Au-delà des conséquences économique et politiques, les critiques fusent toujours contre les responsables locaux, accusés de négligence, voir même de corruption. Dans un billet, Greepeace met en avant l’impact qu’ont eu les explosions sur l’environnement de la ville mais également de toute la région Est du pays.

La chronologie de l’évènement a pu être établi, au lendemain des explosions, le 14 août. Ainsi, un incendie a été détecté vers 22h50 mercredi soir dans un entrepôt de matières chimiques dangereuses appartenant à la société Ruihai International Logistics.

£¨Ìì½ò¸Û¡°8¡¤12¡±Ê¹ʣ©£¨1£©¼ÌÐøËѾÈCet incendie a été le déclencheur, 40 minutes plus tard, de deux explosions puissantes, avant qu’une gigantesque boule de feu ne s’élève dans la nuit au-dessus des immeubles d’habitation. La seconde explosion, équivalente à 21 tonnes de TNT, a fracassé des milliers de vitres et fait pleuvoir une multitude d’aiguilles de verre sur les riverains.

Le bilan humain s’élève désormais à 135 morts, selon les autorités chinoises. Trente-huit personnes sont toujours portées disparues, parmi lesquelles de nombreux pompiers de la brigade de Tianjin, reconnu pour son manque d’expérience. 582 personnes sont hospitalisées, dont 36 dans un état critique ou grave, ont indiqué les autorités locales sur le réseau social chinois Sina Weibo.

Des produits toxiques avérés  

La Chine, premier pays pollueur au monde, a entamé depuis quelques années une politique environnementale destinées à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. En 2012, le gouvernement avait annoncé la fermeture de près de 3.000 usines afin de lutter contre la pollution. Plusieurs mesures ont par la suite été mises en place, mais la question de la sécurité industrielle fait toujours défaut.

Les réglementations sont souvent ignorées pour des raisons de rentabilité et les contrôles sont laxistes. La catastrophe de Tianjin rappelle le décès d’une quinzaine de personne, le mois dernier, lors de l’explosion d’un site illégal de stockage de feux d’artifice dans le Hebei (nord du pays). Où encore en 2014, la mort de 146 personnes dans l’explosion d’une usine de pièces automobiles à Kunshan, près de Shanghai.

Suite à ces explosions à répétition, le gouvernement vient de décider qu’il allait mener une campagne d’inspection des produits chimiques dangereux et explosifs à l‘échelle nationale. Les autorités souhaitent aussi renforcer les conditions de sécurité dans l’industrie.

Cependant, l’armée chinoise a confirmé le 16 août, la présence de centaines de tonnes de cyanure hautement toxique, entreposées sur le site des explosions. Cette déclaration laisse craindre une contamination de grande ampleur. Le général Shi Luze, chef d’état-major de la région militaire de Pékin, a déclaré lors d’une conférence de presse, que du cyanure avait été identifié en deux endroits du site. « D’après les estimations préliminaires, le volume atteignait plusieurs centaines de tonnes », a-t-il dit.

Une décontamination difficile  

Les médias chinois ont de leur côté indiqué qu’il y avait près de 700 tonnes de cyanure de sodium, composant chimique très toxique en cas d’inhalation, d’ingestion ou de contact avec la peau.

Greenpeace explosion Tianjin 082015D’après les médias chinois, l’eau serait potable, une émanation de xylène légèrement au-dessus du seuil autorisé a été détecté, du cyanure d’hydrogène a été mesuré dans l’air et pour le moment les taux de cyanure de sodium sont normaux ou presque. Ces données sont remises en cause par les riverains qui craignent une propagation de cyanure de sodium, dont une infime dose peut tuer une personne.

Combinée à de l’eau, le cyanure de sodium se transforme en acide cyanhydrique, un poison pouvant être absorbé par la peau et être transmis par l’air. Les eaux, les sols, la poussière ou la suie peuvent être contaminés par ce produit chimique, très probablement à proximité du centre de l’explosion.

Selon Geenpeace, dont une équipe est sur place, « les premières analyses des eaux effectuées par les autorités dans la zone d’évacuation ont déjà livré des résultats positifs ».

Pour Greenpeace, il faut augmenter le rayon d’action

Pour Yixiu Wu, chargé de l’équipe de Greenpeace, la zone d’évacuation de 3km est « un périmètre trop petit ». Ce dernier exige que « le rayon soit augmenté à cinq kilomètres ». Car « il faut s’attendre à des dépôts de substances toxiques partout où des fumées se sont répandues et là où la suie est tombée », a indiqué le le chimiste Manfred Santen de Greenpeace Allemagne.

D’autant plus que les pluies ne facilitent pas les opérations, car « les toxiques sont disséminés par les eaux pluviales lorsque celles-ci s’écoulent, et sont entraînés jusqu’aux surfaces avoisinantes, dans les fossés d’infiltration et les canalisations« . Avec les récentes pluies, « on ne peut pas encore évaluer ce que cela signifie pour les eaux souterraines, l’eau potable et le sol », a assuré Manfred Santen.

Les autorités ont concédé que les opérations de nettoyages seront difficiles et délicates. En effet, « décontaminer la région sera une lourde tâche », a expliqué le chimiste de Greenpeace, car de nombreux produits chimiques se sont répandus dans la région, sans pour autant savoir desquels il s’agit.

Les autorités responsables de la catastrophe

D’après le porte parole de Climat et Énergie de Greenpeace Suisse, Mathias Schlegel , Yixiu Wu considère que le  gouvernement a « une part de responsabilité dans cette catastrophe« , car « l’accident serait la conséquence d’une gestion négligente des produits chimiques dangereux ».

En décembre 2011 le gouvernement a instauré des réglementations plus sévères en matière de production, d’entreposage et de transport des produits chimiques, mais elles ne suffisent pas. D’une part, parce qu’il y a un laisser-aller dans les contrôles visant à faire respecter ces règles.

Greenpeace Asia

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« C’est déjà la treizième explosion dans une entreprise chimique cette année », a rappelé Yixiu Wu. Dix jours après la catastrophe de Tianjin, une nouvelle explosion s’est fait ressentir dans une usine chimique de la Shandong Runxing Chemical Technology Co. Ltd, située dans le village de Dongfu dans le district de Huantai à Shandong. Celle-ci a tué une personne et blessée neuf autres, selon les autorités locales.

L’explosion s’est produite suite à l’incendie d’un séparateur, a indiqué le bureau de l’information du gouvernement du district. Selon les départements de la protection de l’environnement de la ville de Zibo et du district de Huantai, aucune contamination n’a été détectée suite à l’explosion. Mais une enquête est actuellement en cours pour déterminer les causes de l’incendie.

Avec un capital social de 200 millions de yuans (31,3 millions de dollars), cette usine est une filiale du Shandong’s Runxing Group. Elle fabrique des produits chimiques, tels que de l’adiponitrile, un liquide incolore qui peut s’enflammer quand il est en contact avec le feu. Il peut dégager des fumées toxiques en se décomposant au contact de la chaleur ou de flammes.

Il est certain pour Greenpeace que « le gouvernement doit enfin veiller à une mise en œuvre complète des réglementations. »