel de « Flora Macanensis », une exposition du duo présentée l’an dernier à Katowice, dans le sud de la Pologne.

Basés entre Berlin et Cascais (Portugal), Cheong et Sala développent une approche transnationale nourrie de références francophones. Leur cycle d’expositions itinérantes, « Les Voyages merveilleux et étranges », rend notamment hommage à Roland Barthes et à Jacques Brel.

Interrogé sur la contextualisation du cinéma asiatique en Europe, Cheong s’est appuyé sur la pensée de Barthes pour défendre la liberté d’interprétation du public, tout en soulignant la nécessité d’un cadre critique afin d’éviter les malentendus culturels.

Invités par la fondation polonaise d’art Arteria, organisatrice du festival, les deux artistes ont également proposé une lecture anthropologique de plusieurs œuvres projetées, parmi lesquelles « Elder Son » de Cecilia Kang, coproduction franco-argentine primée à Locarno, et « Manta Ray » de Phuttiphong Aroonpheng, coproduction franco-sino-thaïlandaise présentée en compétition à la Mostra de Venise en 2018.

Pour Marta Stanisława Sala, l’objectif de leur pratique en duo est de « créer des situations où, par cette rupture du langage, par l’invention d’un langage nouveau, par la déconstruction, nous tentons de revenir à ces réflexes humains de compréhension mutuelle et d’acceptation de l’incompréhension ».

Leur travail de recherche se poursuivra avec une nouvelle œuvre prévue en 2026 à la Cricoteka, musée Tadeusz Kantor à Cracovie. Des discussions sont également en cours pour présenter leurs travaux dans plusieurs villes portugaises, dont Aveiro, Ourém, Mealhada et Ponta Delgada.

Cheong Kin Man est par ailleurs boursier du Centre scientifique et culturel de Macao et de la Fondation pour la science et la technologie du Portugal. Marta Stanisława Sala est artiste interdisciplinaire et médiatrice artistique à la Berlinische Galerie, musée d’art moderne de Berlin.

Le podcast, qui fait suite à une discussion similaire organisée en novembre au Musée d’art moderne de Varsovie avec l’économiste Paweł Kaczmarczyk, le sinologue Krzysztof Kardaszewicz et le duo Cheong Kin Man et Marta Stanisława Sala, a été mis en ligne sur Spotify le 22 décembre.

Photo Natalia Poniatowska / Festiwal Filmów Azjatyckich Pięć Smaków

Vous avez manqué