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Réunis au Palais Bourbon pour un colloque organisé par L’Hémicycle, industriels, responsables publics et experts ont dressé un même constat : les matières premières critiques ne sont plus un sujet de compétitivité, mais de souveraineté et de contrôle, dans un contexte où la Chine a désormais verrouillé toute la chaîne. Face à ce basculement, tous appellent à changer de logiciel : articuler l’ensemble de la chaîne de valeur, engager l’amont, l’aval et l’État, et se doter des outils d’une économie de pénurie.
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Quelques semaines après la création, par les chefs d’État et de gouvernement du G7, d’une Alliance pour la résilience et la production en matière de minerais critiques et l’adoption d’une feuille de route visant à renforcer les capacités de transformation, de recyclage et la diversification des chaînes d’approvisionnement, L’Hémicycle a réuni à l’Assemblée nationale responsables publics, industriels, experts et représentants de la filière à l’occasion du colloque « Consolider notre souveraineté industrielle – Minerais, métaux critiques, de l’accès à la ressource aux usages : quelle stratégie pour les vingt prochaines années ? ». Au fil des échanges, un constat partagé s’est imposé : la souveraineté industrielle ne dépend plus seulement de l’accès aux ressources. Elle repose désormais sur la capacité à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’exploration jusqu’aux usages industriels.
Le Sommet d’Évian, un changement d’échelle
En ouverture, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, a rappelé que la question des matières premières critiques est devenue « un outil d’influence diplomatique » : la Chine peut décider du jour au lendemain, via ses licences d’exportation, de suspendre les livraisons de terres rares et de métaux critiques, mettant en difficulté des chaînes de valeur entières. C’est dans ce contexte que le G7 d’Évian, du 17 juin, prend une portée particulière. Au-delà des 195 projets identifiés pour 64 milliards d’euros d’investissements annoncés dans les chaînes de valeur des minerais critiques, les sept grandes puissances les plus industrialisées se sont accordées pour ne plus dépendre à plus de 60 % d’un seul acteur, alors que la Chine représente aujourd’hui, sur de nombreux métaux, 85 à 86 % de l’offre, principalement du fait du raffinage. Des outils communs, qui restent à définir, seront mis en place pour y parvenir.
Le ministre a articulé la réponse française autour de trois niveaux : le Critical Raw Materials Act européen, qui a identifié une liste de métaux stratégiques et fixé un objectif de 10 % d’extraction sur le sol européen ; la diplomatie des minerais, portée au niveau national par la DIAMMS (délégation interministérielle aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques), qui contractualise des relations renforcées avec les pays producteurs ; et la reconstruction d’outils industriels de raffinage, avec la montée en puissance de Solvay à La Rochelle, le projet Caremag porté par Carester à Lacq pour le recyclage et le raffinage de terres rares, et MagREEsource à Grenoble sur les aimants permanents. Sébastien Martin a également confirmé avoir autorisé des carottages en Bretagne, assumant le choix politique de la prospection sur le sol national malgré les réticences locales.
« La question des matières premières critiques est devenue un outil d’influence diplomatique. Pouvoir compter sur des entreprises françaises, dans lesquelles l’État est d’ailleurs actionnaire, pour accompagner la diversification de nos ressources en métaux critiques, c’est un atout de plus dans la manche de la France et de l’Europe. » Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie
Les industriels appellent à reconstruire une chaîne de valeur européenne
Les représentants de la filière ont montré que cette stratégie était déjà engagée sur le terrain. Les échanges ont notamment mis en évidence l’importance de sécuriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction au raffinage, jusqu’au recyclage, tout en donnant aux industriels les conditions nécessaires pour investir sur le long terme.
À travers ses activités dans le lithium, le nickel, le manganèse, la transformation métallurgique et le développement du recyclage, Eramet a illustré les enjeux d’une stratégie industrielle intégrée. Imerys a présenté le projet EMILI, première mine de lithium en France depuis cinquante ans, associée à une unité de transformation, tandis que l’A3M a rappelé la nécessité d’un cadre stable, de financements adaptés et d’une meilleure coordination européenne.
« Les matières premières ne sont plus un sujet de compétitivité, mais de souveraineté et de contrôle. Nous n’offrons pas quelque chose de plus compétitif : nous offrons quelque chose de plus sécurisé, qui n’est pas sous l’emprise d’une autre puissance. Il faut changer de logiciel, et l’aval doit prendre ses responsabilités : la mine, c’est le temps long, et le temps long relève des stratégies étatiques. » Christel Bories, présidente-directrice générale d’Eramet.
Les Français ont intégré ces nouveaux enjeux
Le colloque a également été l’occasion de présenter les résultats du sondage réalisé par Norstat pour l’École de Guerre Économique. L’étude montre que les matières premières critiques sont désormais sorties du cercle des spécialistes : 65 % des Français jugent la France trop dépendante de l’étranger pour son approvisionnement en matières premières stratégiques et 73 % souhaitent relancer l’activité minière ainsi que les capacités françaises de raffinage.
« Le sujet des matières premières stratégiques sort du cercle des experts et s’installe comme un enjeu d’opinion. Les Français ne demandent pas seulement un État régulateur, mais un État capable d’agir, de financer et de protéger lorsque des actifs jugés stratégiques sont en jeu. » Raphaël Clave, directeur général de Norstat France.
Un changement de paradigme
En conclusion, Arnaud de Morgny, directeur d’études à l’École de Guerre Économique, a expliqué que la compétition mondiale ne se jouait plus uniquement sur la possession des ressources naturelles, mais sur la maîtrise des chaînes de valeur, des technologies de transformation et des partenariats avec les pays producteurs. Il a également souligné que les rapports de force se déplaçaient désormais vers les dimensions industrielles, diplomatiques et informationnelles.
« Il faut changer de paradigme : ne plus réfléchir en traités de libre-échange, mais en clauses de garantie de fourniture. C’est l’État, dans le cadre de sa diplomatie générale, qui négocie avec d’autres États. C’est le retour du bilatéral. Si on ne revient pas aux négociations diplomatiques bilatérales, on regardera passer les trains, et ce seront nos trains de minerais qui iront ailleurs. » Arnaud de Morgny, directeur d’études à l’École de Guerre Économique.
Une même conviction : la souveraineté se joue sur toute la chaîne
Au terme de la matinée, un consensus s’est dégagé entre les représentants de l’État, les industriels, la filière et les experts : la sécurisation des minerais critiques ne pourra reposer sur un seul levier. Diversifier les approvisionnements est indispensable, mais ne suffira pas. La France et l’Europe devront également renforcer leurs capacités d’exploration, d’extraction, de raffinage, de transformation et de recyclage, tout en consolidant les entreprises capables d’investir durablement sur l’ensemble de ces maillons.
Les intervenants ont souligné que cette stratégie ne pourra réussir qu’à travers une coopération étroite entre pouvoirs publics, industriels, investisseurs et partenaires internationaux. Tous ont partagé une même conviction : la souveraineté industrielle ne se mesure plus uniquement à la possession des ressources naturelles, mais à la capacité de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur qui permet de les transformer en puissance économique, technologique et industrielle.
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