Par Yoro Diallo – Du 13 au 15 décembre 2022, les États-Unis d’Amérique ont invité 49 pays Africains à un Sommet dit « Sommet de la Reconfiguration des Relations entre les Etats-Unis et l’Afrique ». Annoncé par l’administration américaine comme un événement d’une importance capitale, le Sommet ne semble pas avoir fait rêvé grand monde, ni parmi les invités, ni parmi les populations Africaines.

L’exclusion de certains pays et le thème déterminé par l’administration américaine, partie invitante, ont mis à nu le caractère sélectif et unilatéraliste des USA, seuls initiateurs de cette rencontre. Ce Sommet, le deuxième du genre depuis 2014 qu’organise ce pays imbu de sa puissance et arrogant dans son attitude, a suscité des questionnements chez de nombreux Africains sur le continent et au sein de la diaspora, Etats-Unis compris.

Ces questionnements ont porté pour l’essentiel sur : la philosophie du système politique Américain (Démocrates et Républicains gouvernent le pays presque à tour de rôle), la mentalité de guerre froide nourrissant la politique étrangère américaine, la méthode unilatérale et impérialiste de cette politique à l’égard du reste du monde, notamment de l’Afrique de l’Asie et de l’Amérique latine.

Une brève lecture de l’histoire contemporaine nous enseigne que les USA sont un pays semeur notoire de troubles et champion de la fuite devant le chaos et la désolation qu’il aura lui-même créé. Ce pays se distingue par les guerres provoquées au nom de la démocratie à l’américaine.  Il n’a jamais gagné de guerre, mais laisse partout sur son passage à travers les continents le chaos et la désolation.

Parmi les guerres perdues et les chaos provoqués, dont les conséquences touchent directement ou indirectement l’Afrique, citons entre autres :

  • la guerre du Vietnam en 1975 (en séjour de travail à Hanoi en 2014, j’ai appris sur la manière dont les soldats  américains ont pris la fuite comme des lapins devant le petit homme de taille mais géant patriote le général Giap Vo Nguyen) ;
  • la guerre d’Afghanistan (ici dans leur fuite les soldats américains ont abandonné nombre de leurs alliés sur le tarmac de l’aéroport de Kaboul) ;
  • la guerre d’Irak en 2003 (se servant d’un faux prétexte, les USA ont tué Saddam Hussein, fait des milliers de morts et ont laissé le pays dans le chaos et la désolation ;
  • la guerre en Somalie (ce fut une véritable humiliation avec des images de corps de soldats Américains trainés par terre) ;
  • la guerre en Libye (pour une raison non encore clairement élucidée, l’OTAN les USA ont tué Mouammar El Kadhafi). Depuis, la Libye demeure dans le chaos.

Les pays du Sahel dont le Mali vivent dans la terreur sécuritaire engendrée. Dans ce contexte auquel les USA ont largement contribué, ce pays n’a trouvé mieux que de décider de réduire au strict minimum son personnel diplomatique et demander aux citoyens Américains de quitter le Mali. M. Abdoulaye Diop, Ministre des Affaires Étrangères du Mali a convoqué l’ambassadeur des USA pour lui signifier la désapprobation du Mali face à l’acte inamical posé. Le 11 décembre 2001, des terroristes ont détruits les Tours du World Trade Center et attaqué le Pentagone, symboles de la puissance américaine.

Aucune ambassade africaine à Washington n’a ni évacué son personnel diplomatique, ni incité leurs compatriotes à quitter les USA. Les membres d’une mission chinoise pour la construction de chemins de fer ont été tués dans un attentat terroriste à l’hôtel Radisson à Bamako. Des travailleurs Chinois ont été enlevés pendant des travaux sur la route Bamako-Nara. La Chine n’a ni réduit son personnel diplomatique ni exhorté ses citoyens à quitter le Mali. C’est dans la période difficile qu’on reconnait ses vrais amis.

Les quelques actes parmi tant d’autres ainsi brièvement rappelés participent de l’illustration des caractéristiques fondamentales de la gouvernance des USA, une gouvernance marquée par une ingérence permanente dans les affaires intérieures des autres pays, la violation des engagements pris et des règles internationales auxquelles le pays a librement adhéré. A la lumière de cette réalité que faut-il attendre des USA en cette période de tensions économique et politique ?

S’agissant de l’Afrique, le consultant américain David Oualaalou affirme que « les USA ont toujours considéré l’Afrique comme le continent oublié… Ils n’ont jamais eu de politique concrète à son égard et tentent maintenant d’y exercer sa puissance pour contrer la Chine et la Russie ». Il ajoute : « les USA sont très inquiets du fait qu’une grande partie des pays africains ne se sont pas prononcés contre la Russie dans le conflit en Ukraine …».  

