Membre du Département central de la propagande, Mao Zedong présente l’un de ses rapports devant les responsables politiques, réunis lors de la Conférence de Gutian, en décembre 1929.

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Mao défend l’idée que le gouvernement doit faire plus d’effort pour développer la propagande sur l’ensemble du territoire et au sein de toutes les classes sociale. Pour lui, les cibles privilégiées sont les pauvres des zones urbaines, les femmes, les jeunes et l’armée.

Il propose de mettre en place des « journaux muraux » (dazibao : affiches informatives en gros caractères) mis sous la tutelle de l’Armée Populaire de Libération. Il instaure des sessions de formation destinées à « fondre l’esprit nationaliste des soldats et de la population ».

Ces « journaux muraux » sont aujourd’hui appelés « murs culturels« , encore très présents dans les lieux publics mais aussi dans les universités, les écoles, les institutions, les entreprises et dans la rue.

Les « journaux muraux » sont revalorisés en 2001, lorsque le gouvernement lance sa campagne de « construction morale des citoyens ». Pour le gouvernement, cet outil de communication vise à instruire les foules et façonner la conscience et le comportement de la population.

Ainsi, les « dazibao » sont affichés pour indiquer aux citoyens comment se comporter face aux événements de la vie quotidienne (SRAS, Grippe H5N1, …) et à la politique intérieure et extérieure. Beijing a été la ville-hôte des Jeux Olympiques de 2008, le maître mot du gouvernement à cette époque est « l’unité ».

Cette unité visait à montrer un pays fort, en plein développement, avec une civilisation ancestrale. Raisons pour lesquelles, des dazibao ont été publié et diffusé dans toute la ville pour inciter les citoyens à être irréprochables entre eux et vis-à-vis des étrangers venus pour les JO.

Les autorités définissent les « murs culturels » comme des « positions avancées d’éducation et de propagande », qui est « une variante indispensable dans la communication et la politique du pays ».

Le Quotidien du peuple a expliqué, dans une de ces tribunes en mars 2008, que la politique de « construction morale des citoyens » est importante

« pour le développement d’une culture avancée, […]. Pour renforcer cette construction, il faut gouverner le pays par la vertu […]. Cependant, il existe encore beaucoup de problèmes sur le plan de l’éducation morale des citoyens […]. Si ces problèmes ne se résolvent pas tout de suite et de manière efficace, ils vont nuire à l’ordre économique et social, et nuire à la conjoncture générale du développement et de la réforme ».

Comme le montre cet extrait de l’article du Quotidien du peuple cité Wenling Liu, le gouvernement a toujours mis en avant la responsabilité du peuple vis-à-vis de son pays: l’individu doit s’effacer au profit des intérêts du pays. Wenling Liu explique dans son article « La Chine affiche sa morale » que

« selon la terminologie marxiste, les murs étaient devenus le terrain privilégié de la propagande du prolétariat contre la culture féodale et capitaliste, et c’est sur les murs que se déployaient les messages à éradiquer les Quatre Vieux (représentation de la Bande des Quatre composé de Jiang Qing, Zhang Chunqiao, Yao Wenyuan et Wang Hongwen, ces derniers ont voulu prendre le pouvoir à la mort de Mao en 1976), à savoir la vieille pensée, la vieille culture, les vieilles coutumes et les vieilles habitudes ».

La politique menée par Mao Zedong fixera les fondements de la propagande au sein de l’Empire du milieu, jusqu’en 1940. Entre temps, il lance la « Longue Marche » en 1934 et devient une icône. Considéré comme un leader charismatique, il met en place un culte de sa personne à l’instar de Staline. Ce type de propagande est appelé « réaliste socialiste » prenant son origine dans l’art officiel.

Mao Zedong « Quand naviguer en mer dépend du timonier, et quand accomplir la révolution dépend de la pensée du Président Mao. »

La campagne lancée par le Parti Communiste Chinois met en avant Mao Zedong au côté de soldat, d’ouvrier, de paysan, d’homme et de femme, d’égal à égal. Cependant, durant la Révolution Culturelle, l’iconographie Maoïste change pour montrer Mao Zedong comme le « Dieu protecteur de la Chine ».

L’agence de presse Xinhua, appelée à ses débuts « Red China News Agency » est créée en 1931. Son rôle est de diffuser une information préalablement contrôlée et approuvée par le PCC, à travers une organisation étatique structurée. Le nationalisme chinois prend son essor dans les années 1930/40, lorsque le sentiment anti-japonais est exacerbé par l’annexion de la Mandchourie par les Japonais.

L’arrivée du PCC au pouvoir en 1949, année de la création de la République Populaire de Chine, modifie les règles de la propagande. Le nationalisme est alors plus qu’un concept mais un style de vie, les chinois veulent tourner la page de « l’humiliation nationale » (les conséquences des Guerres d’Opium ont été dévastatrices pour l’économie et la société chinoise) et des nombreuses invasions étrangères survenues dans le pays.

La Chine se rapproche alors de l’Union Soviétique, avec qui elle possède des affinités culturelles, économiques et politiques. La Chine considère l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) comme sa grande sœur, car son système communiste est installé depuis des années.

Le gouvernement russe va aider le PCC à adapter sa propagande à sa nouvelle situation politique, notamment en séparant les activités du parti et celles de l’état. Ce rapprochement prend de l’ampleur à tous les échelons de la société, à tel point que de nombreux étudiants rejoignent la Ligue d’amitié sino-soviétique et des slogans sont placardés sur lesquels est inscrit: « L’Union soviétique d’aujourd’hui est la Chine de demain ».

Les conseillers soviétiques et les membres du PCC créent des associations, assurant le contrôle de toutes les publications et activités intellectuelles, dans les domaines de la culture et de l’éducation. Ils surveillent également les écrivains, les journalistes et les artistes.

Logo de Xinhua

Sur le plan étatique, les arts et la culture sont pris en charge par des bureaux du Conseil des affaires de l’état, tel que l’Administration centrale de la radiodiffusion. Le Ministère de la Culture et l’agence de presse Xinhua contrôlent les médias. Chaque journaliste a la tâche d’informer les cadres supérieurs du parti, sous forme de rapports des informations, de tous les sujets considérés sensibles.

Ces rapports restent dans le domaine privé et aucun article publié officiellement ne doit parler d’un sujet considéré sensible ou interdit, sous peine de poursuite judiciaire, condamnation ou fermeture du média en question.

Il s’agit généralement de problèmes sociaux pouvant déboucher sur une révolte sociale, les catastrophes naturelles et sanitaires ainsi que leurs conséquences, les émeutes, les revendications religieuses ou politiques, la remise en question du pouvoir par le PCC…

Les journalistes doivent attendre l’autorisation des organes de l’Etat pour pouvoir diffuser une information et ainsi porter la voie du parti avant celle de l’actualité.