Les chinois préfèrent le porc noir au porc occidental
En Chine, les consommateurs se sont lassés du porc industriel issu des races occidentales dites « blanches », et veulent des produits haut de gamme, notamment du « porc noir », auparavant élevé à la maison et abattu lors des réunions familiales du Nouvel An lunaire.
La demande pour ce produit a explosé, car il est très apprécié pour sa texture plus grasse et plus tendre. Cette tendance représente une bouée de sauvetage pour les éleveurs chinois en difficulté.
Cette viande haut de gamme peut coûter jusqu’à quatre fois plus cher que le porc blanc courant, mais il est l’un des rares segments rentables après des années de surcapacité et de chute des prix sur le premier marché mondial du porc, selon plus de deux douzaines de producteurs, analystes et universitaires interrogés.
Le porc noir, plus cher mais de meilleur qualité
Le porc braisé rouge, ou hongshao rou, plat préféré du président Mao Zedong, est réalisé avec du sucre caramélisé, de la sauce soja et des épices. Auparavant, c’était un plat de luxe rare avant les réformes des années 1980 et 1990, qui ont accompagné la croissance économique et permis à beaucoup de consommer de la viande plus que quelques fois par an.
Pour répondre à cette demande, la Chine a commencé dans les années 1990 à importer des races occidentales qui atteignaient leur maturité en cinq mois, contre un an pour les cochons noirs chinois. Premier producteur mondial de porcs, la Chine a abattu 720 millions de porcs en 2025. Lors du dernier trimestre 2025, elle a produit 15,7 millions de tonnes de porc, soit le total le plus élevé pour un quatrième trimestre depuis 2018.
Les prix du porc chutent depuis des années à cause d’une demande faible, d’une économie stagnante et d’évolutions des goûts : en décembre 2025, ils ont reculé de 14,6% sur un an. En 2018, les autorités ont augmenté les commandes de porc, afin de faire face à l’épidémie de peste porcine africaine. Cette surcapacité a rogné les marges du secteur.
En janvier 2026, le grand producteur Wen Foodstuff Group a annoncé une chute de son bénéfice net 2025 de 40,7% à 46,1% sur un an. Et Muyuan Foods, premier éleveur mondial, prévoit aussi une baisse de 12,2% à 17,8% de son résultat 2025.
Ces principaux producteurs chinois montent en puissance. En novembre, Wen Foodstuff a annoncé vouloir devenir la marque numéro un du porc noir en Chine et porter cette race à 5% de son cheptel d’ici 2027. Le géant New Hope a également annoncé l’automne dernier l’expansion de son troupeau de plus de 150 000 cochons noirs.
Les analystes prévoient une hausse de 50% du nombre de cochons noirs, à 30 millions ou 32 millions entre 2024 et 2026, soit environ 5% du cheptel national.
Vers une surcapacité
La demande dépasse l’offre sur le marché du porc haut de gamme en Chine d’environ 15% à 20%, mais les analystes doutent que le porc noir puisse combler tout le fossé, car les producteurs doivent encore bâtir des marques et des chaînes d’approvisionnement dans ce secteur naissant.
De plus, ce marché du porc noir doit faire face à la concurrence des produits importés et des grands groupes chinois qui développent eux aussi des gammes premium à partir de races occidentales à croissance rapide. Aujourd’hui, la Chine compte plus d’une cinquantaine de races locales de cochons noirs ou tachetés, vendues à des prix variables.
Mais ce marché de niche pourrait connaître une surproduction si trop d’acteurs s’y lancent, ce qui mettrait en péril les marges, ont averti certains observateurs. « Si on inonde le marché de cochons noirs, les consommateurs suivront-ils, ou les prix s’effondreront-ils ? », s’est interrogé David Casey, directeur développement produit et approvisionnement chez Pig Improvement Company, un grand sélectionneur international.
Selon lui, « la plupart des gens achètent encore du porc élevé à bas coût ». « Contrairement au porc Ibérique espagnol, il n’existe pas de standard en Chine. Je pourrais importer un cochon Hampshire, le qualifier de noir, et être éligible. J’ai même entendu des scientifiques parler de changer la couleur du poil des races occidentales en noir », a assuré David Casey.


