Pourquoi la Chine ne vient pas au secours de ses alliés stratégiques ?
Suite aux attaques coordonnées américano-israéliennes contre l’Iran et à l’arrestation du président vénézuelien Nicolás Maduro à Caracas par les États-Unis, plusieurs stratèges américains s’étonnent que la Chine ne vienne pas au secours de ses partenaires stratégiques. Nicholas Burns, ancien ambassadeur des États-Unis en Chine a expliqué à Evan A. Feigenbaum, politologue américain et vice-président aux études à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, que « la Chine se révèle être un allié inefficace pour ses alliés autoritaires ».
Cette attitude distante de la Chine « n’est en réalité pas surprenante. En clair, le fait d’éviter de prendre des engagements de sécurité contraignants envers des pays tiers périphériques n’est pas un signe de faiblesse, mais relève d’une stratégie délibérée ». En effet, des régimes comme celui de l’ayatollah Khamenei ou celui de Nicolas Maduro « n’auraient pas dû compter sur le soutien chinois si cela impliquait de les ‘sauver’. Or, cette vision reflète la politique étrangère américaine, présentant la politique chinoise à travers le prisme de ce que feraient les stratèges américains s’ils étaient des communistes chinois ».
La politologue américain a expliqué que « trop de stratèges occidentaux s’attendent à ce que la Chine se comporte comme les États-Unis. Lorsqu’elle ne le fait pas, ils en concluent à un échec stratégique plutôt qu’à un choix délibéré, et estiment qu’une Chine humiliée est de nouveau sur la défensive ».
La Chine a adopté certains éléments architecturaux de la posture américaine, notamment les instruments de sanctions et certains types de partenariats de sécurité. Mais elle n’a pas la même approche que les États-Unis en matière de sécurité. Lorsque les analystes qualifient l’Iran ou le Venezuela d’« alliés » de la Chine, le terme « allié » a un sens particulier, car les partenariats avec la Chine n’ont pas les mêmes enjeux que les alliances de Washington, car ils n’impliquent aucune obligation ni engagement contraignant en matière de sécurité.
Evan A. Feigenbaum a expliqué que « la Chine a des intérêts de sécurité dans des régions tierces et a renforcé sa présence », particulièrement dans le domaine de la sécurité. La Chine s’est concentrée sur la sécurité intérieure et le maintien de l’ordre, et non sur des engagements en matière de défense extérieure, un domaine dans lequel elle n’a aucun intérêt fondamental.
Pour la Chine, « sauver » le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei ou le président vénézuélien Nicolas Maduro « n’est pas essentiel aux objectifs fondamentaux » de la Chine. Ses intérêts de sécurité essentiels se situent en Asie de l’Est, à proximité immédiate de son territoire.
La Chine concentre ses efforts sur ces priorités de sécurité de premier ordre : le renforcement de ses capacités militaires pour faire face aux imprévus sur le littoral est-asiatique et la réduction de sa vulnérabilité aux pressions exercées à sa périphérie géographique immédiate.
La Chine est également le premier partenaire commercial de plus de 120 pays, achète du pétrole sur le marché mondial et ne fonde sa politique dans aucune région – du Moyen-Orient à l’Amérique latine – ni sur un seul État.
Le Moyen-Orient illustre parfaitement cette approche, car la Chine a entretenu des relations fructueuses avec l’Iran, mais aussi avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte, et même la Turquie, et pendant un temps avec Israël. Elle était la seule puissance extérieure à adopter cette attitude, à l’exception peut-être de l’Inde.
En Amérique latine également, sa politique n’a jamais reposé uniquement sur le Venezuela. Affirmer que la politique chinoise est fondée sur des alliances au sens américain du terme – avec une notion d’obligation – est donc une erreur. La posture de la Chine s’illustre mieux par une métaphore de marché que par une métaphore géopolitique : la Chine a diversifié son portefeuille en multipliant ses partenariats et ses domaines d’intervention avec ces partenaires.
Evan A. Feigenbaum a assuré que toutes les actions de la Chine dans le monde ne sont pas motivées par les intérêts américains. Même les aspects de sa posture, concernant les États-Unis, n’implique pas que la Chine s’engage dans des conflits sécuritaires dans des régions périphériques, qu’elle vienne au secours de régimes chancelants ou qu’elle intervienne dans la défense d’un pays tiers.
Selon le politologue américain, l’objectif principal de sa compétition stratégique avec Washington a toujours été de privilégier les offres économiques, technologiques, de construction et de formation, et non les partenariats de sécurité assortis d’obligations coûteuses et inhérentes.
« Supposer que la Chine adoptera la politique étrangère américaine pour affaiblir les États-Unis constitue une erreur conceptuelle fondamentale. Ce n’est pas ainsi que Pékin a procédé, que ce soit au Venezuela, en Iran ou dans tout autre pays qui se retrouvera sous les feux de la rampe. Il est absurde d’imputer la logique américaine à la stratégie chinoise. Les États-Unis ne devraient pas non plus présumer de l »incompétence’ et de l »échec’ de Pékin lorsqu’elle ne joue pas le jeu de Washington », a conclu Evan A. Feigenbaum.


