Par Alhassane DIOP – Quelle identité remarquable dans cette communauté sénégalaise expatriée en Chine !  Que d’efforts et de persévérance pour tailler en marbre un destin en musique !  Quel souffle pour passionner une ambition et l’aboutir en vocation ! Son style afro-feeling rappelle Mariah Carey, cette époustouflante star new yorkaise du R&B des années 90s.

Véritable bête de scène, elle sait tenir son auditoire en haleine, leur transmettant des ondes émotives à l’image d’un Bluetooth. L’ami Moustapha BARRO en avait fait les frais après des acrobaties au rythme endiablé de la chanson taajaboon d’Ismaël LO qu’elle reprit avec une étonnante prouesse ; nous sommes en avril 2015 à Wuhan, ville qu’elle donna vie en cette nuit de fête nationale sénégalaise.

Les notes que produisent sa guitare font penser au célèbre Carlos Santana, plongeant tout mélomane dans une extase béate voire excessive !  Diantre, n’arrive pas à arracher espèces sonnantes et trébuchantes à Aomar et pas de danse à Moustapha DIOUF qui veut, à fortiori devant la haute autorité ! Un crime de lèse-majesté dont les deux Moustapha, victimes complaisantes au demeurant, sauront compter sur une troisième nommée Abdou Khadre SY, pardon Douxa – illustre créateur de la danse Fei Chang Hao1-, pour rétablissement dans leurs droits !

Tabara DIOP est son nom à l’État civil. Sur scène, elle est Tabou. Sans tabou, chantant avec le cœur, cette native de Guédiawaye – banlieue dakaroise et terreau fertile en arts de tous genres-, communique avec son public acquis sous un chapiteau d’admiration que lui confère ce langage universel qu’est la musique ! Patiemment, elle a choisi ce chemin si sinueux de l’apprentissage que d’autres, non moins talentueux, ont arpenté prestement à l’image de Boy Marone, jadis si prometteur pour avoir trusté le Hit-Parade et pris des galons à Johannesburg en 1999, mais qui hélas, s’effilocha ensuite pour allonger davantage la liste des nains de la musique sénégalaise.

Après une formation bétonnée à la maison de la culture Douta SECK, elle sillonne l’ouest africain, pour son gain d’expérience. De Nouakchott à Bamako, d’Abidjan à Banjul, elle s’imprègne des différents genres musicaux pour épouser les contours de la vraie diva qu’elle est devenue.

Des cabarets et KTV de Guangzhou aux grands hôtels de Pékin en passant par les États-Unis et la Malaisie, Tabou a su investir et s’investir dans la recherche musicale, s’ouvrant à l’exotisme asiatique et la musique occidentale pour enrichir son répertoire africain, la musique n’ayant pas de frontières.

Encore un opus d’anthologie ou un hymne à l’amitié et la solidarité sino-africaines dussions-nous dire et surtout qui vient à son heure en cette veille de FOCAC triennal. Que dire de plus sinon enjoindre les acteurs de ce rendez-vous historique de ne plus se soumettre à la tyrannie des chiffres, pour cesser de compter cette relation sous le prisme sec des flux d’investissements chinois et la conter dans un contexte d’en-commun beaucoup plus judicieux ?

Cette dame de pagne incarne l’incandescence du flambeau de nos vaillantes héroïnes qu’ont été Yassine Buubu, Aline Sitoé JAATA, Ndatté YALLA ou encore Njeumbeut MBOOJ c’est-à-dire l’illustration parfaite de l’expression Walaf jigueen ju meunn goor2, nous rappelant cette époque où l’Afrique, maîtresse de son destin, considérait sa moitié féminine comme un puits d’humanités d’où provenaient ces vertus qui ont nom courage, ténacité, endurance, dignité…

Pour que la voix des cantatrices endormies se réveille tel le phénix et afin que le conte sino-africain importe, l’incandescence de cette voix doit être maintenue. Car en définitive, elle demeure une valeur sure de notre soft-power, si toutefois il nous en reste !

Alhassane DIOP (diopalhassane@gmail.com) 

1Danse inventée par Douxa aux journées culturelles sénégalaises en Chine en avril 2015

2expression walaf signifiant littéralement une femme plus forte qu’un homme