La révolution chinoise de 1911 est un mouvement politique ayant aboutit au renversement de  la dynastie des Qing, après 268 ans de règne (1644 – 1912), pour laisser la place à la République de Chine.

Drapeau de la dynastie Qing, (1889-1912)

Alors que la cour impériale tente de reprendre la main sur un contexte économique et social tendu après les Guerres d’opium, la Réforme des Cent Jours, en mettent en place des réformes, dont la suppression de l’examen impérial, qui bouleverse profondément l’organisation des élites.

Cependant, les réformes ne parviennent pas à se mettre en place car l’administration apparaît sclérosée et, surtout, dominée par l’ethnie minoritaire mandchoue, à laquelle appartient la dynastie Qing. Cette domination des Mandchoue suscite un ressentiment grandissant d’une partie des chinois Han, l’ethnie majoritaire.  Mais ce sont surtout les échecs de la cour Qing qui créent le mécontentement de la population : mauvaise gestion des catastrophe naturelles, guerres d’opium, traités inégaux, guerre sino-japonaise, révolte des Taiping, révolte des Boxers, réforme des 100 jours, …

Naissance des mouvements révolutionnaires

À partir des années 1890, divers mouvements nationalistes voient le jour, dont

  • le Xingzhonghui (Société pour le redressement de la Chine ou Association pour la renaissance de la Chine) fondé à Honolulu le 24 septembre 1894 par Sun Yat-sen.

Cette plate-forme sert aux activités révolutionnaires futures de ce dernier, qui a pour objectif de sortir la Chine du marasme. Il a été fondé au cours de la première guerre sino-japonaise après une série de défaites militaires chinoises dues à la corruption et à l’incompétence des Qing

  • le Huaxinghui (Société pour faire revivre la Chine), fondé le 15 février 1904 dans le Hunan par Huang Xing et Zhang Shizhao. Ce parti révolutionnaire a pour but de renverser la dynastie Qing

Le ciel bleu au soleil blanc, emblème du Tongmenghui, devenu ensuite celui du Kuomintang.

Le 20 août 1905 à Tokyo, divers membres de ces deux organisations s’unissent pour fonder le Tongmenghui (Société de loyauté unie).  Aussi connue sous le nom de Ligue unie ou d’Alliance révolutionnaire, elle est à la fois une société secrète et un mouvement de résistance clandestin, combinant des objectifs républicains, nationalistes et socialistes.

L’objectif commun est de « renverser les barbares mandchous, rendre la Chine aux Chinois, établir une république et redistribuer les terres avec égalité ».

La Société de loyauté unie axe son action sur trois principes définis par Sun Yat-sen :

  • le nationalisme : indépendance, lutte contre l’impérialisme étranger et la domination mandchoue,
  • la démocratie : établissement d’une république
  • le bien-être du peuple : droit à la propriété de la terre égal pour tous.

Entre 1895 et 1911 les différentes sociétés secrètes mènent de nombreux soulèvements armés contre les Qing et les puissances étrangers. Mais tous échouent et ne parviennent à faire pencher la balance, mais cela ne décourage pas les révolutionnaires.

Ces mouvements insurrectionnels visent à réformer le pays, à changer l’ordre social et à fonder une république, garantissant notamment les droits de la majorité Han jusque-là dominée par la minorité mandchoue.

Ces soulèvements se situent principalement dans le Sud du pays où existent de nombreuses sociétés secrètes, qui aident les révolutionnaires. Le Sud du pays est également abrite les ports du pays, ayant été ouvert de force aux occidentaux. Les sociétés secrètes sont aussi présentes à Hong Kong, lieu de passage permettant des contacts avec l’extérieur, et entre les mains des britanniques.

L’échec de la tentative d’insurrection de Sun Yat-sen à Canton en 1895 le conduit à s’exiler au Japon. Au cours de ces 16 années d’exil, il recherche des soutiens financiers à travers le monde, et rencontre d’autres révolutionnaires chinois à l’étranger. Car l’agitation révolutionnaire gagne les diasporas chinoises, notamment en Malaisie et aux États-Unis, où des fonds sont collectés pour le Tongmenghui.

Avant le début de la révolution : la lutte pour le chemin de fer

En 1905, des notables décident de construire avec leur propres fonds des voies de chemin de fer, pour faire transiter leurs marchandises. Mais en mai 1911, les autorités impériales décident de nationaliser les voies de chemin de fer, ce qui n’est pas

bien accueillit par les puissances étrangères. Ces dernières assurent que cela pourrait impacter la circulation de leurs marchandises et la fin de leur monopole. Face à cette décision, les dirigeants étrangers craignent l’influence du milieu des notables nationalistes sur la cour impériale.

