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« Tous sauf les Chinois! », retour sur un conflit

Le 11 décembre 2014, une émeute éclate à Morondava, dans l’ouest de Madagascar, suite à un conflit opposant les gérants chinois de la Sucoma aux ouvriers malgaches. Ces derniers demandent depuis mai 2014 des contrats de travail pour les saisonniers et des augmentations de salaire.

Un an après l’émeute, la situation est inchangée. L’usine est fermée et l’enquête parlementaire qui devait faire la lumière sur les causes de la mort de deux personnes est au point mort.

Usine incendiée, nombre de mort incertain

« Le magasin de stockage des sucres de Sucoma a été totalement vidé par des pilleurs et une partie de l’usine incendiée« , a indiqué le chef de la région de Menabe, Romain Gilbert lors d’un point presse. « Il n’y a pas de Chinois tué, ni blessé. Ils ont été évacués« , a de son côté précisé le colonel Anthony Rakotoarisoa, directeur du service de renseignements de la gendarmerie.

Ce dernier a expliqué que ce n’est pas la première fois que des affrontements éclatent : « il y a déjà eu auparavant des affrontements entre les personnels malgaches et les gérants chinois, aboutissant parfois à des actes de vandalisme et des agressions physiques sur les Chinois ».

madagascarSelon le Premier ministre, Roger Kolo, « il y a eu deux morts » : un gardien et un militaire tués à l’arme blanche. Cependant, « on ne connaît pas encore la circonstance de la mort du militaire », a indiqué Anthony Rakotoarisoa. Concernant le gardien, « c’est un règlement de compte entre employés durant des vols de sucre ».

De son côté, le ministre malgache de l’Industrie, Jules Etienne, a indiqué qu' »il y a eu neuf blessés ». Des doutes persistent sur le nombre de mort. Selon des radios privées, citées par la1ere outremer, une troisième personne aurait perdu la vie dans les affrontements avec les forces de l’ordre. Mais la gendarmerie affirme n’avoir tiré sur personne. Le quotidien l’Express de Madagascar assure que les émeutes ont causé la mort de cinq personnes.

Quatre jours après l’incident, le calme semblait revenu à Morondava où 2.000 employés (700 en basse saison) travaillaient à la Sucoma, parmi lesquels une vingtaine de cadres chinois, dont les logements ont été saccagés et pillés. D’après l’Agence France Presse, les forces de l’ordre montent encore la garde devant les hangars où il reste du matériel, mais les dégâts sont importants (4×4 désossées, débris de verre, sol jonché de papiers, mobilier renversé).

Côté chinois, c’est le choc

Après l’émeute du personnel contre les gérants chinois, la direction a annoncé son intention de demander une indemnisation au gouvernement malgache. « Pour redresser cette entreprise, ça va prendre peut-être trois ans« , a indiqué lors d’un point presse un porte-parole de la direction, Zhou Jianping, à Antananarivo. « Si le gouvernement peut nous fournir un environnement d’investissement durable et paisible, alors on va réfléchir pour la réhabilitation« , a ajouté ce dernier, qui a assuré : « On va réclamer une indemnisation. »

Zhou Jianping a tempéré le caractère anti-chinois de l’émeute, indiquant que « la situation donne un mauvais goût dans les relations diplomatiques » bilatérales. Du côté de l’Ambassade de Chine à Madagascar, le message est clair. Le porte-parole de l’ambassade se dit « très choqué par l’attaque à l’usine sucrière chinoise à Morondava ».

Ce dernier aurait demandé « à plusieurs reprises aux départements compétents du gouvernement malgache de prendre des mesures efficaces pour arrêter les actions violentes des malfaiteurs et bien protéger le personnel chinois et les matériels de l’usine ».

