Dans un document envoyé par l’équipe de transition de Donald Trump au Département d’Etat, et publié par le New York Times, le prochain président se demande comment son pays est parvenu à s’effacer face à la Chine.

« Comment les entreprises américaines rivalisent-elles avec d’autres pays en Afrique? Sommes-nous en train de perdre au profit des chinois? « . Cette question est l’une des première posée dans le document non classifié fourni au New York Times.

La Chine, premier partenaire de l’Afrique

Depuis 2009, Beijing est le premier partenaire commercial dans le continent, avec des exportations chinoises vers l’Afrique ayant atteint 103 milliards de dollars (99,5 mds €), contre seulement 27 mds (24,6 mds €) pour les Etats-Unis, en 2015.

De plus, les banques chinoises ont accordé 398 milliards de dollars (363,3 mds €) entre 2009 et 2014 de prêts aux pays de la région, pour la construction de plusieurs infrastructures, soit une moyenne de 54 milliards de dollars par an (49,3 mds €), comparés aux 8 milliards de dollars (7,3 mds €) de moyenne annuelle d’aide américaine ces dix dernières années.

En dépit de ces données mirobolantes, la Chine n’est pas le premier en terme d’investissements directs étrangers en Afrique. Selon  le CNUCED, les Etats-Unis d’Amérique ont réalisé un bon de 255% avec 380 milliards de dollars (347 mds €) d’investissements directs en Afrique en 2015, contre 175 milliards de dollars (160 mds €) pour la Chine.

En dépit de ce constat, « l’Afrique ne tiendra pas un rôle très important dans la politique étrangère de Trump« , a expliqué à Le Monde, Mamadou Diouf, directeur de l’Institut d’études africaines à l’université Columbia, à New York.

Ce dernier a indiqué que « Donald Trump n’a pas particulièrement tracé des perspectives claires pour les relations internationales. On pourrait dire que l’axe principal de son approche diplomatique est le désengagement de l’Amérique ».

Beijing confortée et les Africains se recentrent sur leurs affaires 

Mais l’intérêt sera « de regarder comment la compétition avec la Chine autour des ressources africaines va influer la politique américaine en général. Cela ne se réglera pas par une intervention publique américaine, mais plutôt par le privé« .

D’autant plus que l’isolationnisme économique prévu par Donald Trump profitera à la Chine,  car « même si Hillary Clinton avait été élue, je ne crois pas que l’Amérique aurait été en mesure de gagner la compétition avec la Chine. Donald Trump a beaucoup parlé de la nécessité de reconstruire les infrastructures américaines. Mais c’est la Chine qui va bénéficier du marché américain, car elle a des possibilités techniques et technologiques que les Etats-Unis n’ont pas ».

D’ailleurs l’initiative « Une Ceinture et une Route » va venir répondre aux appels d’offres, notamment en matière de transports, de construction d’infrastructures comme le chemin de fer. Il est évident pour l’intellectuel que « l’Amérique ne peut pas concurrencer la Chine. En Afrique, on peut se retrouver dans une situation où Donald Trump, même s’il prétend vouloir combattre les Chinois, devra faire affaire avec eux. La Chine a déjà damé le pion aux Américains et aux Européens en Afrique ».

En dépit de cette rivalité, l’important est que « nous sommes à la fin d’une période. On assiste au recentrage des Africains sur leurs propres affaires et aussi au retrait des Occidentaux d’Afrique, sauf pour les questions économiques qui sont souvent traitées hors du jeu politique. Et l’arrivée de la Chine permet aux Africains de faire jouer les rivalités ».