Donald Trump, le prédécesseur de Joe Biden a prôné « America first » (l’Amérique d’abord) et insulté les Africains en les qualifiant de « pays de merde ». Joe Biden le Président Américain du jour, peut être pas le prochain dans deux ans a orgueilleusement déclaré au début de son mandat « America is back » (l’Amérique est de retour). Comme en campagne électorale auprès des dirigeants Africains, il a fait des annonces relatives à

  • l’attribution à l’Union Africaine d’un siège au G20 et au Conseil de Sécurité des Nations Unies;
  • au dégagement de 55 milliards de dollars pour l’Afrique d’ici trois ans dans des domaines du numérique, les infrastructures, la santé, la lutte contre le changement climatique et les énergies renouvelables ;
  • à la promotion de la bonne gouvernance et la démocratie et au domaine sécuritaire.

Il a cependant ajouté : « les Etats-Unis le feront sur la base de ses valeurs…c’est dans notre ADN ».  Comme on le dit si bien « comprendra qui pourra. Les promesses de campagnes politiques dans les pays occidentaux n’engagent que ceux qui les croient ». Au sujet de l’Afrique, Joe Biden n’a fait que reprendre mot pour mot le plaidoyer fait publiquement par le Président Chinois Xi Jinping en faveur de l’Afrique au G20 (lors du Sommet de Bali) et au Conseil de Sécurité à plusieurs occasions. Le Président américain a aussi annoncé qu’il se rendra en Afrique courant 2023 : « Nous irons vous voir et vous allez tous nous voir beaucoup ». La série d’annonces ainsi faite est censé affirmer l’engagement nouveau des USA en faveur des pays Africains.

Le Président Sénégalais  Macky Sall, Président de l’Union Africaine a salué les annonces de son homologue Américain. Cependant, il a diplomatiquement appelé à la levée des sanctions américaines contre le Zimbabwe et mis en garde son homologue américain contre un projet de loi à l’examen au Congrès américain imposant des sanctions contre les pays qui traiteraient avec la Russie. Il a ajouté : « Ce serait la première fois dans les relations internationales qu’un continent entier serait ainsi ciblé».

Depuis des années, les sanctions économiques qu’imposent unilatéralement les USA et les puissances occidentales à d’autres pays y compris d’Afrique, s’avère une pratique contre-productive. Les sanctions imposées au Burundi, au Burkina Faso, à la République Centrafricaine, à la République Démocratique du Congo, à l’Éthiopie, République de Guinée,  à la Libye, au Mali, à la Somalie, au Soudan du sud, au Zimbabwe,  doivent rappeler aux Dirigeants Africains que chacun d’entre eux est une victime potentielle de la volonté des USA.

Par ailleurs une étude effectuée par « le scientifique américain Robert Pape portant sur 115 régimes de sanctions appliqués depuis 1920 par les États-Unis et leur alliés occidentaux contre des pays tiers a confirmé que dans seulement 5% des cas, les sanctions économiques sévères ont conduit à l’objectif visé, c’est à dire le changement de régime avec des conséquences catastrophiques pour les populations ». La Libye, l’Irak sont des exemples éloquents. Les 95 % restants n’ont eu aucun effet significatif sur les pays concernés.

Le Sommet de Washington a suscité de nombreuses et vives réactions en Afrique symbolisées par une manifestation de protestation organisée en face du lieu de l’événement. Certains manifestants relevaient : « les USA sont un des problèmes en Afrique, particulièrement en République Démocratique du Congo…Tout ce que le Congo subit est voulu par les USA. Nous devons nous prendre en charge nous-mêmes avec les partenaires que nous choisirons. L’histoire de l’Afrique ne s’écrire pas à Washington ».

D’autres notaient : « A bas l’hégémonie occidentale, vive le monde multipolaire. C’est une rencontre inutile et une très grande perte de temps. Faire confiance aux dirigeants des USA et de l’occident est un suicide ». Aujourd’hui, les USA traversent une période d’épreuves. Ils ont choisit de faire de la Chine et de la Russie leurs pires ennemis. La Chine est redoutable et la Russie ne faiblit pas. Les épreuves sont entrain de céder aux déconvenues plongeant l’économie américaine dans la pire récession depuis 1945. Les pays Africains doivent se garder de ne pas servir de « dindons de la farce ».

Les États-Unis doivent « respecter les aspirations des peuples africains » et contribuer à faire au développement de l’Afrique, au lieu de « s’acharner à salir et à dénigrer d’autres pays ».  Le monde doit voir avec un «  bon esprit ouvert la coopération Sino-africaine » qui, depuis la création du Forum sur la Coopération Sino-africaine (FOCAC) présente des preuves concrètes. « Les pays et les peuples africains ont la sagesse et la capacité de choisir des partenaires de coopération qui peuvent aider à faire avancer les intérêts des Africains».