Le chancelier allemand est critiqué pour un projet de vente partielle à la Chine du port de Hambourg. Au-delà de la classe politique allemande, les services de renseignements et de contre-espionnage refuseraient la vente d’une infrastructure considérée critique.

Le chancelier allemand Olaf Scholz fait face à une vague de critique, y compris au sein de sa coalition, pour un projet de vente partielle du port de Hambourg au groupe chinois Cosco. Selon mes chaînes NDR et WDR, Olaf Scholz soutiendrait ce projet controversé.

Ancien maire de Hambourg, le chancelier compterait, selon ces médias, autoriser la cession contre l’avis de six ministères fédéraux : Economie, Intérieur, Défense, Finances, Transports et Affaires étrangères.

Il s’agirait de finaliser cet accord conclu en 2021 entre l’opérateur du port de Hambourg (HHLA) et l’armateur Cosco pour une prise participation de 35% dans l’exploitation du terminal à conteneurs Tollerort (CTT).

Si le gouvernement ne s’oppose pas à cette opération d’ici à fin octobre, la décision sera validée. Les services de renseignements et de contre-espionnage sont réticents à accepter la vente d’une infrastructure considérée critique pour le pays, selon WDR et NRD. Mais en dépit de ces mises en garde, Olaf Scholz insisterait «pour que l’acquisition se fasse malgré tout», ont assuré les deux médias.

Le port de Hambourg est le premier port commercial d’Allemagne et le troisième en Europe derrière Rotterdam (Pays-Bas) et Anvers (Belgique). La compagnie chinoise Cosco est le premier armateur de Chine.

Tourmente dans la coalition d’Olaf Scholz

«Ce n’est bon ni pour notre économie, ni pour notre sécurité», a déclaré le codirigeant des Verts, Omid Nouripour, qui a mis en garde contre la «répétition d’une erreur» déjà commise selon lui avec la Russie, qui avait acquis des réservoirs de gaz allemands.

La ministre des affaires étrangères, l’écologiste Annalena Baerbock, très critique à l’égard de Pékin et Moscou, avait déjà alerté contre un tel projet, tout comme son collègue de l’Economie, Robert Habeck.

La Chine «aurait une influence sur tous les grands ports européens et pourrait les monter les uns contre les autres», a de son côté réagi Johannes Vogel, vice-président du parti libéral FDP, dans un message partagé par le ministre des Finances, Christian Lindner, sur Twitter.

«L’intention du chancelier de donner à la Chine une influence considérable sur cette infrastructure via l’entreprise publique Cosco serait une erreur stratégique», a dénoncé sur Twitter le chrétien-démocrate Norbert Röttgen, chargé des relations internationales au sein de la CDU.

L’Allemagne ne devrait pas bloquer un accord avec la Chine

Depuis la vague de critique, Berlin pourrait autoriser le transporteur maritime chinois Cosco à prendre une participation moins importante que prévu dans un terminal du port de Hambourg.

Le géant chinois du transport maritime a fait une offre en 2021 pour prendre une participation de 35% dans l’un des trois terminaux de la société de logistique portuaire HHLA au port de Hambourg.

Il s’agirait selon une source ministérielle de Reuters d’une « solution d’urgence » pour permettre à l’opération de se réaliser tout en atténuant sa portée. Un compromis est en cours de discussion et verrait le gouvernement allemand approuver la vente de 24,9% du terminal à Cosco.

Selon des sources de l’agence de presse Reuters, les ministères de l’Economie et des Affaires étrangères souhaitent toujours bloquer complètement l’opération mais il est peu probable qu’ils y parviennent. En effet, le chancelier Olaf Scholz doit se rendre en Chine pour une visite officielle début novembre, et il n’a pas inscrit la question à l’ordre du jour du gouvernement.

La décision finale du gouvernement donnera des indications sur la volonté prêtée à l’Allemagne de durcir sa politique à l’égard de la Chine, son premier partenaire commercial.

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Depuis son arrivée au pouvoir, Olaf Scholz a lancé une série de mesure visant à éviter dépendance économique trop importante avec la Chine, dont les ambitions diplomatiques et militaires du président chinois Xi Jinping sont vivement critiquées en Allemagne.

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Les discussions sur l’investissement envisagé par Cosco au port de Hambourg ne sont pas terminées, ont souligné les sources.

Selon le site China.Table, de Table Media, Cosco pourrait accepter un accord avec une participation réduite, d’après des sources proches des négociations. « Les administrations concernées au sein du gouvernement fédéral considèrent une limite à 24,9% comme une ‘solution d’urgence’ pour éviter que des choses plus graves ne se produisent », a déclaré une source au ministère de l’Economie, ajoutant qu’une participation plus faible donnerait à Cosco moins de poids dans la gestion du terminal.

« Bien entendu, cela n’élimine pas les risques réels et les administrations continuent de penser qu’une interdiction totale est la meilleure solution », a déclaré la source. A Pékin, la diplomatie chinoise a dit espérer que l’Allemagne considérerait cet investissement sous un « angle objectif et rationnel », sans politiser les relations économiques entre les deux pays.