Les notables chinois sont indemnisés, mais pas suffisamment selon eux. Ils décident alors de créer des comités de défense, particulièrement au Sichuan. Une ligue pour la protection des chemins de fer est créée, déclenchant un mouvement protection. Cette ligue est formée de groupes anti-Qing, qui contribueront au déclenchement de la révolution de 1911.

Les manifestations entraînent l’arrestation des dirigeants du mouvement de protection des chemins de fer, ce qui a conduit à de nouvelles manifestations pour réclamer leur libération. La répression de ces manifestations cause plusieurs victimes, radicalisant alors la contestation.

Les sympathies révolutionnaires gagnent la nouvelle armée du Hubei, un tiers environ des hommes soutenant les républicains. En mai 1911, la nomination d’un nouveau gouvernement, dirigé par le prince Yikuang et composé d’une forte majorité de Mandchous, est perçu comme une provocation. À cette forte tension politique s’ajoute le désastre naturel causé par la crue du Yangtsé en juillet, qui cause environ 100 000 victimes sans que la cour impériale n’apporte de réponse à la hauteur.

Début du soulèvement

Le 10 octobre 1911, dans une caserne de Wuchang, un district de Wuhan, des militaires de l’armée du Hubei s’insurgent et déclenchent un soulèvement armé. Le gouvernement impérial tarde à réagir et, dès le lendemain, la ville est contrôlée par les insurgés. Ils proclament alors la sécession de la province, passé sous l’égide d’un gouvernement républicain, dirigé par le général Li Yuanhong, qui appelle les autres provinces à l’insurrection.

Plusieurs provinces chinoises proclament leur indépendance dans les semaines qui suivent :

  • 14 octobre, la cour impériale nomme le général Yuan Shikai à la tête du gouvernement. L’armée de Beiyang (armée impériale) est envoyée pour affronter les insurgés. Elle prend Hankou, un district de Wuhan.
  • 22 octobre, une troupe de révolutionnaires marche sur Changsha et prend la ville, tuant le gouverneur du régime Qing. Le même jour, des membres du Tongmenghui lancent une insurrection à Xi’an
  • 23 octobre, le Tongmengui prend le contrôle de Xi’an et mène un soulèvement avec les troupes du Jiangxi (gouvernement militaire proclamé à Jiujiang).
  • 29 octobre, insurrection armée éclate à Taiyuan : le gouverneur du Shanxi est tué et la province déclare à son tour son indépendance.
  • 30 octobre, après la prise de Kunming, Cai E devient le chef du gouvernement militaire du Yunan.

    Sun Yat-sen, co-fondateur de Tongmenghui (Société de loyauté unie)

  • 31 octobre, Nanchang est prise à son tour par le Tongmenghui.
  • 2 novembre, Yuan Shikai ne croit plus à l’avenir de la dynastie Qing, et entame des négociations secrètes avec les révolutionnaires.
  • 3 novembre, l’insurrection éclate à Shanghai, le gouvernement militaire étant proclamé dans la ville cinq jours plus tard.
  • 4 novembre, la révolte gagne le Guizhou.
  • 5 novembre, le gouverneur du Jiangsu, Cheng De, est amené par les insurgés à déclarer l’indépendance de la province.
  • 6 novembre, le Guangxi devient indépendant
  • 9 novembre, la province du Fujian aussi, où le vice-roi Song Shou se suicide. Le même jour, Huang Xing prend contact avec Yuan Shikai et lui propose la tête de l’État. L’indépendance du Guangdong est déclarée, Hu Hanmin prenant la tête du gouvernement de la province.
  • Fin novembre, le Sichuan tombe à son tour. Li Yuanhong télégraphie à tous les gouverneurs insurgés pour leur proposer de tenir une conférence à Wuchang et de fonder un nouveau gouvernement central.
  • 30 novembre, conférence débute, les délégués s’accordent pour établir un gouvernement provisoire.
  • 2 décembre, les révolutionnaires prennent Nankin. Entretemps, la Mongolie-Extérieure profite de la situation pour déclarer son indépendance le 1er décembre, établissant le khanat de Mongolie autonome : le Tibet expulsera à son tour les autorités chinoises en 1912, pour proclamer sa souveraineté l’année suivante.
  • 3 décembre, les troupes de Yuan Shikai s’accordent sur un cessez-le-feu avec les révolutionnaires et entament des négociations de paix.
  • 11 décembre, les délégués de 17 provinces, venus de Shanghai et Hankou, se réunissent à Wuchang et négocient à nouveau. Ils s’accordent sur l’élection d’un président provisoire. Un nouveau drapeau national est choisi : certains réclament le choix du drapeau bleu à soleil blanc, emblème du Tongmenghui, mais le choix se porte finalement sur le drapeau à cinq couleurs, symbole de l’union de toutes les ethnies chinoises, qui contrebalance la tonalité jusque-là anti-mandchous de l’insurrection contre la dynastie Qing. Un compromis est adopté, le drapeau au ciel bleu à soleil blanc devenant l’enseigne de vaisseau de la République. L’élection du président est repoussée, les insurgés apprenant que Yuan Shikai est prêt à les soutenir et décidant d’attendre sa décision.
  • 25 décembre, Sun Yat-sen, jusque-là en exil, arrive à Shanghai : en raison de son prestige, les révolutionnaires lui proposent d’assumer la présidence. L’élection a lieu le 29 décembre à Nankin, en présence de 45 délégués représentant 17 provinces. Recevant les suffrages de 16 provinces sur 17, Sun Yat-sen est élu président.

