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On ne touche pas à Mao : un artiste chinois menacé de trois ans de prison pour des sculptures ironiques de Mao Zedong

On ne touche pas à Mao : un artiste chinois menacé de trois ans de prison pour des sculptures ironiques de Mao Zedong

Le 30 mars s’est tenu à huis clos le procès de Gao Zhen, 69 ans, devant le tribunal populaire de Sanhe (est de la Chine). Le sculpteur, qui avait émigré aux États-Unis il y a des années, est accusé d’avoir imaginé des œuvres ironiques sur Mao Zedong, il y a une vingtaine d’année.

L’artiste dissident chinois Gao Zhen, célèbre pour ses sculptures satiriques et provocatrices de l’ancien dirigeant chinois Mao Zedong, a été jugé pour « diffamation envers les héros et martyrs nationaux », ont annoncé son épouse et une organisation de défense des droits humains.

Gao Zhen, âgé de 69 ans, arrêté en 2024, encourt une peine maximale de trois ans de prison, ont déclaré son épouse, Zhao Yaliang, et Shane Yi, chercheur au sein de l’organisation Chinese Human Rights Defenders.

Le procès, qui s’est tenu à huis clos pendant une journée, a eu lieu au tribunal populaire de Sanhe, dans la province du Hebei, limitrophe de Pékin. Il s’est soldé par un non-prononcé, ont précisé Zhao Yaliang et Shane Yi, citant les avocats de Gao Zhen. Mais l’issue risque d’être défavorable à l’accusé. Le frère de Gao Zhen, qui n’a pas été arrêté, a expliqué au New York Times que « les procès secrets sont généralement de mauvais augure ».

Zhao Yaliang a déclaré qu’on lui avait interdit l’accès à la salle d’audience. Dans ce genre de procès, les verdicts sont souvent prononcés des mois plus tard.

L’artiste, installé à New York, a été arrêté en août 2024 lors d’une visite familiale en Chine, alors même qu’il s’était rendu à plusieurs reprises en Chine sans incident depuis son installation aux États-Unis en 2022, a précisé Shane Yi. L’artiste a été inculpé l’année suivante pour avoir insulté les « héros et martyrs » du pays. Cette accusation est souvent utilisée pour qualifier les dissidents du pouvoir.

Selon Shane Yi, « cela illustre parfaitement la logique du gouvernement chinois : lorsqu’il veut cibler quelqu’un, il est prêt à tout pour y parvenir ». « Gao Zhen est un artiste. Il a droit à la liberté artistique, point final », a indiqué le chercheur au sein de l’organisation Chinese Human Rights Defenders.

Avec son frère Gao Qiang, Gao Zhen a réalisé plusieurs sculptures provocatrices de Mao, critiquant la Révolution culturelle de 1966-1976, période de troubles sociaux et de persécution politique généralisée en Chine qui a fait des millions de morts.

« La Culpabilité de Mao », « L’Exécution du Christ » et « Miss Mao », représentant Mao avec des traits troublants, comme un nez et une poitrine à la Pinocchio, sont deux œuvres représentant le Grand Timonier à genoux ou en train de pointer une arme vers une statue de Jésus sont représentatives du discours critique que Gao Zhen et son frère Qiang tiennent à l’égard du régime chinois.

Des diplomates de l’UE ont tenté d’assister au procès, mais l’entrée leur a été refusée, a indiqué la mission de l’UE en Chine dans un message publié sur les réseaux sociaux.

L’épouse de Gao Zhen a déclaré qu’elle et leur fils de sept ans, citoyen américain, sont soumis à une interdiction de sortie du territoire et ne peuvent quitter la Chine. « C’est un coup dur pour moi », a déclaré Zhao Yaliang. « Mon fils n’a pas vu son père depuis deux ans, et nous n’avons plus le droit de lui écrire depuis mai dernier. Cela a un impact considérable sur son moral et sa santé ».

Gao Zhen souffre de malnutrition et d’une pathologie lombaire, ainsi que de problèmes chroniques aux genoux et aux yeux qui nécessitent un traitement, a précisé Shane Yi.

Gao Zhen a été inculpé pour des œuvres réalisées entre 2005 et 2009, a déclaré Shane Yi, alors que la loi chinoise sur la protection des « héros et des martyrs » n’a été promulguée qu’en 2018 et renforcée en 2021. Cette loi a déjà servi à poursuivre des individus accusés d’avoir insulté des militaires morts au combat, ainsi que des figures historiques.

En 2021, un humoriste a été censuré et sa société de production a été condamnée à une amende de 2 millions de dollars américains après une blague faisant référence à un slogan de l’Armée populaire de libération.

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