« Les échanges ont été marqués à la fois par des opportunités substantielles et des défis persistants »

Hippolyte Eric Djounguep, Doctorant au département de communication à l’Université du Québec à Trois-Rivières, est spécialiste de politique étrangère, relations internationales et sécurité internationale. Il a expliqué à Chine-Magazine.Com les relations entre la Chine et le Canada, qui connait des turbulences.
Quels sont les principaux enjeux économiques dans les relations entre la Chine et le Canada ?
Il est important de rappeler de prime abord que la Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada. Déjà en 2024, les échanges bilatéraux de marchandises et de services entre les deux pays atteignent les 87 milliards d’euros. L’objectif visé par les deux pays est de répondre aux préoccupations économiques et commerciales bilatérales selon une note officielle du ministère canadien des affaires mondiales.
Préoccupations économiques et commerciales très souvent mises à mal ces derniers temps par « une série de crises financières, sanitaires et énergétiques et géopolitique ayant mis en évidence les risques d’une intégration mondiale extrême »; préoccupations économiques et commerciales fondées sur la fiction des règles de l’ordre international mondial comme l’a souligné le Premier ministre Mark Carney en janvier dernier à Davos.
L’enjeu premier pour le Canada est de « faire preuve de plus d’ambition» et «d’investir collectivement dans la résilience que de bâtir chacun sa propre forteresse« . La coopération économique Chine – Canada vient donc répondre à ce besoin d’Ottawa d' »établir des coalitions efficaces, en fonction des enjeux, entre partenaires qui partagent suffisamment de points communs pour agir ensemble« .
Face au péril des institutions multilatérales telles que l’OMC, les Nations Unies et la COP, le Canada doit renforcer son autonomie stratégique dans les domaines de l’énergie, de l’alimentation, des minéraux critiques, de la finance et des chaînes d’approvisionnement.
Comment les échanges commerciaux entre la Chine et le Canada ont-ils évolué au cours des dix dernières années ?
Au cours de cette dernière décennie,  les échanges commerciaux entre les deux pays ont été marqués à la fois par des opportunités substantielles et des défis persistants selon un rapport du Conseil d’affaires Canada-Chine (CCBC).
Malgré les obstacles liés aux droits de douane et des restrictions commerciales dans le secteur de l’agro-industrie, la Chine est restée le deuxième marché du Canada. Le secteur de l’énergie et des ressources naturelles a connu une expansion grâce à l’oléoduc Trans Mountain, qui a fait de la Chine l’un des principaux acheteurs de pétrole brut canadien.
Ces échanges se sont renforcés grâce à l’ouverture au marché chinois des services financiers et d’investissement canadien. Le tabou a été levé sur les questions relatives aux minéraux critiques. Les deux pays en sont les principaux producteurs. Si la méfiance plutôt que la confiance a marqué profondément la coopération économique et commerciale sino-canadienne au cours de ces dix dernières années par des soupçons multiples, la nouvelle stratégie du gouvernement en matière de coopération étrangère repose sur le « réalisme fondé sur des valeurs« .
Il s’agit pour Ottawa d’allier principes et pragmatisme, c’est-à-dire d’accepter pleinement le monde tel qu’il est, sans attendre qu’il devienne celui qu’Ottawa aimerait voir comme l’a proclamé le Premier ministre Mark Carney à Davos.
Quels sont les défis diplomatiques qui influencent les relations entre la Chine et le Canada ?
Si les soupçons d’espionnage  que le gouvernement canadien portait sur les autorités chinoises et les condamnations à mort en Chine des citoyens canadiens d’origine chinoise ont fait l’objet de plusieurs tensions et de brouilles diplomatiques entre ces deux partenaires économiques à un certain moment, tout ceci relève du passé maintenant.
Le « réalisme » et le « pragmatisme » voulu par Ottawa favorisent une ère nouvelle où les choses se « font différemment« , où le gouvernement canadien privilégie « une géométrie variable » pour contribuer à résoudre les problèmes du monde, où Ottawa adhère « à différente coalitions pour différents enjeux, en fonctions de valeurs et d’intérêts communs » a laissé entendre le Premier ministre Mark Carney à Davos.
Et les menaces et invectives du Président américain Donald Trump à l’endroit du gouvernement canadien quant à la mise en œuvre de ce ‘new deal œconomicus’ sino-canadien ne font que renforcer l’idée d’Ottawa à mettre en place de nouveaux corridors commerciaux et dans bien d’autres choses encore.
Quel rôle jouent les investissements et les partenariats technologiques dans la coopération entre la Chine et le Canada ?
Les investissements et les partenariats technologiques constituent l’ossature de la coopération Chine – Canada.  Ils servent à la fois de moteur économique, de levier géopolitique et de mécanisme de stabilisation dans une relation longtemps marquée par des tensions.
Ils permettent d’attirer des capitaux chinois dans des secteurs stratégiques canadiens à l’instar de l’énergie renouvelable, de la filière batterie, des véhicules électriques entre autres, de renforcer les chaînes d’approvisionnement nord américaines, et de créer un cadre de collaboration plus prévisible malgré les enjeux géopolitiques.
Dans un contexte de fragmentation des échanges et de tensions avec les États‑Unis, le Canada grâce aux partenariats technologiques avec la Chine possède un important levier pour réduire sa dépendance à un seul marché, consolider une relation bilatérale jonchée de frictions importantes, promouvoir son industrialisation, se positionner comme un maillon essentiel du projet de reconstitution des routes de la soie.
Face au réchauffement climatique avec pour conséquence la fonte des glaciers du pôle nord entre autres, et par ricochet de l’ouverture des nouvelles voies maritimes et de nouveaux marchés, les investissements et les partenariats technologiques sino-canadiens attireront à court terme d’abondant capitaux, participeront à la vitalité économique, technologique en Amérique, et surtout l’émergence de nouveaux pôles d’innovation. Et pourquoi pas une autre Silicon Valley? Mieux encore, la ‘Silicon Lakes.
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