Alors que la police hongkongaise s’est targuée d’être « la meilleure d’Asie« , des vidéos montrent des officiers en train de passer à tabac des manifestants désarmés provoquant la colère de l’opinion et des accusations de brutalité.

Les dizaines de milliers de manifestants qui ont occupé la rue ont été dispersés par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogènes, de matraques, de gaz au poivre, de balles en caoutchouc et de « projectiles en sachet« , des sacs remplis de billes en plomb.

De son côté, la police a assuré avoir fait preuve de retenue pour se défendre face à des manifestants qui lançaient des pavés et des barres de métal. Mais la police est accusée d’avoir exploité la présence d’un noyau dur de militants violents pour lancer une opération sans précédent contre les protestataires pacifiques.

Les vidéos des affrontements sont devenus virales sur internet, entraînant des critiques fortes de la part de la population. Le barreau de Hong Kong a aussi dénoncé un déploiement « totalement inutile de la force contre des manifestants largement désarmés qui ne semblaient représenter aucune menace contre la police ou le public ».

Elle « a pu outrepasser ses pouvoirs légaux en maintenant l’ordre public« , selon le barreau. D’ailleurs, un influent groupe de juristes, membre du comité qui élit le chef de l’exécutif hongkongais, a réclamé l’ouverture d’une enquête indépendante sur ce qu’il qualifie « d’usage excessif de la force » par les agents.

Les affrontements ont été diffusés en direct par les chaînes d’information tandis que les militants partageaient les nombreuses images de violences policières.

Dans une vidéo diffusé sur le site Apple Daily, une jeune femme, tombée à terre en essayant de s’enfuir en courant, est frappée à coups de matraque par au moins quatre policiers anti-émeutes. L’un d’eux lui assène des grands coups de bouclier.

Dans une autre vidéo, des policiers s’approchent d’un homme assis sur un mur, ils échangent quelques mots puis les officiers ne l’arrosent massivement de gaz lacrymogène.

Une autre vidée montre plusieurs policiers renverser un manifestant qui porte une boîte contenant des bouteilles d’eau, et s’agenouiller sur lui jusqu’à ce qu’il lâche son téléphone.

« La police a profité des agissements violents d’une petite minorité comme prétexte pour faire un usage excessif de la force contre la vaste majorité des manifestants pacifiques« , a déclaré Man-Kei Tam, directeur d’Amnesty International Hong Kong.

« Les manifestants étaient simplement assis là, ils manifestaient pacifiquement, mais ils leur ont aspergé le visage de gaz lacrymogènes. On ne peut que décrire cela comme quelque chose de hideux« , a dénoncé la députée démocrate Claudia Mo.

L’Association des journalistes de Hong Kong a expliqué avoir reçu plus de 15 plaintes de reporters, dont certains ont assuré avoir été ciblés par des jets de gaz au poivre. Elle appelle tous les journalistes témoins d’abus à les lui rapporter.

Le chef de la police, Stephen Lo, a défendu ses troupes en déclarant qu’elles avaient fait preuve de retenue jusqu’au moment où des « gangsters » avaient tenté de prendre le Parlement.

« Ces manifestants violents n’ont pas cessé de charger notre ligne de défense, et ils ont utilisés des armes très dangereuses, y compris en jetant des barricades métalliques et des pavés », a assuré ce dernier. « C’est très dangereux, ça peut faire des morts ».

Plusieurs policiers ont été blessés. La télévision locale a diffusé des images de l’évacuation d’un policier inconscient qui aurait été touché par un projectile. Alors que les polices de nombreux pays asiatiques étaient accusées de violences et de vénalité, celle de Hong Kong a longtemps été un exemple de probité et d’efficacité.

Mais depuis quelques années, de nombreux hongkongais n’ont plus confiance dans leur police. Le point de rupture se produisit à l’automne 2014, quand les forces de l’ordre tirent du gaz lacrymogène sur les manifestants, déclenchant le « Mouvement des parapluies ».

Les tactiques des forces de l’ordre « alimentent les tensions », a prévenu Amnesty, car elles sont « susceptibles d’aggraver les violences plutôt que de les arrêter« .