La situation environnementale de la Chine se dégrade d’année en année, « on assiste à un assèchement des rivières et des lacs, et l’intensité carbone est trois fois supérieure à celle de l’Europe. Le pays est obligé de se réformer« , a expliqué Yang Zhang, consultante spécialisée en énergie au cabinet de conseil de stratégies de rupture BeCitizen à L’Usine Nouvelle.

sécheresseRaison pour laquelle, Beijing a décidé de réglementer sur différents niveaux, afin de lutter contre une pollution galopante et un développement urbain incontrôlé.

En 2013, le gouvernement a annoncé la mise en place d’un plan quinquennal de 277 milliards de dollars, afin de lutter contre la pollution atmosphérique, principalement dans le nord de la Chine, où les autorités prévoient de réduire d’ici 2017, les émissions de carbone de 25%, par rapport à 2012.

Un an après son investiture, Xi Jinping a déclaré la guerre à la pollution. En avril 2014, le parlement adopte le nouveau projet de loi sur l’environnement, avec une nouvelle législation prévoyant de donner plus de pouvoir aux agence de protection de l’environnement et aux ONG défendant l’écologie.

Des mesures ont été instauré dans ce sens comme la suppression de il 50 000 chaudières à charbon de taille moyenne dans tout le pays, l’amélioration et le contrôle des installations des centrales thermiques et près de 6 millions de véhicules âgés seront mis à la casse.

Depuis janvier 2015, les agences gouvernementales sont habilitées à sanctionner les entreprises polluantes ainsi qu’à saisir leurs biens. De plus, les associations pourraient poursuivre en justice les entreprises polluantes.

Des administrations locales réticentes

Pour Philippe Zahner, conseiller et directeur du Service de l’environnement, du Développement et de l’Aide humanitaire de l’ambassade de Suisse en Chine, « la Chine a inclus la protection de l’environnement et l’écologie dans la liste des critères d’examen et contrôle mesurant les résultats des travaux des administrations locales et des fonctionnaires ».

Évaluant l’initiative chinoise de construire une éco-civilisation, ce dernier a assuré à La Chine au Présent que « cette innovation est très importante. Nous ne pouvons plus considérer le PIB comme l’unique critère de jugement du développement ».

D’autant plus que les administrations locales sont très souvent réticentes, car la fermeture d’usine entraîne la suppression des emplois, car la fermeture de l’une d’elle ne signifie pas la construction d’une usine moins polluantes.

Rendre les achats gouvernementaux plus vert

A l’occasion du Forum centré sur l’éco-civilisation en Chine, dans la ville de Guiyang (juin 2015), le débat s’est orienté sur « une réglementation plus écologique des achats gouvernementaux. »

D’autant plus qu’en 2013, les dépenses publiques du gouvernement chinois ont atteint 13.800 milliards de yuans (soit plus de 12.000 milliards d’euros), dont 1.640 milliards (soit plus de 1.426 milliards d’euros) pour les achats gouvernementaux ou 2,88% du PIB.

Au cours de son intervention, Mark Hidson, le directeur global du Centre d’achats durables du Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI), a expliqué que depuis 2006, « le gouvernement chinois a publié plusieurs listes de produits recommandés visant à aider les administrations locales à choisir des biens certifiés conformes aux normes environnementales et à faible consommation d’énergie. Cette mesure a permis de favoriser les produits verts ».  

chine-pollution-usine-fumeeD’après ce dernier, « les achats publics verts sont de nature à stimuler la croissance, mais aussi à créer des emplois et à favoriser le développement de technologies nécessaires à une énergie moins polluante ».

Rompre avec la croissance traditionnelle

Dai Bingguo, ancien conseiller d’État, a expliqué lors des débats que « le gouvernement chinois avait accordé une grande importance au projet d’éco-civilisation lors de l’élaboration des programmes la Ceinture économique de la Route de la Soie et la Route de la Soie maritime du XXIe siècle ».

Pour parvenir à « la nouvelle normalité économique, focalisée sur un développement vert« , les autorités devront « mettre fin à la croissance traditionnelle propulsée par l’investissement et motivée par le gigantisme et la vitesse« , ont expliqué des experts cités par La Chine au Présent.

Ces derniers aurait recommandé de remplacer la valeur Produit Intérieur Brut  (PIB) par un indicateur combinant PIB et GEP (Gross Ecosystem Product of Urban Area) pour mesurer le développement du pays. Cette recommandation a déjà été testé dans la province du Fujian, où 34 districts ont cessé de mesurer l’évolution du PIB local.

Dans l’arrondissement de Yantian à Shenzhen, le concept de « ville GEP » a été instauré. Celui-ci accorde une valeur importante au ciel bleu, à la présence de verdure et d’eau propre. Les cadres de ces districts sont évalués selon le contrôle de performance du GEP lors de leur mutation.