La télévision nationale a décidé de suspendre la retransmission d’un match du club de football Londonien, Arsenal, en représailles aux déclarations de son joueur Mesut Ozïl, qui a dénoncé la répression des Ouïghours dans la province du Xinjiang.

La chaîne CCTV5 a décerné un carton rouge au club Arsenal à la suite des propos de Mesut Ozïl qui dénonce répression contre les populations musulmanes dans la région autonome du Xinjiang.

Le 15 décembre, dans la soirée, la télévision a «immédiatement suspendu» la rencontre au sommet des «Gunners» face à Manchester City, afin d’exprimer son mécontentement, après les remarques du milieu de terrain allemand d’origine turque, posté sur Twitter et Instagram.

La chaîne dédiée au sport n’a pas précisé la durée de cette sanction.
Nationalisme à fleur de peau

Le 13 décembre, Mesut Ozïl avait regretté le manque de mobilisation du monde musulman face à la situation de ses coreligionnaires dans la province du Xinjiang, où Beijing mène une guerre contre le terrorisme et la radicalisation, ciblant les Ouïghours, Kazakhs et autres minorités turcophones.

Plus d’un million de personnes ont été détenues dans des «camps» au Xinjiang, selon les États-Unis. «Des corans sont brûlés, des mosquées fermées, des madras interdites, et des religieux tués un par un. Et malgré tout cela, les musulmans restent cois» a posté le joueur qui avait déjà créé la polémique en Allemagne en affichant son soutien au président turc Recyep Erdogan.

La Chine a longtemps démenti l’existence de «camps de détention» dénoncés par les ONG, Washington et de nombreux pays européens, avant d’évoquer des «centres de formation professionnelle».

Ce 16 décembre, un haut officiel au Xinjiang avait annoncé que tous les «étudiants» étaient désormais «diplômés», quelques jours après le vote d’un projet de loi au Congrès américain, dénonçant la répression.

Suite à cette intervention, médias et internautes chinois ont dénoncé Mesut Ozïl, l’accusant d’être complice du terrorisme islamique. «Ozïl se comporte comme un djihadiste délirant» a affirmé le quotidien conservateur Global Times.

Le joueur est un partisan du «fondamentalisme islamique et de l’idéologie panturque» prêchant la «pure haine» a assuré de son côté le journal. Le Global Times a d’ailleurs accusé le joueur d’Arsenal d’être une « marionnette des forces occidentales anti-Chine ».

Pour la plateforme Sina Sports, dans un post sur Weibo, le Twitter chinois; Mesut Ozïl a «mis en colère ses fans en Chine. Ce n’est pas parce qu’il est un sportif connu qu’il a le droit de commenter des sujets d’intérêt national. Il doit s’expliquer».

Le joueur jouissait pourtant d’une solide popularité parmi les passionnés de foot en Chine, comme en témoignent ses de 4 millions d’abonnés sur son compte Weibo, mais ses déclarations risquent de remettre en question sa popularité.

Le porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang a suggéré au joueur de se rendre au Xinjiang : «si M. Ozil en a l’occasion, nous serons heureux qu’il se rende au Xinjiang pour se rendre compte» de la situation, estimant que le footballeur d’origine turque avait été trompé par «de fausses informations».

Sous pression, Arsenal s’était distancié des propos de son joueur, réaffirmant le caractère «apolitique» du club. En vain, car la controverse menace les perspectives du club côté en bourse, sur le marché chinois, nouvelle frontière marketing des grands clubs européens.

Cette affaire rappelle la polémique autour de la ligue de basket américain NBA. CCTV avait suspendu la diffusion en octobre 2019 en représailles à un message de soutien aux manifestants de Hongkong, posté sur Twitter par Daryl Morey, le manager des Houston Rockets. À l’époque, la Chine avait dénoncé le tweet comme une ingérence dans «ses affaires intérieures», et contraint la NBA à présenter ses «excuses».