Le chancelier allemand Olaf Scholz est arrivé le 4 novembre à Pékin pour une visite très controversée dans un contexte de tension croissante entre l’Occident et la Chine.

Cette visite est la première d’un dirigeant de l’UE et du G7 depuis le début de la pandémie de Covid-19, apparue à la fin de l’année 2019 à Wuhan. La stricte politique zéro Covid a conduit la seconde puissance économique mondiale à fermer ses frontières depuis trois ans.

Cette visite d’un jour a lieu après la reconduction de Xi Jinping à la tête du Parti communiste chinois et de la République populaire de Chine. Elle est surtout très critiquée en Allemagne, mais aussi en France, à Bruxelles et Washington.

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Le chancelier Olaf Scholz a emmèné avec lui toute une délégation d’industriels, comme les patrons de Volkswagen et BASF. Or, la dépendance de la première économie de l’Union Européenne à la Chine, où les entreprises allemandes réalisent une part importante de leurs profits, est de plus en plus remise en question.

« Avec son voyage en Chine, le chancelier poursuit une politique étrangère qui conduit à la perte de confiance en l’Allemagne chez nos partenaires les plus proches« , a dénoncé un député de l’opposition, Norbert Röttgen, déplorant « une démarche solitaire ».

Au sein de la coalition gouvernementale, la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a exhorté à « ne plus dépendre d’un pays qui ne partage pas nos valeurs« , au risque de se rendre « politiquement vulnérables au chantage« .

Or quelques jours avant le voyage, le chancelier allemand a autorisé une prise de participation chinoise dans le terminal portuaire de Hambourg (nord). Washington a d’ailleurs fait pression sur Berlin pour limiter la part cédée au groupe Cosco.

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Tentant d’apaiser la situation, Olaf Scholz a promis « de ne pas faire l’impasse sur les controverses » au cours de cette visite où il doit rencontrer Xi Jinping et le Premier ministre Li Keqiang.

Dans une tribune publiée avant son départ, le chancelier se dit conscient que « la Chine d’aujourd’hui n’est plus la même qu’il y a cinq ou dix ans », citant notamment le récent congrès du Parti communiste chinois ayant consolidé le pouvoir du président Xi Jinping.

« Si la Chine change, nos relations avec la Chine doivent changer aussi », a admis le chancelier allemand. Toutefois, dans le domaine économique, il n’envisage pas de découplage vis-à-vis de la Chine mais une réduction des « dépendances unilatérales » avec « sens des proportions et pragmatisme ».

Il a égrainé les « sujets difficiles » qu’il comptait aborder lors de ses entretiens avec les dirigeants chinois. Parmi eux, « le respect des libertés civiles et politiques ainsi que les droits des minorités ethniques », comme les Ouïghours musulmans du Xinjiang.

En Chine, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a déclaré que la Chine « est opposée à toute interférence dans nos affaires internes et de tout dénigrement sous couvert de discussions sur les droits de l’homme ».

Le chancelier a aussi promis d’évoquer « la situation tendue autour de Taïwan » et la guerre en Ukraine alors que la Chine revendique sa « neutralité », considéré par les Occidentaux comme un soutien tacite au Kremlin.

« Il est logique que Scholz et Xi apprennent à mieux se connaître en personne. Une ligne directe avec Pékin pourrait également être utile au regard du risque d’escalade de la guerre d’agression de la Russie en Ukraine », a indiqué à l’Agence France Presse, Mikko Huotari, directeur de l’institut Mercator d’études chinoises (Merics) à Berlin.

Cependant, ce dernier estime que le dirigeant allemand doit clarifier son message pour expliquer « à son propre gouvernement, à l’Europe et à la Chine l’orientation de la politique chinoise de l’Allemagne ».