L’ambassade a déploré « que la partie malgache n’a pas tenu sa promesse d’assurer la sécurité personnelle et matérielle de l’usine chinoise. Maintenant que Madagascar se trouve à une époque cruciale pour son développement et que la Chine a une vive volonté de renforcer sa coopération avec Madagascar pour connaître du progrès partagé, nous espérons que le gouvernement malgache fera tout le nécessaire, afin de bien traiter l’affaire, d’éliminer les influences négatives sur l’image internationale du pays et son environnement d’investissement, en fournissant des conditions favorables à sa coopération avec la Chine et les autres pays du monde ».

maxresdefaultDes réactions vives

« On ne veut pas des Chinois, on ne veut pas travailler avec les Chinois », a expliqué à l’AFP, Léon Clément, délégué du personnel de la Sucoma. « Devant le ministre, ils promettent de nous donner plus de droits, mais ils ne l’ont jamais fait! », a déploré ce dernier. Pour lui et les milliers d’employés de la Sucoma, les conditions de travail ne valent pas la trentaine d’euros par mois qu’ils touchent. Ces derniers dénoncent également les « privilèges, passe-droits, vexations et pressions exercées sur les petits ouvriers », note l’agence.

La Sucoma est une entreprise publique gérée par des Chinois, qui paient une redevance à l’État malgache Les chinois l’ont racheté pour lui éviter la faillite en 1997. Mais depuis mai 2014, le personnel de la sucrerie tentait de négocier avec les gérants chinois, en vain. Le gouvernement s’était d’ailleurs impliqué pour tenter de trouver un accord, sans résultat.

En novembre 2014 éclate des affrontements faisant deux blessés parmi les Chinois, ainsi que des dégâts matériels. Mais cette fois-ci, la tension était trop forte pour éviter le conflit. En effet, deux meneurs du mouvement de novembre ont été arrêté par la gendarmerie, suscitant un mécontentement, qui a dégénéré en émeute le 11 décembre.

« On ne veut plus travailler avec les Chinois », a assuré Bernard Jérôme, employé de la Sucoma, qui demande « à l’État de trouver d’autres partenaires. Si les gérants changent, on est prêt à reprendre le travail immédiatement. Tout sauf les Chinois! ». Sur place, la vingtaine de cadre chinois ont été évacués à Antananarivo.

Le porte-parole de la direction, Zhou Jianping, a expliqué ne pas avoir « une idée claire (de la situation, ndlr) mais on sait très bien qu’il y a des forces qui poussent ces malfaiteurs ». Pour le quotidien Midi Madagascar, un haut responsable proche de l’ancien président de transition Andry Rajoelina aurait incité aux troubles à des fins politiques.

Bernard Jérôme a indiqué à l’AFP que : « oui, il y a des leaders politiques qui ont encouragé ça », sans pour autant donner de noms. Des officiels ont affirmé à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, que le Premier ministre Roger Kolo, originaire de Morondava, serait directement visé dans ce conflit.

Un an plus tard, Sucoma reste fermée

Ambassadeur de Chine à Madagascar Yang Min

Ambassadeur de Chine à Madagascar Yang Min

Depuis les émeutes de novembre et décembre, l’usine reste fermée. D’ailleurs, lors d’une rencontre avec l’ambassadeur de Chine, Yang Min, le ministre de l’Industrie et du développement du secteur privé, Narson Rafidimanana, n’avait donné aucune date précise de réouverture de l’usine.

Des contrôles ont été réalisé par les autorités malgaches, accompagnées d’une délégation chinoise, avant le lancement de négociation entre la direction et le ministère, selon L’Express de Mada. Concernant l’indemnisation, Narson Rafidimanana a indiqué que les chinois « ont effectivement fait une demande d’indemnisation, mais cela ne veut pas dire automatiquement qu’ils vont recevoir ces indemnités. Le contrat sera examiné, les négociations sont en cours et pour le moment aucune décision n’a été prise ».

Après les émeutes, les gérants chinois ont évalué les pertes à hauteur de 80 millions d’euros, montant demandé à l’État. Cependant, la situation s’est aggravée depuis la fermeture de décembre. Les pillages et saccages ont continué.

D’ailleurs, les émeutes devaient faire l’objet d’une enquête parlementaire, mais aucun moyen n’a été débloqué pour qu’elle se réalise, selon Hawel Mamod’Ali, député pro-Rajoelina élu à Morondava. Ce dernier a expliqué à Radio France International : « Il y a eu des morts, il y a eu des blessés, il y a des chômeurs. On ne sait pas qui a donné l’ordre de tirer. On ne sait pas exactement qui est le responsable de tout ça. Donc pour moi, tant qu’il n’y aura pas l’ouverture d’une enquête digne de ce nom, on ne saura jamais ».

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