De notre partenaire Chinafrique.com – La théorie de « l’Afrique émergente » a subi un sérieux revers en 2016, année pendant laquelle l’Afrique a connu le pire ralentissement économique depuis la crise financière mondiale de 2008. Cependant, la reprise de la croissance en 2017 et les signes que cette croissance se consolide à moyen terme prouvent que cette récession n’était en fait qu’un hiatus temporaire.

Les preuves de cette reprise sont nombreuses. D’abord, on observe une augmentation du volume du commerce sino-africain et une croissance des investissements en provenance de Chine. En particulier, l’engagement pris par le Président chinois Xi Jinping d’investir 60 milliards de dollars (49,2 mds €) dans des projets de développement africains lors du Sommet de Johannesburg du Forum sur la Coopération sino-africaine (FCSA) en décembre 2015, s’est finalement concrétisé en argents réels.

Selon les statistiques de l’Administration générale des douanes de Chine, les échanges entre la Chine et l’Afrique se sont élevés à 139,16 milliards de dollars (114,1 mds €) au cours des 10 premiers mois de 2017, soit une hausse de 14,5% par rapport à la même période l’année dernière. Cette hausse est supérieure de 2,9% au taux de croissance global du commerce extérieur de la Chine au cours de la même période. De plus, l’excédent commercial de la Chine avec l’Afrique a diminué de 48,2%.

Un catalyseur à l’interne

Grâce à la reprise de l’économie mondiale et des prix des produits de base, les experts s’attendent à ce que l’économie de l’Afrique rebondisse dans un proche avenir. Selon le rapport sur Perspectives économiques en Afrique 2017 (AEO), publié conjointement par la Banque africaine de développement, l’Organisation de coopération et de développement économique et le Programme des Nations unies pour le développement, la croissance du continent devrait se chiffrer à 3,4% pour 2017. Le rapport prévoit d’ailleurs que ce taux devrait grimper à 4,3% pour 2018.

Les prix de la plupart des produits de base ont commencé à croître au dernier trimestre de 2016 et devraient poursuivre leur trajectoire ascendante en 2017 et en 2018. Par exemple, le prix du pétrole a commencé à se redresser au début 2016 pour finalement atteindre plus de 57 dollars (46,5€)  le baril en décembre dernier, une hausse importante depuis le baril à 43 dollars (35,3€)  en 2016.

« [La reprise] fournit aux exportateurs africains le coussin dont ils ont besoin pour faire face aux problèmes de déficit budgétaire et joue le rôle de stimulateur de croissance économique », explique Zhou Jinyan, chercheuse adjointe à l’Institut de recherche des études ouest-asiatiques et africaines relevant de l’Académie chinoise des sciences sociales.

Cependant, une économie trop dépendante des exportations de matières premières reste vulnérable à la volatilité externe. Zhou note que l’on observe ces dernières années une diminution de la part des exportations des ressources naturelles et des matières premières dans l’économie africaine. « Les pays pauvres en ressources, mais avec des économies diversifiées ont surpassé les pays riches en ressources », a dit Zhou à CHINAFRIQUE. Les pays non dépendants des rentes pétrolières, comme le Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie, ont tous enregistré des taux de croissance supérieurs à 6% en 2016, ce qui est nettement supérieur à la hausse globale de 2,2%.

C’est également ce que soutient le rapport AEO, selon lequel « les facteurs intérieurs, notamment la demande de consommation, en particulier la consommation privée, jouent un rôle de plus en plus important dans le maintien de la résilience des économies africaines ». Selon le rapport, la consommation privée sur le continent a augmenté en moyenne de 3,7% entre 2010 et 2016 et devrait se maintenir autour d’une moyenne de 3,5% en 2017-2018.

Zhou attribue cette hausse à la population croissante de l’Afrique et à l’expansion de la classe moyenne. Le groupe de réflexion McKinsey Global Institute estime que la classe moyenne en Afrique se chiffre à 350 millions en 2016 (287 M€) . La population croissante du continent devrait également entraîner une augmentation des dépenses de consommation, qui passeront de 680 milliards de dollars (557,6 mds €) en 2008 à 2 200 milliards de dollars en 2030.

La diversification est la clé

La diversification croissante de l’économie africaine et l’essor des demandes internes sont des signes positifs pour la résilience à moyen terme du continent, selon Zhou. Toutefois, pour libérer le potentiel de ses marchés intérieurs, l’Afrique nécessite de meilleures infrastructures publiques et des secteurs manufacturiers et des services plus solides. Les investissements chinois, d’ailleurs, se sont concentrés dans ces secteurs. Selon une récente étude de la société de conseils McKinsey, la production annuelle des entreprises manufacturières chinoises en Afrique était estimée à 500 milliards de dollars (410 mds €) en 2015, soit 12% de la production manufacturière totale du continent.

Statue de Nelson Mandela dans les jardins des Union Buildings. Afrique du sud

En 2016, les investissements chinois en Afrique ont totalisé 3,2 milliards de dollars, dont une grande partie est allée dans des projets manufacturiers et d’infrastructures, selon Qian Keming, ministre adjoint du Commerce. De nombreux pays africains se présentent comme des destinations d’investissement attrayantes pour les projets manufacturiers sur la base de leur excellent environnement d’affaires. Par exemple, l’Éthiopie vise à devenir le centre de l’industrie légère en Afrique. Ces efforts se sont traduits dans l’ouverture du parc industriel de Hawassa en juillet 2016, qui vise un chiffre d’affaires annuel de 1 milliard de dollars et la création de 60 000 emplois.

Pour une autre preuve des effets concrets découlant du soutien financier de 60 milliards de dollars promis par la Chine à l’Afrique en 2015, il suffit d’examiner les 40,9 milliards de dollars (115,5 mds €) du programme triennal de financement qui ont été alloués en date de novembre 2017, soit 68% du total, selon Zhong Manying, directrice du Département des affaires de l’Asie occidentale et de l’Afrique au ministère du Commerce.

Les fonds restants seront alloués au cours de l’année 2018. De plus, de nouveaux engagements seront pris lors de la prochaine conférence ministérielle du FCSA qui se tiendra cette année à Beijing. Dans cette optique, un approfondissement de la coopération économique sino-africaine est à prévoir.

Cependant, la diversification reste un problème structurel à long terme pour le continent. À court terme, les pays africains devraient se montrer prudents. « Un ralentissement chez les grandes économies africaines, comme le Nigéria ou l’Afrique du Sud, pourrait compromettre la croissance globale », a averti Zhong, ajoutant qu’une baisse du prix du baril et des incertitudes politiques dans ces deux pays pourraient avoir un impact négatif sur l’ensemble du continent. Le Nigéria et l’Afrique du Sud représentent à eux seuls plus de la moitié du PIB de l’Afrique, soit 29,3% et 19,1% respectivement.

Pour vos commentaires : houweili@chinafrica.cn

Pour en savoir plus