Interrogé par l’Agence France Presse, Francis Lee, chercheur à l’Université chinoise de Hong Kong, spécialiste des mouvements sociaux, a expliqué que « le gouvernement hongkongais n’a guère de solution évidente pour sortir de l’impasse, hormis une très grosse concession aux manifestants, mais difficilement envisageable à ce stade ».

D’après lui, le gouvernement

« a trois options majeures: une énorme répression, soit avec l’Armée populaire de libération ou autre, une concession suffisamment importante qui permettrait de finalement calmer le mouvement, ou l’usure. Depuis deux mois et demi, l’usure a eu la préférence, ils ne veulent pas de répression, ni de concession. Ils veulent que le mouvement se dissipe ».

Rappelant que l’usure avait touché le mouvement des Parapluies en 2014, « cette fois ça ne pas le cas. Le mouvement se dissipera-t-il d’ici six mois ? Personne ne sait. Se dissipera-t-il le mois prochain ? Je ne le pense pas, car des deux côtés on estime avoir encore des cartes à jouer ».

Francis Lee a expliqué que la dirigeante de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, et son gouvernement essayaient de mettre en place une plateforme de dialogue, mais « en attendant, ils emploient de nombreuses méthodes de répression en coulisses ».

Selon lui, cette stratégie vise à « supprimer le mouvement, espérant que les individus très, très modérés se rangent à cette idée de dialogue, les gens redoutant d’y perdre à trop soutenir le mouvement ».

Concernant une répression dure de la part des autorités chinoises, l’universitaire a expliqué que

« beaucoup à Hong Kong, y compris les universitaires et les commentateurs estiment que les enjeux sont trop élevés pour que le gouvernement chinois finisse par déployer l’armée ».

D’après ces experts, cela « annoncerait en gros la mort du statut spécial de Hong Kong – Un pays deux systèmes – et du centre financier international. La Chine, la première, en subirait gravement le préjudice. Quel intérêt pour les Chinois de perdre Hong Kong ? Ils se priveraient de l’ouverture qui les relie à l’économie internationale. Hong Kong joue un rôle très important, Hong Kong détient un vrai rôle clé que seule Hong Kong peut jouer et seulement sous statut … Donc si Hong Kong meurt (…) l’économie et le système financier de la Chine s’effondrent ».

« C’est pourquoi les jeunes contestataires utilisent l’expression cantonaise qui signifie littéralement ‘Nous brûlerons ensemble’, si le gouvernement chinois envoie des troupes. Pour eux, la situation est déjà mauvaise mais les Chinois, eux, ont tout à perdre. C’est du moins leur calcul. Il n’y a pas de solution évidente au problème », a conclut Francis Lee auprès de l’Agence France Presse .