Stress lié aux cadences, crainte de perdre son emploi, sanctions, les conditions de travail dans les usines qui fournisse les géants mondiaux de l’électronique contribuent au suicide d’employés.

Economic Rights Institute et Electronics Watch ont étudié 167 cas de suicide, de tentatives ou de menaces de suicide. L’organisme hongkongais Economic Rights Institute prône un développement économique raisonné et l’ONG néerlandaise Electronics Watch défend les droits des travailleurs du secteur de la haute technologie.

Le rapport des deux institutions montre que les principaux facteurs poussant les travailleurs au suicide sont des supérieurs hiérarchiques ignorant le stress des ouvriers, des sanctions disproportionnées pour des écarts de conduite, des primes refusées, la crainte de perdre son emploi.

Aucune usine en particulier n’est mentionné dans le rapport, qui évoque cependant un « fournisseur F », leader de la sous-traitance électronique frappé par une « vague de suicides » en 2010. Cette année-là, au moins 13 employés chinois s’étaient suicidés au sein du groupe taïwanais Foxconn, fabricant de produit pour le géant américain Apple.

Des militants du droit du travail avaient par la suite dénoncé les conditions de travail dans les usines de l’entreprise.
Selon un rapport d’Electronics Watch datant de 2016, des salariés du secteur travailleraient plus de 80 heures par semaine. Alors que la législation chinois limite à 44 heures le temps de travail hebdomadaire.

Les conditions de travail dans les usines du secteur de l’électronique sont considérées « inhumaines« , par l’organisation de défense des droits des travailleurs China Labor Watch (CLW). En 2011, l’organisation a publié un rapport sur dix d’entre elles travaillant pour des grandes marques mondiales. Ces usines produisent des ordinateurs et d’autres produits électroniques pour Dell, IBM, Ericsson, Philips, Microsoft, Apple, HP et Nokia, entre autres.

D’après CLW , « les ouvriers ne peuvent pas gagner un salaire leur permettant de vivre avec leurs seules heures de travail normales et sont contraints d’effectuer un trop grand nombre d’heures supplémentaires ». « Le nombre d’heures supplémentaires travaillées par mois varie entre 36 et 160 » et « aucune usine n’était strictement en conformité avec la législation sur le travail en Chine« , dont la limite maximale est de 36 heures supplémentaires par mois, précise CLW, qui est basée à Hong Kong.

Apple dans le collimateur

Le secteur de l’électronique emploie des dizaines de millions d’ouvriers et les usines sont fréquemment accusées par des ONG de ne pas respecter le droit du travail. Selon une enquête du journal Financial Times, 3000 élèves de Zhengzhou ont travaillé jusqu’à 11 heures par jour dans une usine du taïwanais Foxconn, premier sous-traitant mondial des géants de l’électronique.

Issus d’un lycée professionnel, ces jeunes étudiants dans le secteur ferroviaire étaient contraints d’accomplir cette «expérience de travail» dans l’usine de Foxconn afin d’obtenir leur diplôme. «Nous pouvons confirmer que les étudiants ont travaillé de façon volontaire, qu’ils ont été indemnisés, qu’ils bénéficient de prestations sociales. Mais ils n’auraient pas dû être autorisés à faire des heures supplémentaires», a réagi Apple, dans un communiqué envoyé à l’Agence France Presse.

«Quand nous avons découvert que certains étudiants avaient été autorisés à faire des heures supplémentaires, nous avons pris des mesures immédiates. Une équipe d’experts est sur place pour élaborer avec la direction des mécanismes garantissant que les standards appropriés sont appliqués», a insisté Apple. Foxconn a été épinglé à de nombreuses reprises ces dernières années sur les conditions de travail dans ses usines chinoises.

En 2010, le département provincial d’éducation du Henan avait organisé des «stages» pour 25 000 élèves de lycées professionnels dans une usine de Foxconn à Shenzhen. La participation à ce «stage» peu rémunéré était obligatoire pour obtenir son diplôme.

De même, en 2013, une université technologique de Xian avait obligé des étudiants à travailler comme apprentis pour Foxconn dans le Shandong. Pour valider leur diplôme, ils s’étaient vus forcés à travailler 11 heures par jour, alors que cela n’avait aucun lien avec leur cursus. Foxconn avait alors reconnu que ces heures supplémentaires enfreignaient le «code de conduite» de l’entreprise, et affirmé avoir pris ses dispositions pour remédier à ces «dysfonctionnements».