Proclamation de la République de Chine

Drapeau national de la république de Chine, de 1912 à 1928,

Le 1er janvier 1912, Sun Yat-sen proclame la République de Chine, lui-même assumant la charge de président provisoire. Nankin devient la capitale provisoire du pays. Sun se rend avec son cabinet sur la tombe de Yongle, empereur de la dynastie Ming et s’adressant à ses ancêtres han, déclare :

« La politique des Mandchous a été une politique extrêmement tyrannique. Motivés par le désir de soumettre perpétuellement les Chinois, les Mandchous ont gouverné le pays au plus grand détriment du peuple. La race chinoise, aujourd’hui, a enfin restauré le gouvernement du peuple de Chine… Le peuple est venu ici pour informer Votre Majesté de la victoire finale. »

Plus tard, dans son discours inaugural comme premier président de la République de Chine, Sun Yat-sen annonce « l’unification des peuples han, mandchou, mongol, hui et tibétain ».

Abdication de l’Empereur

Le gouvernement impérial ne contrôle plus que le Nord, essentiellement la Mandchourie et les régions entourant Pékin. Apprenant la nomination de Sun Yat-sen comme président, Yuan Shikai interrompt le 2 décembre ses négociations avec les révolutionnaires.

Le 16 décembre 1911, il échappe à un attentat à la bombe organisé par des militants du Tongmenghui qui le considèrent finalement comme un ennemi. Yuan reprend alors contact avec les insurgés, les assurant de sa loyauté envers la République.

Le 20 janvier, les révolutionnaires font parvenir à Yuan Shikai un télégramme réclamant l’abdication de l’Empereur. Sun Yat-sen annonce de son côté qu’il abandonnera la présidence à Yuan Shikai si ce dernier obtient l’abdication.

Yuan Shikai, au centre devient président provisoire

Yuan Shikai parlemente alors avec l’impératrice douairière Longyu (en), lui expliquant ne pouvoir garantir la vie de la famille impériale en cas de refus : l’impératrice accepte de publier l’édit d’abdication, le gouvernement républicain s’engageant de son côté à permettre à Puyi, alors âgé de six ans, de demeurer dans la Cité interdite, tout en percevant une pension et en continuant de bénéficier de ses serviteurs. Le 12 février, l’édit impérial annonçant l’abdication de Puyi est publié : une ligne précise que Yuan Shikai est mandaté pour diriger le gouvernement provisoire

Débuts difficiles de la République

Le Sénat provisoire accepte aussitôt Yuan Shikai comme nouveau président provisoire. Le 10 mars, Yuan succède officiellement à Sun Yat-sen, déplace à nouveau la capitale du pays à Pékin, et commence à recevoir la reconnaissance du nouveau régime par les pays étrangers. Le 25 août, le Tongmenghui et différents groupes nationalistes se dissolvent pour fonder ensemble le Kuomintang.

En février 1913, le nouveau parti remporte les premières élections législatives libres : Song Jiaoren, l’un de ses représentants, apparaît favori pour devenir premier ministre, mais il est assassiné, les soupçons se portant sur Yuan Shikai.

Au fur et à mesure que la décennie s’écoule, les perspectives pour le renouveau national sont de moins en moins encourageantes. La révolution Xinhai de 1911 ne réalise aucune de ses ambitions. Sa seule « réalisation » est destructrice : le renversement de la cour mandchoue.

Dans les provinces, dès le début, les réformistes, comme ceux du Hunan, craignent que le gouvernement de Yuan Shikai ne s’avère qu’une réplique de l’autocratie des Qing, précédemment servie. De fait, Yuan Shikai effectue bientôt un coup d’État et établit sa propre dictature militaire. En 1915, la Chine entre ainsi dans le bref épisode de la restauration impériale.