En février, lors de la Conférence restreinte des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN, à Vientiane au Laos, les ministres de l’ASEAN (Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Brunei, Viêt Nam, Laos, Birmanie et Cambodge) se sont accordés pour résoudre les litiges en Mer Orientale (mer de Chine méridionale). Deux mois plus tard, le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, en visite au Laos, a annoncé la rédaction d’un consensus avec le Brunei, le Cambodge et le Laos sur la question de la mer de Chine méridionale.

L’ASEAN prend position

Membre de l'ASEANLors de cette conférence, les ministres avaient affirmé que les conflits avec la Chine devaient être réglés « pacifiquement en privilégiant les mécanismes diplomatiques et juridiques et en évitant de recourir à la force ou d’y menacer ». La prise de position de l’Association des nations de l’Asie du Sud-est (ASEAN) est pour certains experts comme Lê Van Cuong, ancien directeur de l’Institut d’études stratégiques (ministère de la Sécurité publique) « une avancée ».

Interrogé par le Courrier du Viêt-Nam, ce dernier a expliqué « qu’il s’agit d’une réaction positive. Les 10 pays membres de l’ASEAN partagent le même sort. L’ASEAN occupe une place importante sur le plan économique et dans le contexte  actuel, elle doit renforcer son rôle et sa stature au niveau régional et international ».

De son côté, le ministre laotien des affaires étrangères, Thongloun Sisoulith, a indiqué à la presse que « les ministres ont réaffirmé l’importance du maintien de la paix, de la sécurité, de la stabilité et de la liberté de navigation et de survol au-dessus de la mer de Chine du Sud ». Ce dernier a indiqué que l’ensemble des ministres de l’ASEAN sont « sérieusement préoccupés par les développements récents et en cours », en mer de Chine méridionale, comme la construction de phare, piste d’atterrissage, d’une école, etc.

L’institution a prit en compte les préoccupations des pays concernés tels que les Philippines, le Viêt-Nam, la Malaisie et le Brunei. Le ministre laotien, président actuel de l’ASEAN, a indiqué que les réclamations faites ont été prises en compte ainsi que « la progression des activités dans la région ».

Un consensus limité

Dans un communiqué de presse, l’ASEAN a appelé à la « non militarisation et à la retenue ». Toutefois, en cas de conflit armé, la Marine de l’Armée Populaire de Libération (Chine), n’est pas en mesure de faire face à la flotte américaine, sans compter, l’importance des forces de défenses japonaises, taïwanaise et les forces cumulées des pays de l’ASEAN.

Pour Nguyên Vu Tung, de l’Institut de la Mer Orientale, « la description de la situation en Mer Orientale devient plus franche. Cela traduit l’escalade de la tension dans cette zone ». Ce dernier a indiqué que « les agissements de la Chine vont à l’encontre du droit international dont la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 et des déclarations politiques bilatérales et multilatérales ».

Carte des revendications en mer de Chine méridionale. Wikimedia

Carte des revendications en mer de Chine méridionale. Wikimedia

Nguyên Vu Tung a assuré au Courrier du Viêt-Nam que « les pays de l’ASEAN considèrent ces agissements comme indignes d’une grande puissance, ils détériorent les relations de bon voisinage et altèrent la confiance des pays du monde« .

En dépit de ce contexte détérioré, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, en visite au Laos, a déclaré le 23 avril, que « la Chine a atteint un consensus en quatre points avec le Brunei, le Cambodge et le Laos sur la question de la mer de Chine méridionale ».

« Les quatre pays ont convenu que les différends territoriaux sur des îles, des rochers et des bancs dans la mer de Chine méridionale ne sont pas un problème entre la Chine et l’ASEAN dans son ensemble, ce qui ne devrait pas affecter le développement des relations Chine-ASEAN« , a déclaré Wang YI, lors d’une conférence de presse à Vientiane.

Pour mener au terme son initiative de « la Ceinture et la Route » (Nouvelle route de la soie), sa stratégie de « collier de perle », et sa volonté de renforcer le régionalisme pour faire face aux pays occidentaux, Beijing se doit de conserver de bon rapport avec ses voisins.

Il a été donc été convenu, pour apaiser les tensions, que « le droit des États souverains de choisir leurs propres moyens de résoudre les différends en vertu du droit international doit être respecté ».

Ainsi, la Chine, le Brunei, le Cambodge et le Laos se sont accordés à résoudre « les différends territoriaux et maritimes devraient être résolus par des consultations et des négociations par les parties directement concernées, conformément à l’article 4 de la Déclaration sur la conduite des parties dans la mer de Chine méridionale (DOC) ». Toutefois, ce consensus concerne des pays qui n’ont pas de conflits directs avec la chine en mer de Chine méridionale, hormis le Brunei.