Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a déclaré que la Chine prendrait des « mesures fermes et énergiques pour résolument sauvegarder sa souveraineté et son intégrité territoriale », si la présidente de la Chambre des États-Unis, Nancy Pelosi, « allait de l’avant avec son projet de se rendre à Taïwan », cela serait selon lui une violation grave du principe d’«une seule Chine».

Washington « devra entièrement supporter toutes les conséquences possibles qui découlent de cette visite », a indiqué Zhao Lijian, lors d’un point de presse régulier à Beijing, après l’information révélée par le Financial Times.

NANCY PELOSI A TAÏWAN

En effet, le quotidien britannique a révélé que Nancy Pelosi prévoyait de se rendre à Taïwan en août pour montrer son soutien à Taipei qui subit selon Washington une pression croissante de la Chine.

Si ce voyage se réalisé, il sera le premier en 25 ans par un président de la Chambre des représentants des États-Unis. En effet, Nancy Pelosi avait annulé un voyage à Taïwan en avril 2022 après avoir été infectée par la Covid-19. Le conseiller d’État et ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi avait déclaré à l’époque que la visite de Nancy Pelosi serait « une provocation malveillante contre la souveraineté de la Chine ».

Six sources proches du dossier ont indiqué au Financial Times que Nancy Pelosi emmènerait une délégation à Taïwan en août. La législatrice californienne de 82 ans serait la plus ancienne législatrice américaine à visiter l’île depuis que l’un de ses prédécesseurs en tant que président, le républicain Newt Gingrich, s’y est rendu en 1997.

Sa visite interviendra alors que les relations entre la Chine et les Etats-Unis restent embourbées dans leur pire état depuis que les deux pays ont normalisé leurs relations diplomatiques en 1979 et que Washington a transféré la reconnaissance diplomatique de Taipei à Pékin.

La nouvelle de ce voyage intervient alors que le président américain Joe Biden et son homologue chinois Xi Jinping se préparent à tenir une réunion en ligne dans les semaines à venir. Trois sources ont déclaré au Financial Times que la Maison Blanche avait exprimé sa préoccupation concernant le voyage. Le moment est sensible pour la Chine car il interviendra au moment de l’anniversaire de la fondation de l’Armée populaire de libération, le 1er août.

La question est également délicate pour Pékin car le Parti communiste chinois tiendra son 20ème Congrès à l’automne, une réunion au cours de laquelle Xi Jinping devrait obtenir un troisième mandat sans précédent à la tête du pays.

PEKIN DÉNONCE

Zhao Lijian, porte-parole de la diplomatie chinoise, a avancé que «si Mme Pelosi se rend à Taïwan, cela violerait gravement le principe d »une seule Chine’ et les stipulations des trois communiqués conjoints sino-américains, porterait gravement atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine, affecterait gravement le fondement politique des relations sino-américaines, et enverrait un très mauvais signal aux forces séparatistes souhaitant l’indépendance de Taïwan».

Ce dernier a exhorté les États-Unis à annuler ce projet, à mettre fin aux contacts officiels avec Taïwan et à respecter leur engagement, par des actions réelles, de ne pas soutenir l’indépendance de Taïwan.

De son côté, Zhu Fenglian, la porte-parole du Bureau des affaires taïwanaises du Conseil des affaires d’État, a soutenu que «certains législateurs américains ont fréquemment été provocateurs dans leurs remarques et actions sur la question taïwanaise récemment, tentant de contenir la Chine et d’empêcher sa réunification».

Elle a également averti que «toute tentative des autorités du Parti démocrate progressiste de Taïwan de rechercher l’indépendance de Taïwan en conspirant avec des forces extérieures ne se solderait que par un échec».

Le porte-parole de la diplomatie chinoise a déclaré que le principe d’«une seule Chine» est le fondement politique des relations sino-américaines et est également un consensus partagé par la communauté internationale.

«La Chine s’oppose fermement à quiconque ou à toute force tentant de jouer la “carte de Taïwan” pour s’immiscer dans les affaires intérieures de la Chine et nuire aux intérêts fondamentaux de la Chine», a-t-il ajouté.

FORTES TENSIONS SUR LA QUESTION DE TAIWAN

Les interactions entre Washington et Taipei ont considérablement augmenté depuis le mandat de l’ancien président américain Donald Trump, d’anciens législateurs et des législateurs en exercice se rendant sur l’île qui abrite plus de 25 millions de personnes.

Bonnie Glaser, experte taïwanaise au German Marshall Fund, a déclaré que Pékin était devenu « hypersensible » vis-à-vis du Congrès américain, qui a introduit un nombre « sans précédent » de projets de loi anti-chinois ces dernières années.

« La Chine est convaincue que le Congrès et l’exécutif s’entendent pour contenir sa montée » en puissance dans différents domaines : technologiques, numériques, économiques et commerciaux… « Étant donné que la présidente Pelosi est démocrate et du même parti que le président Biden, son voyage est interprété comme faisant partie d’une stratégie consistant à utiliser Taiwan comme une carte contre la Chine et à apporter un soutien officiel à l’indépendance de Taiwan. »

Les États-Unis et la Chine sont en désaccord sur de nombreux problèmes, Taïwan est devenu l’un des sujets de discorde les plus sérieux depuis l’arrivée au pouvoir de Joe Biden. Afin de contrer la présence américaine dans la région Asie-Pacrifique et notamment de dénoncer les liens de plus en plus étroits entre Taipei et Washington, l’armée chinoise a fait voler un nombre de plus en plus important d’avions de chasse et de bombardiers dans la «zone d’identification de la défense aérienne» de Taïwan, ce qui a accru les tensions dans le détroit de Taïwan.

S’exprimant lors du forum de défense Shangri-La à Singapour en juin, le ministre chinois de la Défense, Wei Fenghe, a déclaré que son armée « écraserait » toute tentative de Taïwan d’accéder à l’indépendance et a averti les États-Unis de cesser d’essayer de contenir la Chine. « Si quelqu’un force une guerre contre la Chine, l’Armée populaire de libération ne bronchera pas », a ajouté ce dernier.

Deux sources, au fait de la situation, ont déclaré au Financial Times, qu’il y avait des divisions au sein de l’administration américaine sur la question de savoir si Nancy Pelosi devait se rendre à Taiwan.

Certains responsables ont estimé qu’il était plus facile de justifier une visite en avril parce que c’était juste après le début de l’invasion de l’Ukraine. D’autres estiment que ce n’est pas le bon moment. D’autant plus que Joe Biden a envoyé en février une délégation de haut niveau d’anciens responsables, dont le président à la retraite des chefs d’état-major interarmées américains Michael Mullen, afin de soutenir Taiwan.

Nancy Pelosi et sa délégation se rendront au Japon, à Singapour, en Indonésie et en Malaisie. Les législateurs passeront également du temps à Hawaï au siège du commandement américain de l’Indo-Pacifique. Selon une source du FT, au vue de la situation, il est encore possible que le voyage échoue.